Africolor, la rumba toute puissante avec Bakolo Music International

Bakolo Music International © RFI/Anne-Laure Lemancel

Le mythique festival Africolor, 30 ans au compteur, recevait à Nanterre, jeudi 28 novembre les pionniers de la rumba congolaise, Bakolo Music International. En première partie, Afriquatuors proposait une relecture façon "musique de chambre", des grands tubes panafricains. De quoi réchauffer l’automne parisien. Reportage.

Trente ans… Trente ans que l’incontournable festival Africolor impulse, en itinérance sur la banlieue parisienne, ses voyages musicaux en terres africaines : des classiques jusqu’aux contrées contemporaines, des superstars aux jeunes pousses, des shows enfiévrés aux murmures poétiques…

Ce jeudi 28 novembre, à la Maison de la Musique de Nanterre, la soirée démarre sur une création : un périple panafricain ponctué de grands tubes du continent, revisités par un quatuor d’instruments à vent, un quatuor de cordes et deux percussionnistes. Au chant et au récit ? L’ambianceur en chef Ballou Canta. Sur une idée de l’ingénieur du son Julien Reyboz, l’Afrique se voit ici relue à la lueur de timbres "classiques".

On y entend le chant africain dialoguer avec un cor d’harmonie, les percussions se mêler aux volutes du violon et le basson s’enjailler sur une rumba. Les arrangements, signés Christophe Cagnolari, frappent par leur subtilité et leur façon de créer des mondes inconnus, une "musique de chambre" africaine, à l’aura familière, à la croisée de plusieurs univers. D’ailleurs, en clôture, le Stabat Mater Dolorosa de Francis Bebey, belle illustration de cet aller-retour entre l’Afrique et la musique classique, frappe par sa partition tout en finesse. Un frisson d’émotion parcourt le public...

Bakolo, la classe internationale

© RFI/Anne-Laure Lemancel
Bakolo Music International au festival Africolor 2019.

Au même moment, au premier étage du bâtiment, dans les loges, un gang de papys indisciplinés apporte la touche finale à leurs costumes. L’un remet en place son borsalino, l’autre ajuste sa cravate, un autre encore se parfume, le dernier brique ses chaussures rutilantes... Ils ont, en moyenne, 70 ans et s’amusent comme des gamins. À croire que la rumba congolaise, ça conserve !

Car les membres du Bakolo Music International ont effectué leurs premiers pas sur cette musique… Michel Vula, le guitariste, raconte non sans malice : "Avant, à Kinshasa, les parcelles des habitations étaient séparées par des fils barbelés. On voyait chez tous nos voisins ! Les gens buvaient de la Primus, la bière belge, du nsamba, du vin de palme, de l’aguene, l’alcool ancestral… Et puis, on mettait des 78T sur nos gramophones. Et quand une chanson faisait un tabac, elle se répandait comme une traînée de poudre…"

Le fantôme de Marie-Louise

À cette époque, en 1948, alors que les membres actuels du Bakolo gambadent encore en culotte courte, une chanson explose justement à la face du Congo. C’est Marie-Louise, composée par Wendo Kolosoy, père fondateur de la rumba moderne et de Bakolo Music International. La légende raconte que le fantôme de cette femme – Marie-Louise, donc – surgissait après sa mort, dès lors que l’on entonnait sa chanson.

Et si les papys du Bakolo ne l’ont encore jamais vue de leurs yeux, ils croient mordicus en cette histoire, comme bon nombre de leurs compatriotes… À tel point que Kolosoy, fut excommunié par l’Église catholique et dut se cacher pendant dix ans. Une désertion qui permit à d’autres figures de la rumba, tels Franco ou Kabasele, d’émerger. Landu Milandu, l’autre guitariste, explique : "La rumba, jusqu’alors, se jouait dans la confidence des foyers, nombrils entrecroisés. Papa Wendo, lui, l’a modernisée et sortie de l’intimité"

Si le groupe enflamme l’Afrique depuis sept décennies, ses membres actuels ont, eux, pour la plupart, rejoint l’aventure à la fin des années 1990. Et pendant dix ans, jusqu’à sa mort en 2008, Papa Wendo le patriarche leur intimait l’ordre de perpétuer son héritage. "Il disait que, lui vivant ou non, son truc ne s’écroulerait jamais. C’est notre identité, notre besogne…", explique Michel.

Danser, sans transpirer

Surtout, pour eux, rien ne saurait égaler leur sacro-sainte rumba, jouée de manière orthodoxe, telle qu’enseignée par Kolosoy. Rien ne saurait atteindre sa puissance, martèlent-ils ("Et surtout pas le ndombolo, cette danse de chimpanzé", précise, rigolard, Michel, singeant le style). Quel serait alors le secret de cette rumba congolaise ? Comme un seul homme, ils s’exclament : "Son signe distinctif, c’est qu’avec elle, vous n’attrapez jamais la sueur ! Loin de la danse agitée, c’est un mélange de mélancolie, de douceur et de groove". Allons vérifier !

Le rideau s’ouvre sur ces papys sapés comme jamais, et sur la clave qui ne faiblira pas. Alors, lentement mais sûrement, une magie puissante opère, grâce à ce rythme lancinant et doucement contagieux, grâce surtout à ces chansons redoutables portées par la voix du gouailleur Willy Talent. Le public, désormais debout, ondule des hanches sans faillir, hanté par cette bande-son savoureuse en diable et par le charme facétieux de ces musiciens, qui paraissent, avoir rajeuni de 50 ans – mention spéciale pour le doyen, le saxophoniste Paul Mayena, 82 ans, artisan de solos pyromanes. Et mystérieusement, la Maison de la Musique commence à tanguer et à chalouper sur leurs hymnes dangereux, tels Philosophie. Peut-être ce jour-là, Marie-Louise ou Wendo se sont-ils glissés parmi l’auditoire… Il paraît même que certains auraient transpiré.

Site officiel d'Africolor, un festival qui se poursuit jusqu’au 24 décembre. 
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