Oumou Sangaré en "Acoustic"

Oumou Sangaré. © Benoit Peverelli

Acoustic, le nouveau projet conduit par Oumou Sangaré, donne à entendre sous un autre jour les chansons essentiellement tirées de son récent album Mogoya. La star malienne continue de se réinventer tout en renouant avec le passé.

Pour évoquer les trois mois qu’elle vient de passer au cœur du cyclone du Covid-19, à New York où la pandémie a fait de si de nombreuses victimes, Oumou Sangaré reconnaît volontiers que "c’était chaud". Arrivée aux États-Unis peu avant la fermeture des frontières alors qu’elle devait se produire au mythique Apollo Theatre de Harlem, elle a dû se résoudre à un exil temporaire forcé. Juste avant, à Paris, elle avait eu le temps de saluer Tony Allen. Un au revoir, puisque le Nigérian octogénaire fait partie de cette triste liste de musiciens emportés par le virus. "Un génie de la batterie. Qui a marqué son temps. Son nom restera dans l’histoire", assure-t-elle.

Au moment de la sortie de son album Mogoya, en 2017, la chanteuse malienne ne cachait pas son plaisir et sa satisfaction musicale d’avoir travaillé avec l’ancien pilier du groupe Africa 70 de Fela. Même si a priori elle n’imaginait pas en tirer un tel profit. "Je me posais la question de ce qu’il pouvait apporter à ma musique, mais quand il a touché aux chansons, c’était incroyable. Quelque chose d’inexplicable", raconte-t-elle aujourd’hui, tout en rappelant que les rythmes du Nigeria voisin ne lui étaient pas si étrangers : "Dans mon enfance, on s’entraînait à chanter et à danser sur l’afrobeat, entre copines. On ne comprenait pas la langue, mais on transformait les paroles en bambara."

Celui qui fut donc l’un des artisans de Mogoya a permis à Oumou d’atteindre son objectif : "Faire danser". En témoigne notamment l’album de remixes, Mogoya Remixed, paru dans la foulée sur lequel des producteurs et artistes en vogue tels que Krizbeatz ou Sampha, mais aussi St Germain ou encore François & The Atlas Mountain s’étaient emparés des chansons de la Diva du Wassoulou.

En mouvement

C’est cette même matière première qui sert de base à Acoustic, mais cette fois sous une tout autre approche. Le contraste saute aux yeux avant même de s’entendre : aux couleurs vives de la pochette de Mogoya succède une illustration en noir et blanc sur la version acoustique. S’il n’est pas inexact de voir une remarquable optimisation de la technique du recyclage dans cette troisième déclinaison des chansons initiales, la démarche fait parfaitement sens sur le plan artistique. Et elle confirme la propension de la chanteuse à préférer le mouvement au statu quo, à tenter plutôt qu’à répéter.

Certes, jusqu’à présent, il était plutôt question de moderniser progressivement ses chansons. A cet égard, en revenant à un environnement plus sobre, le nouvel album atteste d’un changement de référentiel, mais l’orientation suggérée par son producteur a mis en lumière d’autres aspects de son répertoire. "C’est le même groupe, les mêmes musiciens qui m’ont accompagnée pour Mogoya, mais en chantant avec moins d’instruments, on découvre autre chose. Je sentais que quelque chose me manquait", confie-t-elle, avant de préciser qu’elle a "pris goût à cette formule" qui lui a fait "revivre [son] passé".

Elle cite Moussolou, son premier album, paru en 1990 et réédité en 2016. Elle en a repris un titre, qui vient s’ajouter à ceux de Mogoya : l’incontournable Diaraby Nene, "l’hymne des amoureux au Mali", dont la chanteuse américaine Beyonce s’est servie pour son titre Mood 4 Eva sur son album Lionking : The Gift (2019).

Son interprétation, en trente ans, a changé dans la mesure où sa voix a évolué depuis l’époque de son enregistrement à Abidjan. Moins haut perchée aujourd’hui dans le cas présent. Il règne aussi une autre ambiance – plus apaisée ? – sur ce morceau, qui s’allonge au passage de deux minutes. La jeune artiste velléitaire de 21 ans est devenue trois décennies plus tard une référence de la musique ouest-africaine et un modèle en tant que femme d’affaires. De quoi gagner en assurance. Et tout au long de cette heure qui défile d’un bout à l’autre d’Acoustic, c’est cette solidité pleine de nuances qu’Oumou parvient à transmettre.

Oumou Sangaré Acoustic (No Format) 2020
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