À Abidjan, le Femua remet la musique au centre du village

Le Prix Découvertes RFI 2020, Young Ace Wayé sur la scène du Femua, septembre 2021. © RFI/Pierre René-Worms

Le coup d’envoi musical de la 13e édition du Femua, festival majeur d’Afrique porté par Magic System, a été donné ce jeudi 9 septembre à Abidjan par le rappeur congolais Young Ace Wayé, lauréat du Prix Découvertes RFI 2020. Aux rythmes des musiques urbaines du continent, les concerts se sont enchaînés durant une longue partie de la nuit devant une audience désireuse de retrouver une ambiance dont elle a été privée depuis le début de la crise sanitaire provoquée par la Covid-19.

Autour de la pelouse du stade sur laquelle est dressée la grande scène, les équipes s’activent pour mettre la dernière main aux barnums et autres installations temporaires qui vont transformer trois soirs de suite le site de l’Institut national de la jeunesse et des sports. Bordé sur son flanc nord par la lagune qui découpe la métropole abidjanaise, le lieu accueille le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo, un des "villages" sur le plan administratif de la commune de Marcory, elle-même composante de la capitale économique ivoirienne.

La tenue de l’édition 2021 de l’événement reflète la détermination de celui à qui l’on donne avec une certaine déférence du "monsieur le commissaire général". A’Salfo, le leader de Magic System, n’est visiblement pas homme à renoncer. À deux reprises, en raison de la pandémie de Covid-19, il a dû se résigner à repousser cette manifestation qui lui est si chère.

Dès qu’il a entrevu la possibilité de l’organiser, il a foncé. Tout mettre en place en quelques semaines ? Chiche ! L’expérience acquise en la matière depuis 2008 n’y est certainement pas étrangère, et la plupart des artistes prévus l’an dernier ont rapidement fait savoir qu’ils étaient toujours prêts à honorer leur engagement.

Première pour Young Ace Wayé

À cette liste s’est ajouté entre autres un nouveau nom : Young Ace Wayé. Distingué par le Prix Découvertes RFI en décembre 2020, le quasi-trentenaire congolais a pris ses marques en Côte d’Ivoire. Deux jours après avoir commencé sa tournée africaine à l’Institut français d’Abidjan, le voici chargé d’ouvrir le Femua, alors que la pluie fait tout à coup son apparition. Mais les dieux de la musique savent souffler sur les nuages pour les chasser à défaut de faire venir les spectateurs en masse.

Depuis qu’il a découvert le fait de jouer avec des instrumentistes lorsqu’il s’est produit chez lui au festival Ici c’est l’Afrik et qu’il est aussitôt "tombé amoureux de la musique live", le rappeur congolais s’est juré d’abandonner, chaque fois qu’il en aurait l’occasion, la formule du live DJ pourtant dans l’ADN du hip hop.

Accompagné donc d’un guitariste, d’un beatboxer-choriste et d’un troisième complice aux machines, il propose un aperçu réarrangé de son nouveau titre Soulard, une version d’un classique de son compatriote Zao. "Je voulais rendre hommage au lauréat congolais du prix Découvertes (en 1982, NDR), et aussi donner un coup de neuf à cette chanson pour créer un pont, que ça parle à la fois à nos aînés et à la jeune génération”, explique Young Ace, qui a donc ajouté aux paroles quelques noms de boissons qui n’existaient pas à l’époque de l’original.

“C’est le besoin de m’exprimer qui m’a poussé à faire de la musique. Avant ça, j’ai fait du dessin, un peu de théâtre”, explique-t-il. Ses frères aînés rappaient déjà au Burkina Faso, où la famille était partie vivre entre 1997 et 2003 pour suivre le père affecté là-bas par les Nations unies. Entre le zouk dont sa mère raffole et le r'n'b américain qu’il entend à cette période, ainsi que les artistes de hip hop français tels que Kool Shen (NTM), Booba ou Rohff, le jeune garçon se forge à cette période une culture musicale qui lui sert de base.

De Joël Sebunjo à Ariel Sheney

Après un set de 45 minutes devant la jeunesse ivoirienne, Young Ace passe le relais à Joël Sebunjo. Déjà invité par le passé au Femua, l’Ougandais est venu sans la kora avec laquelle il s’était singularisé au cours de la décennie précédente et qu’il avait apprise lors de longs séjours en Afrique de l’Ouest après avoir écouté le Malien Toumani Diabaté. En revanche, il a pris avec lui un endongo, cordophone traditionnel issu de cette partie du continent dont il est originaire et qui semble avoir un lien de parenté avec la kora. Ses faiblesses sur le plan vocal ne l’empêchent pas de bénéficier du soutien du public grâce à l’énergie que son band et lui dégagent.

Mais l’assistance s’est surtout déplacée pour les deux têtes d’affiche de la soirée. D’abord Ariel Sheney, dans la catégorie coupé décalé. Dès les premières secondes, il annonce la couleur avec un texte qui figure en intro de son récent morceau Etessé : “Je suis le lion musical du pays. Je décide de quand on danse et de quand on chante. Je ne suis pas Dieu mais je suis maître du destin musical de la Côte-. C’est à prendre ou… à prendre”. Entouré d’une demi-douzaine de danseurs et autant de musiciens ou choristes, cet ancien protégé de DJ Arafat fait le show avec un répertoire qui flirte souvent avec la variété, tandis que les averses reprennent de plus belle.

Trempés jusqu’aux os, quelques centaines d’irréductibles se font fort de ne pas déserter. Quand Soum Bill entre en scène, bien après 3 heures du matin, les corps sont toujours prêts à se laisser entraîner, certains en solo, d’autres dans des chorégraphies collectives. Le chanteur de référence, qui fêtait en 2019 ses vingt-cinq ans de carrière, a su conserver la recette du zouglou à travers le temps et lui rendre ses saveurs des premiers jours.

Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram