Balla Sidibé, le monument de la musique sénégalaise, s’est éteint

Balla Sidibé de l'Orchesta Baobab © RFI / E.Sadaka

Le chanteur et pilier du mythique groupe Orchestra Baobab, est décédé le 29 juillet au matin, à l’âge de 78 ans. Il était un pionnier de l’afro-salsa, et de la fusion des musiques sénégalaises et cubaines. Beaucoup d’artistes et acteurs de la communauté artistique lui ont rendu hommage.

Jusqu’au bout, Balla Sidibé aura joué de la musique. La veille de son décès, il était encore en répétitions le 28 juillet avec le reste du groupe d’Orchestra Baobab, qu’il a co-fondé en 1970. "On était ensemble pour préparer la tournée des 50 ans du groupe. Il se portait bien l’après-midi mais nous avons appris subitement la nouvelle de sa disparition le lendemain matin, ce fut un choc", témoigne le guitariste René Sowatche, dit Boléro, encore ému.

Pour lui, Balla Sidibé était "comme un papa". "C’est lui qui interprétait la plupart du répertoire. Il était un musicien complet qui tenait le rythme, en chantant et en jouant en même temps les timbales ou les claves", est encore impressionné René Sowatche.

Balla Sidibé est membre fondateur d’Orchestra Baobab, avec Ndiouga Dieng, Issa Cissokho, eux aussi décédés, ainsi que Rudy Gomis et Attisso Barthélémy. "Balla Sidibé a eu une grande influence dans les premiers albums. Il a introduit le folklore de sa verte Casamance d’origine à la musique afro-cubaine", se souvient Sanou Mbaye, producteur au Sénégal pour le label Syllart Records, qui a travaillé sur plusieurs albums d’Orchestra Baobab dès les années 1980. 

C’est d’ailleurs Balla Sidibé qui a relancé le groupe au début des années 2000 avec le producteur Nick Gold, directeur du label britannique World Circuit de Buena Vista Social Club de Cuba. Un retour après dix ans d’absence. Le groupe s’était dissout, faute d’avoir réussi à concurrencer le succès de Youssou N’Dour et du mbalax qui était devenu la mode au Sénégal.

"Balla Sidibé était le trait d’union entre les membres du groupe. C’est lui qui gardé la maison quand l’Orchestra Baobab a éclaté pendant un moment. Il était la mémoire vivante du groupe", constate le producteur Sanou Mbaye qui estime que le chanteur n’a fait que des chefs d’œuvre. Pirate's Choice, On verra ça, Specialist in All Styles. Autant d’albums à succès qui contiennent des collaborations avec d’autres grands artistes comme Youssou N’Dour ou le Cubain Ibrahim Ferrer, aujourd'hui décédé.

Et le style musical alliant sonorités cubaines, rythmes africains et des airs de blues et jazz par moments fonctionne bien. Le groupe connait un succès international et part en tournée dans le monde entier. "Balla Sidibé parlait toujours de la défense de notre musique et de notre culture, mélangée à la musique hétéroclite d’Orchestra Baobab. Cela explique sûrement pourquoi cela plait à toutes les oreilles", estime Daniel Gomes, président de l’Association des métiers de la musique au Sénégal (AMS), qui salue son humilité et sa disponibilité. "Pour nous, c’est une référence."

Présenté comme un "sage de la musique sénégalaise", il a marqué des générations par son timbre de voix particulier et par ses mélodies aussi inspirées de la Guinée Bissau ou du Cap Vert. Mais il était aussi reconnu pour son "sérieux, sa ponctualité et son professionnalisme", précise Sanou Mbaye.

Pour Gilles Gueye, trompettiste qui a joué avec Balla Sidibé pendant sept ans, ce monument de la musique sénégalais était aussi un homme "humble, ouvert à la musique" et qui lui a beaucoup appris. "C’était notre aîné. Il nous disait toujours que la passion était la clé pour progresser dans ce métier", se souvient le musicien. Passion que Balla Sidibé a vécu jusqu’aux derniers instants de sa vie.