Songhoy Blues : au-delà des sables et du rock, l’optimisme !

Songhoy Blues, 2020. © DR

Pour ce troisième album, le quartet malien électrifié Songhoy Blues est parti enregistrer à New York, histoire de survitaminer définitivement son blues du désert avec des accents rock et punk, et surtout une énergie débordante ! Original, percutant, irrésistible : l’album Optimisme porte bien son nom !

 

L’histoire de Songhoy Blues ressemble un peu à conte de fées, à la fois improbable, et faisant écho au sort de milliers de déplacés au Mali, pour qui l’exil signifie survie et possibilité de se réinventer ailleurs.

L’histoire de ces jeunes étoiles de la scène malienne est bien singulière, car les bonnes fées qui se sont penchées sur leur berceau s’appelaient feu Ali Farka Touré, Damon Albarn, Nick Zinner (du groupe pop Yeah Yeah Yeahs), Iggy Pop, ou Nile Rodgers, mais leur trajectoire raconte aussi ce qu’a dû vivre la majeure partie de la jeunesse et des artistes du nord du Mali, partis se réfugier à Bamako après l’arrivée des djihadistes.

"C’est là que le groupe s’est formé en 2012, raconte le guitariste Garba Touré. On s’est retrouvé pour animer des fêtes dans des maquis et recréer l’ambiance de chez nous, dans la capitale où il y avait une forte présence des populations du Nord en exil. On a vite eu du succès parce qu'il y a une chose qu’on ne peut pas étouffer : c’est la culture ! Dans nos soirées Songhoy Blues, le public se sentait automatiquement à la maison."

Africa Express

Rapidement, la notoriété du groupe tape dans l’oreille de l’équipe du projet Africa Express pilotée par le Britannique Damon Albarn, venu à Bamako pour enregistrer le projet Maison des Jeunes en 2013. Songhoy Blues est alors vite propulsé dans le showbiz et la pop internationale.

Puis de fil en aiguille, les quatre musiciens dans le vent du désert vont enregistrer avec Iggy Pop et se faire inviter par Nile Rodgers. "Sans Africa Express, Songhoy Blues n’aurait jamais connu un tel succès, explique Garba. Avant, on jouait dans les clubs ou les mariages. On n’imaginait pas qu'un jour on allait pouvoir vivre autant d'histoires incroyables."

Garba Touré faisait partie des fêtards qu’on pouvait croiser sur les routes poussiéreuses de Diré, petite ville du Nord, située aux portes du désert et en bordure du fleuve Niger, "une ville d’ambiance". Il a appris la guitare avec son père, Omar Touré, musicien dans le groupe le légendaire Ali Farka Touré. "Je lui volais son instrument quand il partait travailler comme tailleur, son autre métier. Il voulait que je fasse des études plutôt que de la musique. Mais quand il a vu que je ne décrochais pas, il a fini par m’éduquer et me raconter les histoires de Jimi Hendrix, de John Lee Hooker ou de BB King !" Quand sa ville tombe aux mains des djihadistes, en 2012, Garba décide de rester à Bamako, où il finissait ses études en microbiologie.

"Tout devenait interdit : cigarettes, musique et même le foot. Alors on s’est retrouvé avec Aliou Touré, le chanteur. Dans le groupe, on porte tous le nom de Touré même si nous ne sommes pas de la même famille. Mais plus que nos patronymes, c’est le blues qui nous rassemble" raconte Garba.

Pour eux, "blues" fait référence au lien ténu et invisible qui les unit au Nouveau Monde, à l’Amérique, et au rock anglo-saxon : cette façon d’exprimer la résistance, la douleur et l’espoir d’un changement.

"On est issus d’une génération qui a grandi avec internet. Donc, on a pu écouter les Foo Fighters, Nirvana ou les Red Hot Chili Peppers. Notre objectif, c’est de faire une musique qui n'est pas typiquement malienne, mais qui raconte tous ces allers et retours, en bambara, en songhaï ou même en anglais ou en français" explique Garba.

Nouvel album

Dans Optimisme, le groupe démarre ce troisième voyage pied au plancher avec Badala, un titre dopé au punk rock. "On a enregistré à New York, après une tournée aux États-Unis. On avait une énergie débordante ! Cet album, c'est le fruit de l'accumulation de nos expériences depuis 2013. Sur la route, on a croisé des grands groupes de rock qui nous ont impressionnés par leur manière d’électrifier les guitares et les effets qu'ils utilisent. Ça transporte dans un autre monde. Même si nous sommes Africains, notre énergie est purement rock 'n'roll … et optimiste !"

Garba Touré égraine la litanie de ce qu’ils ont dû traverser ces derniers mois : sortie de leur album perturbée par une pandémie mondiale, crise politique, coup d’État au Mali, couvre-feu, confinement, fermeture des salles de spectacles… "C'était vraiment du jamais vu. Ça nous a paralysés. La crise politique qui s’est ajoutée à la crise sanitaire a causé de graves problèmes économiques au Mali. C’est très difficile à vivre, mais on est optimistes !"

Leur nouveau disque fiévreux porte bien son nom : Optimisme, une valeur en voie de disparition en 2020. "On sait que rien n'est éternel, même les problèmes" sourit Garba, bien décidé à rester Mali et à critiquer le système actuel malgré les risques. "On a beaucoup voyagé. On a eu l’occasion de s’installer ailleurs dans des pays sans guerre et même en Australie, mais on aime trop notre pays. On sait qu’un jour, ça va aller. La solidarité nous rend optimistes". Une dose de cet optimisme punk rock malien devrait aider le reste du monde à supporter cette fin d’année.

Songhoy Blues Optimisme (Trangressive/Pias) 2020
Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube