50e édition du Festival interceltique de Lorient

Grande parade au stade du Moustoir à Lorient, août 2021. © RFI/Olivier Favier

Pandémie oblige, le festival interceltique de Lorient fête avec un an de retard sa cinquantième édition. Malgré tout, s’il s’étire toujours sur dix jours, du 6 au 15 août, l’exubérance n’est pas au programme. Cette édition un peu plus confidentielle est aussi l’occasion de profiter autrement des artistes présents sur scène, comme la chanteuse Nolwenn Korbell, présente le dimanche 8 août sur la Scène Bretagne.

Créé en 1971, le festival s’est voulu ouvert aux autres "nations celtes" l’année suivante, chacune étant mise à l’honneur à tour de rôle depuis 1994. Pour cette année particulière, la Bretagne s’invite elle-même à Lorient, et ce sont quelque cinquante formations, cercles de danses traditionnelles et bagad, qui ont défilé le dimanche 8 août au stade du Moustoir, celui du FC Lorient.

Normalement, la Grande Parade fait du stade son point d’arrivée, et se déploie auparavant dans la ville sur un kilomètre et demi. Elle rassemble toutes les "nations celtes" et attire en tout quatre-vingt mille spectateurs – dont dix milles payants. Cette version réduite, mais déjà impressionnante s’est déroulée devant un stade à moitié plein, du fait des restrictions d’accès dues au passe sanitaire. Le bagad militaire de Lann Bihoué a ouvert les festivités qui se sont achevées sur celui des pompiers du Morbihan.

Une édition plus intimiste pour le premier festival de France

Le réseau des écoles Diwan - centrées sur l’apprentissage en langue bretonne – ont fait passer un message politique: "Diwan anticonstitutionnel?", question posée en réponse à la saisine du Conseil constitutionnel sur deux articles de la loi Molac, concluant sur le caractère anticonstitutionnel de l’apprentissage des langues régionales ou étrangères "par immersion".

Si certaines formations, comme l’ensemble Bleunadiur de Saint-Pol-de-Léon, ont eu à cœur de faire revivre des costumes du dix-neuvième siècle, d’autres ont choisi d’enrichir leur pratique d’influences jazz et d’instruments inhabituels, comme le Bagad Saozon-Sevigneg de Cesson.

Ce week-end, la foule était malgré tout au rendez-vous pour ce qui était, en 2019, le plus gros festival de France, avec quelque 800 000 visiteurs, soit près du double de la Fête de l’Humanité et le triple d’un autre incontournable breton, Les Vieilles Charrues. Cette année, l’entrée au marché interceltique et aux différentes scènes est soumise aux normes imposées par la pandémie. L’ambiance reste festive, mais plus confidentielle. De fait, le rapport aux artistes gagne en intimité.

Sur la scène Bretagne, la chanteuse et comédienne finistérienne Nolwenn Korbell est une habituée des lieux. Elle a chanté ici dès le premier de ses six albums, et est revenue depuis six ou sept fois pour des concerts. Mais elle y est aussi montée sur scène en compagnie d’Hugues Aufray ou de la chanteuse galloise Lleuwen Steffan. Elle est venue cette fois avec deux guitaristes, Hélène Brunet et Stéphane Kerihuel, une formation réduite où les individualités musicales s’expriment et se répondent.

Comédienne et chanteuse, un même métier

Chez Nolwenn Korbell, tout est question d’équilibre, il y a quelque chose de la funambule dans le trait que sa carrière dessine depuis trente ans, avec un cap évidemment, et des constantes. Elle n’a jamais choisi entre le théâtre et le chant. "C’est le même métier. Il y a tellement de parallèles et de ponts." Et il suffit de la voir sur scène, pour comprendre combien la comédienne en elle sait transformer une scène musicale en plateau, et dessiner une dramaturgie visuelle en quelques gestes, un simple mouvement de tête, un regard.

© RFI/Olivier Favier
Nolwenn Korbell sur la scène Bretagne au festival interceltique de Lorient, août 2021.

 

Elle poursuit : "Quand je chante, je cherche toujours une histoire à raconter, comme un petit conte, une pièce courte. Parfois, ce n’est pas moi qui chante, mais un personnage que j’incarne le temps de la chanson.  Dans le texte de théâtre, j’aime voir la musicalité. Et dans les deux cas, ce qui est fondamental, c’est l’idée de partager quelque chose avec le public, l’interprétation." Elle sourit, fait un instant silence: "Et si dans une même pièce il y a les deux à faire, chanter et jouer, alors là c’est le grand cadeau. Je ne vais quand même pas scinder mon plaisir!"

Chanter en trois langues : breton, anglais et français

Née à Quimper, Nolwenn Korbell a grandi à Douarnenez dans une famille bretonnante. Elle y vit toujours dans ce pays port du Finistère aujourd’hui après quelques années passées au Pays de Galles. Ses chansons, elle les écrit en breton, en anglais ou en français. "Parfois je mets un peu de temps à me décider pour le choix de la langue. Parfois j’ai une petite phrase qui me vient. Ce qui est plus rare, c’est d’avoir l’idée avant la chanson."

"Si j’évoque le naufrage du Bugaled Breizh [littéralement les enfants de la Bretagne], il est évident que je vais écrire ma chanson en breton. Mais il y a des mélodies qui font plus chanson française. Quand c’est plus folk, ça peut aller vers l’anglais." Elle ajoute toutefois qu’elle a élevé son fils en breton, qui est sa langue maternelle. "C’est étrange, tu sais, quand je m’adresse à un très jeune enfant, c’est le breton qui vient spontanément."

Son dernier album date de 2018, Awel Azul, où se mêlent les trois langues. Il est né d’une collaboration avec le guitariste du groupe Marquis de Sade, Franck Darcel. Le premier single, Da Belec’h [Vers où], est une balade obsédante en forme de point d’interrogation, une sorte de voyage intérieur. Des nouvelles créations qu’elle a présentées ce dimanche, en plus de quelques reprises, "il serait temps, dit-elle, de faire un album". "Mais il faudrait ajouter des claviers et de l’électrique, pour gérer la rythmique sans basse ni batterie."

En plus de ses propres textes, Nolwenn Korbell continue de chanter des poètes, comme Anjela Duval ou Xavier Grall, tout récemment. Il y aurait toute une exploration à mener dans son œuvre en ce sens, pour découvrir ou redécouvrir, par exemple, les vers d’Emily Dickinson ou du Gallois David Owen. Derrière l’identité de chanteuse bretonne, Nolwenn Korbell cultive en effet un éclectisme qui n’a rien de désordonné ou d’aléatoire, mais la raconte dans toute sa richesse, sur un fil.

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