Urban Village : voyage entre traditions rurales et poésie urbaine

Le groupe sud-africain Urban Village propose une musique qui marie tradition, folk et jazz. © RFI/Claire Bargelès

Urban Village s’apprête à sortir son premier album avec le label français Nø Førmat! Le groupe made in Soweto marie habilement les genres sud-africains avec les rythmes de folk ou de jazz, pour créer un univers unique. À découvrir d’ici le début de l’année prochaine.

Une mélodie de flûte traversière accompagnée par des notes de guitare s'échappe d’un bâtiment a priori ordinaire du centre-ville de Johannesbourg. Difficile de deviner que ce quartier populaire, tombé en décrépitude depuis la fin de l’apartheid, abrite depuis quelques mois les tout nouveaux "Soda Studios", qui souhaitent donner une nouvelle impulsion à la musique sud-africaine après une période d’hibernation sous Covid. Sur la scène colorée, malgré le froid de l’hiver austral, l'énergie et la chaleur qui émanent du quatuor est communicative.

Avec leur musique, Tubatsi Moloi, Lerato Lichaba, Simangaliso Dlamini, et Xolani Mtshali célèbrent leurs traditions, leurs ancêtres, le panafricanisme et la nature, grâce à des compositions métissées. "On peut dire que l’on fait de la musique folk et urbaine", décrit le guitariste Lerato. "Notre musique prend racine dans l'histoire même de l’Afrique du Sud et de Johannesbourg", complète Tubatsi, le doyen du groupe. Les compositions d'Urban Village sont en effet inspirées par des genres locaux tels que le maskandi, le mbaqanga, ou encore les harmonies zouloues de l’Isicathamiya, ces chants des travailleurs migrants logés à l'époque dans les "hostels" des grandes villes. Pour le chanteur et multi-instrumentiste "c’est une histoire de migration, de personnes issues de zones rurales empreintes de traditions, et venues à la ville, en quête de meilleures conditions de vie. On essaye de prolonger ces racines, de préserver la musique de ce temps-là, et de lui faire rencontrer notre espace désormais urbain."

Mais si le groupe entend bien garder vivant l'héritage transmis par les plus anciennes générations, "pas question non plus de rester bloqué dans le passé, poursuit Xolani, le bassiste au discours passionné. On tente aussi d’inclure des sons plus futuristes, d’expérimenter des choses, pour ajouter notre touche et produire quelque chose qui n’existe pas encore".  Pour cela, les instruments électriques s’unissent à des sons plus anciens, comme ceux, célestes, qui s'échappent des lamelles de la mbira zimbabwéenne, dans le titre Izivunguvungu.

De Soweto à Paris

Urban Village est né il y a près de 5 ans, lorsque ces autodidactes ont décidé de créer un projet et un laboratoire communs, après avoir évolué chacun de son côté sur les scènes musicales de Soweto. Le groupe a sorti un premier EP, Bantu Art, en 2016. Depuis, ils ont retenu l’oreille du label français Nø Førmat!, alors en repérages en Afrique du Sud. Devrait naître de cette rencontre un premier album, prévu pour début 2021, après des retards dûs à la épidémie de coronavirus.

"C’est une très belle expérience de collaboration", détaille Xolani au nom du groupe. "Avec eux, on a le temps de créer, et on ne reçoit aucune pression pour changer notre style, ou pour rendre notre son plus pop, comme c’est parfois le cas avec les labels sud-africains. Cela nous permet de garder notre identité". Grâce à cette signature, des opportunités s’ouvrent hors de leur pays natal, pour tenter d'exporter leur univers. Urban Village a déjà eu un avant-goût du public français, lors de concerts fin 2019 pour fêter les 15 ans de Nø Førmat! : "c’était intéressant de voir la réaction du public, cela nous a beaucoup surpris la première fois que l’on a joué, se souvient Tubatsi. D’habitude, en Afrique du Sud, tout le monde danse et fait du bruit, même lorsque le public ne connaît pas notre musique. Mais là les gens étaient calmes, et écoutaient très sérieusement. Puis lorsqu’ils ont applaudi, on a été rassuré et on a vu qu’ils nous avaient très bien compris".

Ubuntu et vivre ensemble

La poésie du quotidien racontée dans les textes des chansons du quatuor, même si elle s’inspire de l’expérience sud-africaine, a une portée universelle. En zoulou, en sesotho, en xhosa, et parfois en anglais, ils content les défis de la "tempête de la vie" dans Izivunguvungu, ou l’idée de vivre ensemble dans Sakhisizwe, avec, toujours, cette promesse du retour au village accueillant, où les fractures du pays et la division entre les communautés seront dépassées.

"Notre idée du village reprend le concept sud-africain de l’Ubuntu", explique Xolani, où la communauté grandit de la collaboration. Pour prospérer, on a besoin des autres, chacun avec ses propres forces. Chaque âme doit s'unir pour former un tout. "Les violences xénophobes qui ont secoué le pays ces dernières années ont d’ailleurs inspiré l’une de leurs chansons, Inkani, portée par le son envoûtant de la flûte traversière de Tubatsi. Notre art nous permet de lancer des conversations, mais aussi de faire en sorte que nos traditions et le récit de qui nous sommes soit perpétué à travers la musique", résume finalement le chanteur du groupe, impatient de pouvoir faire entendre au monde un premier album plein de promesses.

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