Le show américain des Filles de Illighadad

Les Filles de Illighadad sortent leur nouvel album "At Pioneer Works". © Alvaro Lopez

Cinq ans après leurs débuts, comme un miracle, les Filles de Illighadad ont parcouru le monde pour répandre leur blues du désert conjugué au féminin. At Pioneer Works, un disque au charme et à la puissance indéniable, enregistré en live à Brooklyn, en témoigne.

 

Une magie, une énergie envoûtante, tissée sur une poignée de notes, une méditation lumineuse gonflée d’électricité, des guitares aux mélopées circulaires et contagieuses, des claquements de mains irrépressibles, des tambours à eau traditionnels – le tende – pour les fondations et les racines… Et sur ce paysage du désert, cette invitation au voyage, couleur de sable, couleur de lune, leurs trois voix mêlées s’envolent, organiques, puissantes, pour raconter leur pays, leurs chameaux, leurs amours. Soudain, une respiration. Un silence. Noir sur la salle. Les applaudissements fusent à tout rompre. 

Le troisième disque At Pioneer Works, des Filles de Illighadad, retranscrit à la perfection leur petit coin de terre. Nous voici téléportés, à son écoute, au plein cœur de leur village du Niger, aux portes d’un désert, même fantasmé, même rêvé. Et pourtant.

Ce disque fut enregistré à près de 10 000 km de chez elles, à Brooklyn, New York City. Et sur ses pistes, jaillit, avec évidence, la ferveur d’un public subjugué. Une journaliste du New Yorker, présente lors de l’enregistrement de ce live sur deux soirs, parle d’un public "fasciné" et "plein de déférence", d’une musique "qui hypnotise", "telle une prière". Preuve que la formule des Filles de Illighadad, par sa grâce et sa sincérité, touche à l’universel, et bouleverse.

En 2017, un an après leur début, à l’occasion de la sortie de leur disque, dans le froid parisien, Fatou, la leader et fondatrice du groupe, nous confiait : "Je suis ravie d’envoyer ma musique à travers le globe, de faire connaître notre tradition partout : la culture des Touaregs." 

Une guitare pour destin

Depuis, en quatre ans, leur musique a fait un sacré bout de chemin. Nous joignons justement Amaria, l’une des guitaristes, témoin de ce périple, par WhatsApp. Ce jour, à Agadez, où elle se trouve, le soleil écrasant illumine les maisons d’argile de son quartier.

Là, comme partout sur le globe, la pandémie a suspendu les activités, les cérémonies… Entourée de toute sa famille, Amaria, ce jour, tue le temps. Rien, a priori, ne la destinait à quitter cet environnement. Avant 2017, son plus long voyage l’avait menée jusqu’à Niamey, son horizon. Un bout de bois, une guitare, laissée dans son village familial de Goofat, par un ami de son frère, a bouleversé le cours de son destin.

Comme Fatou du village de Illighadad, Amaria de Goofat s’empare de l’instrument. Après les travaux domestiques, elle y laisse courir ses doigts. Sans professeurs, ni Internet – donc sans tutos YouTube – elle gratouille, tâtonne sur les réglages, les accords, reprend à l’oreille les morceaux qu’elle aime et écoute sur cassettes.

Un petit miracle pour elle, comme pour son village et sa famille, qui se réunissent régulièrement pour l’écouter jouer. Mdou Moctar, un ami commun avec les Filles de Illighadad lui propose d’intégrer le groupe. Pour Amaria, un rêve se concrétise ! 

Chansons nomades

Elle raconte : "Je ne connaissais pas du tout en personne les autres filles. Nous nous sommes rencontrées dans les couloirs de l’Ambassade du Niger en 2017 pour faire nos visas." Et voici Amaria et les autres, quelques semaines plus tard, à sauter dans un avion pour partir à l’assaut du monde, à se retrouver loin de sa famille !

Par touches impressionnistes, en raison de son français hésitant, la jeune femme décrit ses aventures : la rencontre avec certains de ses cousins à Paris, le vol interminable pour l’Australie, la gentillesse des Américains... Et puis, son coup de cœur pour cette île de l’océan Indien : "La Réunion ça me plaît, ça ressemble à mon pays, le Niger. Là-bas, j’ai vu des gens comme moi, je me suis sentie chez moi…" Sans oublier Madrid, leur plus grand concert. Devant les Filles, 8000 Espagnols battent des mains sans relâche et essayent de chanter leurs chansons, dans cette langue qu’ils ne connaissent pas.

Alors, bien sûr, au gré de ce tour de la planète, leurs chansons ont évolué, ont accueilli d’autres guitares. Et se sont sûrement imprégnées des vibrations des endroits traversés. Surtout, elles ont aussi renforcé leur socle.

Et ce live, ces soirs-là, à New York, le prouve. Les chansons des Filles de Illighadad, se sont musclées, teintées d’expériences, de vie. Elles imposent leurs charmes, leurs sortilèges… De Illighadad à New York, un petit coin de désert conjugué au féminin fait entendre sa voix. 

Les filles de Illighadad At Pioneer Works (Sahel Sounds) 2021
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