Aux TransMusicales, des retrouvailles sur fond de Covid-19

Le collectif béninois Star Feminine Band lors de la 43e édition des Transmusicales de Rennes, décembre 2021. © RFI/Bastien Brun

C’était le festival du retour à la fête. Les 43e TransMusicales se sont achevées ce dimanche 5 décembre, à Rennes. En dépit d’une reprise épidémique, le festival breton aura fait le plein. Au cœur d’une édition plus axée sur le rock que les autres, cette petite semaine a été l’occasion de retrouver la sono mondiale, à l’image des Béninoises du Star Feminine Band ou du duo Ikoqwe, qui fait le pont entre le Portugal et l’Angola.

Les organisateurs des TransMusicales avaient prévenu avant même le premier concert. Après une année marquée par une annulation intervenue au dernier moment et une édition vidéo, cette 43e édition devait marquer la reprise de l’histoire où elle s’était arrêtée. Le départ de Béatrice Macé, sa directrice pour la région Bretagne et celui de quelques personnes emblématiques de son équipe technique depuis deux ans ne semblent pas avoir trop affecté sa tenue. Nées en 1979 autour de la scène rock rennaise, elles proposent sous la houlette de Jean-Louis Brossard une programmation pointue, présentant souvent pour la première fois de très jeunes groupes devant des scènes accueillant des milliers de personnes. Si l’on devait résumer le rendez-vous qui se tient dans les salles du centre-ville de Rennes (Le Liberté, l’Ubu, le Théâtre national de Bretagne) et dans les grands halls du Parc Expo, en bordure de la ville, ce serait par ces rencontres faites à une heure où l’on ne s’y attend plus.

Star Feminine Band, bande de filles

Dans un contexte de reprise du Covid-19 et de nouveau variant, 56 000 personnes ont participé à une fête un peu plus rock et bretonne que d’habitude. Malgré des annulations de dernière minute, notamment des Sud-Africains d’Urban Village, elle aura bel et bien eu lieu.

Les Béninoises du Star Feminine Band devaient déjà être du voyage l’an dernier. Il leur aura fallu attendre un an pour être l’une des grandes révélations de ces TransMusicales, avec deux concerts à la clé. Le vendredi au Parc Expo, cette bande de jeunes filles aura surpris tout le monde avec son naturel scotchant et des chansons faites à base de rythmes traditionnels de l’Atacora, dans le nord-ouest du Bénin.

Allant à l’encontre de la tradition, ces adolescentes âgées de 11 à 18 ans ont pris les instruments de musique et les tam-tams. Sous l’égide d’un professeur de musique sensible à la condition de la femme, elles alternent l’école et la musique avec une discipline de fer. Si bien que sur scène, leur orchestre fait preuve d’une puissance impressionnante, avec une section rythmique des plus carrées.

Le Star Femine Band joue comme personne, danse, chante et porte un message simple : la défense de la femme africaine. Une revendication qui résonne d’autant plus dans un pays où s’élever contre l’excision reste un combat et dans un environnement où les grossesses sont bien souvent précoces. "J’aimerais dire aux femmes de se lever, de se battre, de travailler pour leur avenir, de ne jamais se laisser faire et de ne pas se sous-estimer pour quoi que ce soit. Mais le Star Feminine Band leur dit qu’il y a de l’espoir", appuie Dorcas, batteuse et l’une des percussionnistes de ce groupe. La musique brut de pomme de ces filles a séduit le label de rock Born Bad, qui a sorti leur premier disque l’an passé et se met sur la voie d’un autre album. Portées par des vents favorables, on ne doute pas que ces petits bouts de femmes viendront souvent en France et partout ailleurs en Europe.

Ikoqwe, transes électroniques et politiques

© RFI/Bastien Brun
Le duo Ikoqwe lors de la 43e édition des Transmusicales de Rennes, décembre 2021.

 

La fierté incroyable de ces jeunes femmes et leur slogan "Femmes, femmes, femmes, femmes" scandé à la fin de leur concert aura trotté un petit moment dans les esprits. L’Afrique des Trans est le plus souvent celle des villes occidentales, façonnées par les migrations plus que celle des métropoles africaines ambiancées par les musiques urbaines.

C’est à ce carrefour que se situe Ikoqwe, le groupe formé par le musicien et producteur Pedro Coqueñao, alias Batida, et le rappeur et activiste politique, Luaty Beirão, aussi connu son le nom d’Ikonoklasta. Sur scène, ces musiciens partagés entre le Portugal et l’Angola sont grimés en espèce de momies. Ils incarnent des extraterrestres ou des personnages "brûlés par l’existence" qui observent les humains. Derrière ce drôle de concept, il s’agit de pointer les inégalités, le néocolonialisme, les relations nord-sud, et de s’interroger sur la complexité de notre existence.

Leur mélange d’électronique percussive et de hip hop fait vivre une sorte d’absurde sonore. Le musicien et le rappeur déambulent comme désarticulés autour d’une sorte de batterie électronique bricolée quand une danseuse performe autour d’eux. Qu’on accroche ou qu’on reste à la porte, c’est d’ailleurs cela que l’on vient voir durant un week-end prolongé aux Trans : des rockeurs ce qu’il y a de plus anglais, le disco d’un improbable groupe breton, de la soul dans les canons du genre, ou un mélange entre pop et musique traditionnelle arménienne.

À ce jeu de l’improbable phénomène, les trois "metalleuses" indonésiennes de Voice of Baceprot auront remporté tous les suffrages en reprenant du Rage Against the Machine. Si le rock des rennais de Guadal Tejaz n’a pas assez digéré l’influence des Talking Heads pour être original, le duo Barbara Rivage a été une divine surprise. Sa musique romantique et dansante respire les années 80, mais il y a chez cette chanteuse et ce guitariste une alchimie rare. Quant aux Anglais de Tankus The Hendge, ils ont ravivé l’esprit de la Nouvelle-Orléans dans leur soul jazzy pour un moment tonique.

Au fil de cette 43e édition marquée par le Covid-19, les masques sont tombés alors que la nuit avançait au Parc Expo de Rennes. La distanciation sociale a fondu autour de quelques verres. Cependant, à l’heure où on le quittait, le festival rennais avait bel bien réussi son pari. La musique a repris, elle n’est pas près de s’arrêter et on s’en réjouit franchement.

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