Supergombo, l’afro-jazz venu d’ailleurs

Le groupe lyonnais Supergombo publie l'album afro-futuriste "SigiTolo". © Peter the Moon

Le groupe lyonnais, Supergombo, publie SigiTolo, un album en forme de fable afro-futuriste aux sonorités seventies. Rencontre avec ce combo adepte des fusions.

Leur nom ne fait pas allusion à la plante d’Afrique utilisée comme condiment, mais plutôt au terme employé par les musiciens du continent pour désigner leur cachet et par extension un concert. Le superlatif est un clin d’œil à ceux de fameux groupes des années 1970 et 1980, comme le Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou ou le Super Étoile de Dakar.

Basés à Lyon, ils sont sept musiciens qui ont tous une passion commune et des expériences qui les ramènent à l’Afrique et au jazz : Romain Nassini aux claviers, Francis Larue à la guitare (aperçu avec Cissy Street), Guillaume Pluton à la trompette, Jérôme Bartolomé au saxo (passé par Vaudou Game), le Réunionnais David Doris et le Burkinabè Wendlavim Zabsonré aux percussions.

Les sonorités africaines ont bercé l’enfance d’Étienne Kermarc, le bassiste et créateur du groupe. Son père est professeur de mathématiques à Abidjan, en Côte d’Ivoire, avant de revenir en France. Le jeune Étienne découvre alors les musiques de Fela Kuti, Sonny Okosun ou Hugh Masekela.

Âgé de 6 ans, le gamin a une révélation devant un concert du saxophoniste Kenny Garrett avec Miles Davis lors du festival Jazz à Vienne de 1991. Il étudie donc le sax et le jazz au conservatoire de Lyon, puis se met à la basse pour monter un groupe avec son grand frère, dans l’idée de faire du rock. 

De Lyon à l’Afrique

Mais l’attrait pour le jazz et les musiques africaines prendra le dessus. Tout comme dans le Étienne Kermarc 6tet ou l’Étienne Kermarc Afrofunk Project, prémisses de Supergombo. Le bassiste a également accompagné au milieu des années 2000 le guitariste et chanteur burkinabè Bebey Prince Bissongo.

Après six titres publiés en 2015, la couleur musicale de Supergombo s’affirme avec un premier album en 2017, Explorations : une fusion afro-funk, des rythmes d’Afrique et des arrangements jazz. Plutôt instrumentale, leur musique est parfois chantée. Leur second album, SigiTolo, nous emmène dans l’espace, du nom de l’étoile Sirius B en dogon. Les arrangements sont signés Vincent Taurelle (Oumou Sangaré, Tony Allen).

Afro-futuriste

Étienne Kermarc confie : "Il ne s’agit pas d’un album acoustique, car nous avons beaucoup retravaillé le son en nous inspirant des codes des musiques des années 1970, alors qu’apparaissaient de nouveaux instruments comme les synthétiseurs et de nouveaux effets, comme les delays et reverbs. Nous avons créé une sorte de bande-son afro-futuriste de l’espace. Je me suis par exemple inspiré du fait que les Dogons connaissaient l’étoile de Sirius alors qu’elle n’est pas observable à l’œil nu. Au début du XXe siècle, ils avaient répondu à des scientifiques européens que les Martiens leur avaient transmis leurs connaissances ! Il s’avère que c’était par assimilation des connaissances des colons blancs… Cette histoire m’a fasciné et questionné, elle révèle l’état d’esprit des Occidentaux par rapport à l’Afrique : des Dogons n’auraient pas pu détenir ces connaissances scientifiques."

Quant au retour de Supergombo sur les terres qui l’inspirent, les troubles actuels en Afrique de l’Ouest repoussent encore leur venue. Mais en avion, en bateau ou en vaisseau spatial, Supergombo est prêt.

Supergombo SigiTolo (Z Production/Inouïe Distribution) 2020
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