Gopal Das, le "Hagbé" du slam béninois

Gopal Das. © Delphine Bousquet

À la faveur d’un texte ciselé sur Cotonou, le slameur Gopal Das s’est fait connaître du grand public. Ce jeune artiste, qui écume la scène slam depuis 10 ans, sort son premier album Sasigbé. Il s’exprime surtout en goungbé, une des langues nationales dont il est un promoteur passionné.

C’est un refrain connu dans le monde de la musique : un jour, un morceau vous propulse au-devant de la scène que vous occupez déjà depuis de nombreuses années. C’est exactement ce qui arrive à Gopal Das avec son titre Kutonu, une balade dans Cotonou, la capitale économique du Bénin.

Accompagné d’une douce musique, l’artiste à la voix chaude égrène le nom des différents quartiers en donnant leur signification. Ainsi "Gbegagamey", devenu "Gbegamey" où poussent les grands arbres, ou "Agla", là où il ne fait pas bon s’aventurer. Le titre lui-même est une référence au passé de la cité portuaire : "Kutonu" signifie "sur les rives du fleuve de la mort".

Premier succès

Interprété lors de la fête de la musique sur la télévision nationale, le morceau a rencontré un vif succès, auprès des jeunes et des plus âgés. Vincent Ahehehinou, chanteur du mythique Poly-Rythmo, a salué l’idée qui répond selon lui à un besoin car "on ne nous a pas raconté l’histoire qui nous a fait".

Finalement, c’est normal que Gopal Das, 31 ans, séduise le grand public avec ce slam sur les toponymes. Le natif de Porto-Novo, la capitale, porte fièrement ses racines depuis ses débuts. Souvent habillé en traditionnel, il est toujours coiffé du gobi, le chapeau en coton tissé des Porto-Noviens qui l’orientent selon le message à faire passer.

"Il y a un proverbe de chez moi qui dit : ce qui te tient à cœur, c’est dans ta langue que tu pourras le dire", explique le jeune homme. Pourtant dans sa famille, papa commerçant, maman comédienne, on lui interdisait de parler le goungbé. C’est lors d’un séjour au Ghana qu’il découvre l’importance de sa culture et comment elle est véhiculée par la langue.

Indra-Das Baktha Nounagnon, son nom à l’état civil, est envoyé à 15 ans dans un monastère Hare Krishna par son père adepte de cette communauté. En plus de sa formation spirituelle, il apprend l’anglais et va à l’université. "Quand je rencontrais des compatriotes, ils me parlaient fongbé (NDLR : autre langue nationale) et je ne comprenais pas", se souvient l’artiste. Premier déclic.

De retour au Bénin à 23 ans, il enseigne l’anglais et fréquente la dynamique scène libre slam à Cotonou, à Abomey-Calavi où se trouve l’université et fait même partie d’un collectif. "Peu à peu, je me suis rendu compte que ce qu’on appelle slam, en France, aux États-Unis, c’est l’art oratoire des vieux peuples. Nos griots déclamaient déjà des histoires sur une royauté, une famille".

Promoteur passionné des langues nationales

Et celui qui se présente désormais comme un griot a un deuxième déclic : "les slameurs étaient les maîtres du français, mais personne ne parlait nos langues. J’ai choisi de le faire. Les autres se sont moqués de moi !". Pourtant en 2015, son premier single Hounvi, est très bien accueilli dans le milieu artistique. Il décide alors de se consacrer uniquement au slam et d’apprendre à parler et à écrire le goun et le fon. Et pour cela, il trouve un moyen inattendu : les clubs bibliques, des cours d’évangélisation à partir de la Bible, qui a été traduite par les missionnaires.

"Dans la Bible, on trouve le mot 'neige' en goungbé, alors que dans notre parler, ça n’existe pas", s’amuse le jeune homme, au rire et sourire faciles. Le sourire, c’est son autre marque de fabrique. Dans ses textes, il multiplie les jeux de mots, amuse, divertit tout en conseillant, en passant un message. "Gopal se nourrit de dictons de sa langue maternelle pour construire ses slams, et dans la culture goun, il y a beaucoup d’humour, c’est ce qui le rend original", commente Marcel Padey, musicien et musicologue.

Aujourd’hui le slameur est un promoteur passionné des langues nationales : il donne des cours aux enfants, il retranscrit les textes d’artistes qui ne connaissent pas les alphabets autochtones, il mène aussi des recherches linguistiques et historiques.

Son premier album s’intitule Sasigbé, la parole agissante, un aphorisme qu’il a inventé et dont il fait un concept. Sur les 10 titres, dont 4 en français, on retrouve d’anciens singles et de nouveaux morceaux comme Kutonu. Mélodies soignées, nombreuses collaborations (Gopal a l’esprit d’équipe et son festival de l’oralité organisé chaque année en novembre a servi de tremplin à quelques jeunes), l’album est le résultat bien mûri du riche parcours du "Hagbè du slam", le surnom qu’il s’est donné.

"Hagbè veut dire l’ami, le pote et c’est un clin d’œil au 'Hagbè national' qui désigne affectueusement le grand musicien Danialou Sagbohan, un cousin de mon père", explique Gopal Das. Venant de lui, c’est plus un drôle de clin d’œil qu’une prétention.

Gopal Das Sasigbé 2020
Page Facebook