Elida Almeida ou le nomadisme musical d'une jeune Cap-Verdienne

La chanteuse cap-verdienne Elida Almeida. © Alex Tome

Consciente de la nécessité permanente de se renouveler sans perdre son identité, alors qu'elle n'en est encore qu'aux prémices de sa carrière internationale, la chanteuse cap-verdienne Elida Almeida appartient à une génération qui ne craint pas de déplacer sa ligne d'horizon. C'est le sens de son troisième album, Gerasonobu, ancré dans sa culture natale mais qui embrasse le monde.

Quand elle a quitté Paris pour emménager l'an dernier à Lisbonne, haut lieu du bouillonnement culturel européen depuis quelques temps, Elida Almeida l'a fait pour un réaliser un rêve : étudier... le droit ! Elle y pensait depuis ses quinze ans, mais la lauréate 2015 du prix Découvertes RFI avait suivi un autre cursus supérieur au Cap-Vert avant de tomber directement dans la marmite de la musique, enchaînant à un rythme soutenu albums et tournées.

Si le moment lui semblait enfin venu de satisfaire cette envie de textes juridiques, dont elle dit qu'ils la "fascinent", elle reconnaît aussi une forme de prudence dans sa démarche : "La musique, c'est ma passion, mais on n'en a pas le contrôle. C'est le public qui t'amène en haut. Tu peux redescendre très vite", explique, lucide, celle qui fut fille-mère à 16 ans.

Tradition et ultramodernité assumées

Depuis son précédent album Kebrada en 2017, elle a multiplié les projets, que ce soit avec les Brésiliennes Flavia Coelho et Roberta Campos, dans des registres très différents, ou avec le Réunionnais Tiloun, ou encore des artistes de son archipel natal. Cet esprit d'ouverture est le maître-mot de Gerasonobu, "nouvelle génération" en créole capverdien. "Mon idée est de parler de cette génération qui n'a pas peur, et ouvre un autre chemin à la musique du Cap-Vert, en profitant du tapis rouge déroulé par Cesaria Evora ou d'autres anciens", résume la chanteuse de 27 ans, à la curiosité insatiable : "Je mange les cultures", formule-t-elle avec gourmandise.

Son album débute par Bidibido, une tabanka revisitée, un style traditionnel auquel elle a voulu apporter "de la jeunesse". Il s'achève sur un beat électro avec l'ultramoderne Nha Bilida, qui casse les codes avec audace comme le fait avec succès son compatriote Dino D'Santiago. Entre ces deux extrémités, elle explore d'autres directions. "Je n'ai pas de formule", souligne-t-elle pour mieux revendiquer cette liberté d'aller là où bon lui semble artistiquement.

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Sur sa route, il y a une reprise du titre Mundo Ka Ku Kaba de Bulimundo. Ce groupe, qu'Elida considère comme "une de [ses] grandes influences", a marqué la musique cap-verdienne dans les années 1980, en particulier pour avoir amené de nouveaux arrangements au funana traditionnel, l'habillant de guitares électriques et autres claviers. Elle rend d'ailleurs hommage aux maitres de ce genre musical qu'elle a "dans le sang", en citant leurs prénoms, dans une chanson justement intitulée Funana, à laquelle a participé l'octogénaire Bitori, légende de l'accordéon local qu'on nomme gaita.

Un autre invité, en apparence plus inattendu, est venu partager son savoir faire et apporter sa touche sur ce titre : Jacob Desvarieux, figure du groupe antillais Kassav', très populaire au Cap-Vert où l'on raffole du zouk venu de l'autre côté de l'Atlantique. Le choix est d'autant plus judicieux que le musicien, qui a passé une partie de son enfance au Sénégal à quelques centaines de kilomètres de l'archipel lusophone, a beaucoup travaillé à Paris au studio Johanna avec des artistes venus de toute l'Afrique au tournant des années 1970-1980.

Faire appel à lui ici, comme au beatmaker kenyan Blinky Bill présent sur plusieurs morceaux, voilà deux exemples qui illustrent sur ce disque tout l'intérêt du rôle que peut jouer un producteur (à l'ancienne, serait-on tenter d'ajouter) – en l'occurence José Da Silva, dont l'expérience ne peut se résumer à sa collaboration de deux décennies avec Cesaria Evora. Une valeur ajoutée loin d'être marginale, car en musique aussi, la perfection se cache dans les détails.

Elida Almeida Gerasonobu (Lusafrica) 2020

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