La pensée positive de DAM

Le groupe DAM. © damofficialband.com

Originaires de Lydd, une ville judéo-arabe de la banlieue de Tel Aviv (Israël), les rappeurs palestiniens de DAM publient Ben Haana wa Maana, un 3e opus pertinent et mesuré qui vient célébrer 20 ans de carrière avec, comme un cadeau d’anniversaire, la participation du producteur Brian Eno sur un titre.  

Les deux longues tresses sagement coiffées autour du visage de Maysa Daw, organisent le visuel de ce nouvel album, plaçant de part et d’autre, en arrière-plan, les frimousses de Mahmood Jrere et Tamer Nafar.

La MC’s qui a d’abord rejoint le groupe sur scène en 2011 avant de l’intégrer officiellement en studio en 2013, a manifestement su faire sa place au sein de ce groupe fondé en 1999 par les frères Nafar (Tamer et Suhell) et Mahmood Jrere. "Depuis ses débuts, DAM (Da Arabian MCs) a toujours collaboré avec des femmes et pas juste pour des histoires de marketing ou de bien-pensance" précise Mahmood Jrere qui répond pour le groupe aux questions via l’application WhatsApp.

"Mais avec Maysa, il s’est passé quelque chose d’unique. Au-delà de la force et la justesse de son point de vue, de ses propos militants et féministes, ou la fraîcheur de son approche musicale, elle a su bousculer notre façon d’écrire. On est sorti du classique 16 mesures chacun autour d’un sujet, pour aller vers une création plus collective, encouragés aussi en cela par Ithamar Ziegler (guitariste et bassiste du groupe israélo-new-yorkais Balkan Beat Box - ndlr), qui a réalisé notre album" analyse-t-il avant de revenir sur les autres significations de l’acronyme de départ.

"DAM c’est l’'éternité' en arabe et le 'sang' en hébreu, autant celui qui coule lors des bombardements que celui qui nous fait frères. Cette pluralité des sens et de langues enracine notre présence ici. Nous sommes là et nous y resterons" lâche-t-il. Sans ambiguïté et sans exclusive, il revendique la terre où ils sont nés : "Nous sommes des Palestiniens de Lydd (rebaptisé Lod depuis 1948 par les Israéliens), une cité-dortoir en proche périphérie de Tel-Aviv, qui héberge l’aéroport Ben Gourion et de toutes sortes de trafics (recel, drogue, prostitution)."

L’amour de soi

"En tant que Palestinien, on se doit de travailler sur nous-mêmes pour exprimer au mieux ce que nous sommes et pas juste le fantasme qui nous accompagne, cette image fabriquée, cet orientalisme caricatural qui nous colle à la peau" explique-t-il.

"Prozac, un des titres de l’album, est une métaphore de la manière dont l’occident se comporte avec le monde arabe. On te prescrit du Prozac que tu en aies besoin ou pas. Il faut qu’ils comprennent que c’est par nous même que nous nous sentirons bien" indique-t-il en s’adressant tout autant aux Occidentaux qu’à ses congénères. Cette maturité imprègne tous les titres.

Avec Emta Njawzak Yamma, ils s’en prennent au mariage comme contrainte sociale sur un beat qui évoque le dabke, la musique qui fait danser lors des mariages dans la région. Milliardat rappelle la force de la création. "Les Israéliens peuvent dépenser des milliards pour faire taire la voix du peuple palestinien, pour nous diviser, ils ne peuvent pas grand-chose contre nos titres qui eux n’ont pas coûté très cher".

… et de la liberté !

Overdose est lui produit par Brian Eno, le légendaire producteur qui depuis plus de quarante ans participe à façonner ce que d’aucuns appellent la sono mondiale. "Brian Eno nous a contactés après nous avoir entendu lors d’un concert organisé par le Bureau Export de la Musique palestinienne. Il nous a envoyé plusieurs embryons de titres dont celui avec le sample de Bill Withers qui nous a plu. On a travaillé à partir de ça" explique-t-il en relatant la genèse de ce titre au son novateur qui aborde le besoin, l’envie de tout être humain de se retrouver seul, de prendre de la distance pour réfléchir.

"Replacer l’être humain au centre de nos préoccupations, c’est s’adresser à tous, quels que soient leurs choix. Souvent, les personnes qui viennent en Palestine sont surprises par la joie du peuple palestinien, par nos sourires dans ce contexte épouvantable. Ce régime particulièrement oppressif est un des pires qui soient. Forcement, cela limite tes mouvements, tes aspirations" commente-t-il.

"Pourtant, comme tout à chacun, je n’espère qu’une chose : pouvoir vivre normalement, vivre comme quelqu’un qui aime la vie, car c’est en affirmant notre existence, que nous sommes libres !".

DAM Ben Haana Wa Maana (Cookin Vinyl) 2019
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