Senny Camara, la kora qui guérit l’âme

La musicienne sénégalaise Senny Camara et sa kora. © Sébastien Jédor / RFI

Musicienne virtuose et discrète, aux textes engagés sans être militants, Senny Camara est sur scène ces 16 et 17 juillet au festival Rhizomes à Paris, au Parc floral du bois de Vincennes. La chanteuse et koriste d'origine sénégalaise a dû vaincre certaines réticences pour s'imposer. Aujourd'hui, Senny Camara explore une voie originale, ouverte à de nombreuses influences.

La musique et le chant de Senny Camara ont des vertus apaisantes... et c’est tout sauf un hasard ! La jeune femme, qui a grandi dans la région de Fatick, dans le centre du Sénégal, a été élevée par sa grand-mère. Mais c'est un autre membre de la famille qui lui a donné le goût de la musique. “J’avais une tante qui soignait par la musique, se souvient celle qui est installée en région parisienne depuis le début des années 2000. J’allais souvent chez elle. J’étais curieuse, j’écoutais, j’aimais ça. Dès mon plus jeune âge, j’ai commencé à chanter ces chansons-là... en cachette !”

Mais bien vite, Senny Camara ne se cache plus. Elle arrête l’école et intègre d'abord un orchestre spécialisé dans les reprises. Elle se produit sur la petite côte, la région balnéaire du Sénégal, autour de Mbour et Saly Portudal.

“C’était de la musique à la carte, à la demande, raconte-t-elle dans un éclat de rire. Il fallait savoir chanter aussi bien Madonna en anglais, que Laura Pausini en italien ou Gloria Estefan en espagnol”... Une expérience “éclectique” que l’on imagine aussi déroutante que formatrice !

J’étais comme hypnotisée

Car Senny Camara a plus d’une corde à sa kora. Parmi ses influences, elle cite notamment le duo Mao Kouyaté - Soundioulou Cissokho : “Leur musique passait tout le temps à la radio nationale sénégalaise. J’étais comme hypnotisée par leur jeu de kora”. Si, dans un premier temps, elle ne cherche pas à en jouer, Senny Camara finira par se faire fabriquer un instrument. “La kora me soigne. Le son est tellement beau ! J’ai envie de le rendre accessible à tous”. Même si au départ, se souvient-elle, il était mal vu pour une femme de jouer de la kora...

Pour Senny Camara, la musique se conçoit au contraire comme une ouverture au monde. Elle s’est d’ailleurs inscrite au conservatoire de Saint-Denis, près de Paris, dans un cours de… harpe celtique ! “Cet instrument me fait le même effet que la kora, sourit-elle. D’ailleurs, ma prof de harpe veut que je lui apprenne à en jouer.”

 

Kora, guitare, etc.

Cette ouverture se retrouve sur le premier EP, Boolo (“l’unité” en wolof) où les notes de kora croisent guitare, balafon, violoncelle et percussions. Un disque de compositions originales à l’exception de Bim Bam, reprise d’un classique sénégalais.

Préoccupée par l’évolution du monde, Senny Camara évoque les enfants de la rue (Talibé) ou les drames de l’immigration (Dialé, “condoléances" en wolof). “Quand j’ai écrit cette chanson, je ne pensais pas seulement à l’Afrique. Il y a la Syrie, l’Ukraine aujourd’hui... Je me sentais tellement faible de ne rien faire, confie-t-elle, bouleversée. Les jeunes ont perdu le goût de la vie. Ils se disent : ‘Je pars. Tant pis si je meurs, mais je pars’. Il y a quand même quelque chose qui ne va pas !”

Utiliser la musique pour faire passer des messages, portés par la douceur des notes. Voilà comment Senny Camara voit son rôle d’artiste. Au pays, sa tante serait fière d’elle.

Senny Camara, Boolo (Hélico) 2020

Facebook / Instagram