Denise, bénédiction malgache

La chanteuse malgache Denise publie l'album "Tsara Joro". © TNL Design / Madagasik'art

Après s'être imposée en quelques années sur le devant de la scène malgache grâce à une poignée de chansons plébiscitées sur les réseaux sociaux par ses compatriotes, la chanteuse Denise conjugue l'afropop à la sauce locale sur son premier album intitulé Tsara Joro.

Effets spéciaux, quatuor à cordes d'un côté de la scène, percussions de l'autre, arrivée théâtrale... Le concert donné par Denise il y a quelques semaines à Antananarivo, la capitale malgache, pour présenter son album est à l'image de ce qui anime la jeune femme : une volonté de bien faire, avec pour résultat de marquer les esprits, tant par l'investissement qu'elle met dans ses projets que par sa capacité à les hisser à un niveau international, dans un pays habitué inexorablement depuis des décennies aux dernières places du classement mondial en termes de richesse par habitant.

Au diapason des artistes africains de sa génération, la chanteuse tout juste entrée dans la trentaine s'inscrit dans le prolongement de cette musique urbaine, essentiellement programmée, en vogue à Lagos ou Abidjan. Avec, sur le plan visuel, cette même part de rêve, ce côté bling bling, dans les clips comme dans la façon de se présenter, de soigner sa représentation publique.

Mais il y a chez Denise autre chose que du paraitre, autre chose que du divertissement ou de la légèreté. Sa seule voix suffit à le deviner, par-delà sa maîtrise vocale, développée durant plusieurs années au sein d'une chorale gospel. Un tempérament artistique, une personnalité traversée par des doutes et toutes ces émotions qu'elle tient à laisser à l'état brut. En témoignent les sentiments très forts qu'elle raconte avoir éprouvés lors de la phase de préparation de cet album.

Premier album

Officiellement, Tsara Joro est son premier album. Mais l'histoire de Denise est moins linéaire qu'il n'y paraît. Après avoir remporté en 2014 le concours panafricain Island Talent Africa (ancêtre de The Voice Afrique francophone), elle avait rejoint les rangs d'Universal Music Africa, promesse d'un début de carrière sous les meilleurs auspices. Un premier single, Allofo, était sorti en 2017 et l'album était "presque là" confiait-elle au même moment au micro d'une radio ivoirienne. Il ne sera jamais finalisé, et reste pour la jeune femme le douloureux épilogue d'une aventure qu'elle ne se sent pas encore prête à évoquer.

Revenue sur la Grande Île, elle a su très vite rebondir aux côtés de son mari Shyn, très populaire auprès de la jeunesse lui-aussi, grâce à quelques chansons diffusées l'une après l'autre sur les réseaux sociaux et vues des millions de fois. Elle n'a pas voulu les inclure dans Tsara Joro, préférant donner une direction cohérente au projet. "Je voulais retourner à la source, dans le domaine de la musique comme de l'écriture. J'ai réalisé qu'une coutume qui nous est commune et nous rassemble, c'est le 'tsara joro', la bénédiction. Chez les Malgaches, même avant d'être né, on nous bénit ; quand on se marie, quand on va faire des études, on nous bénit. La bénédiction est un pilier chez tous les Malgaches, quelle que soit l'ethnie", explique-t-elle en substance.

Le morceau d'introduction de l'album, et le clip qui l'accompagne, illustrent cette dimension quasi-mystique. L'enchaînement avec Hiaraka Aminao en est d'autant plus détonnant : c'est sûrement le titre le plus malgache par son rythme (on entend presque les claquements de mains !), avec une façon de triturer le salegy traditionnel qui rappelle la démarche entreprise par Dino d'Santiago avec le funana capverdien.

De Yemi Alade à Jaojoby

Quelque part entre la Barbadienne Rihanna – pour les intonations –  et la Nigériane Yemi Alade – pour le son afropop, Denise joue sur différents tableaux musicaux, sans privilégier à tout prix le côté entraînant, formule imparable pour avoir du succès à Madagascar, comme sur Bio, déclaration d'amour à son pays dont elle vante les beautés naturelles.

En guise de conclusion, c'est une autre bénédiction qui se lit à travers Tsara Tsara : celle d'un ainé, Jaojoby, invité de luxe. Sa présence aussi ne manque pas de sens : jusqu'à présent, le roi du salegy qui a joué "sur les cinq continents" avait toujours décliné les propositions de ses cadets, auxquels il reproche d'avoir dilué leur identité dans la mondialisation musicale.

Cette fois, pour Denise, "une bonne vocaliste", il a accepté. Avec l'espoir qu'elle entende ses conseils, pour ne pas "tourner en rond sur la Grande Île et dans les soirées de la diaspora malgache". Dans la jeune carrière de Denise, Tsara Joro n'est qu'une première étape. Prometteuse.

Denise Tsara Joro (Makua) 2020

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