Fulu Miziki, un collectif kinois qui "fait musique à partir de rien"

Le Meilleur, Fulu Miziki au festival Rio Loco, juin 2021. © Patrice Nin et Mathilde Andrieu

Des instruments fait maison à partir de matériaux de récupération, pas d’électronique, mais un groove unique : telle est la recette des Kinois de Fulu Miziki ("musique des poubelles" en lingala). Rencontre à Toulouse, au festival Rio Loco, avec un collectif pluridisciplinaire et déjanté, bien décidé à conquérir le monde.

En ce samedi matin de juin, le ciel est gris. Menaçant même. Sur la grande scène du festival toulousain Rio Loco, située sur la Prairies des Filtres, en bord de Garonne, on sent une certaine agitation, pour ne pas dire nervosité. Et ce n’est pas le vent d’autan qui inquiète l’équipe technique, ce sont les instruments du collectif Fulu Miziki.

Fabriqués à partir de matériaux ramassés dans les rues de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), de Marseille (où ils ont atterri il y a une semaine) ou de Toulouse, ils sont arrivés en kit. Reste à les assembler. Cela prendra plus d’une heure et demie, réduisant à peau de chagrin le temps prévu pour les balances.

Le soir même, pour leur premier concert en France et le premier de leur tournée européenne, on n’en croit pas nos oreilles : cela sonne, et bien même ! Il faut dire que si l’on regrette l’absence - faute de visas - de Pisko (présenté comme le fondateur du groupe) et de Lady Aicha (tout à la fois chanteuse, performeuse, sculptrice et costumière), les présents ne boudent pas leur plaisir d’être là.

Leur énergie est communicative et leur sens du spectacle - à coup de chorégraphies lascives et d’acrobaties suggestives (et inversement) - certain ! Résultat : le groove de leur "afro-disco-house" est aussi improbable qu’imparable. Chantée en lingala, mais aussi swahili, tshiluba et kikongo, leur "musique des poubelles" soulève la Prairies des Filtres sans même qu’ils aient besoin (comme leur voisin kinois de Kokoko!) d’utiliser l’électronique.

À la ville, déjà, on ne peut louper cette meute bigarrée au locks et autres tresses peroxydées. Certains sont cousins, tous se connaissent depuis longtemps. Le Meilleur, DeBoul, La Roche, Padou, Sekelembele et Tsché Tsché ont entre 30 et 40 ans et vivent dans le même quartier kinois, Ngwaka, situé à deux pas du zoo et à deux rues du grand marché Zando.

"Faire musique à partir de rien"

Sur scène, vêtus de masques et costumes mi-tribaux mi-spatiaux, eux aussi fait maison, ils jouent tous de tous les instruments : du "milofo", fabriqués avec plusieurs longs tubes en PVC fixés à un cadre en bois et joués de préférence à coup de claquettes, du "sékébiené", un set de batterie fabriqué avec des bidons en plastiques, et autres guitares et percussions respectivement imaginées à partir d’un lecteur DVD, de boîtes de lait et de chambres à air !

Dignes héritiers du rappeur et toaster kinois Bebson de la rue, l’homme qui avait pour ambition de "faire musique à partir de rien", la "musique de recherche" des Fulu Miziki pointe une double réalité. Celle de la pauvreté de la population et des artistes de Kinshasa. Celle aussi de la non-gestion des déchets dans cette mégalopole de près de 15 millions d’habitants. Et Le Meilleur de rajouter : "les gens jettent les choses partout, là où ils veulent en fait. Et notre gouvernement ne fait pas d’effort pour ramasser. Il nous faut laver nous-même notre environnement."

Et Deboul de rajouter : "les déchets nous amène des maladies, il faut que les gens en soient conscients pour qu’ils ramassent, recyclent, rendent leur environnement plus sain. Fabriquer nous-même nos instruments avec ce que les gens jettent, c’est notre manière d’alerter nos concitoyens et plus largement le monde. Et avec un son unique !"

La recette de leur fusion unique en son genre, aussi punk qu’artisanale ? "Un mélange de plein de choses, explique Tsché Tsché. Moi je joue le folklore, Deboul a joué avec Bebson, Sekelembele a joué avec maman Mbilia Bel, Padou a encadré l’orchestre chrétien. On écoute tout ce qui sort et on produit des sons aussi."

Et puis, précise Deboul, "on ne va pas s’arrêter à la musique ! Moi, par exemple, depuis que je suis petit, je veux faire du cinéma. Comme Michael Jackson, on va conquérir le monde."

"Yango" ! Reprennent-ils tous en chœur. Ce qui, en lingala, signifie "c’est ça". Et ils rajoutent en langue une phrase qui pourrait être traduite par ce vieux proverbe français : "Si c’est possible, c'est fait, si c’est impossible, cela se fera" !

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© Patrice Nin et Mathilde Andrieu
La formation kinoise Fulu Miziki au festival Rio Loco, juin 2021.