Les réinventions de Flavien Berger

Flavien Berger. © Edmond Sadaka

Plus d'un an après son premier album, Flavien Berger a installé son univers sonore, poétique et visuel singulier. Rencontre avec cet homme-machine, seul en scène, qui manie improvisations et psychédélisme électroniques.

"Depuis l'âge de 4 ans, je vis au rythme des rentrées scolaires. Et cette année 2016, c'est fini. J'ai arrêté l'école en juin, c'est assez excitant" confie Flavien Berger après des répétitions avec violon et violoncelle dans la salle parisienne de la Flèche d'Or, un peu avant Rock en Seine. Son passage le 26 août dans ce gros festival achève une grande tournée des rendez-vous de l'été après celle des salles de la France entière.

Un an et demi après la sortie de son premier album Leviathan, le jeune homme aux cheveux longs a tracé son sillon et récolté un succès de plus en plus important. "La musique s'est installée au centre de ma vie, ce qui n'était pas prévu. Jusqu'en juin dernier, je continuais à enseigner à l'Atelier de Sèvres." Autodidacte, il n'a pas appris la musique à l'école, mais le design industriel. Avec comme projet de fin d'étude, la conception d'une machine à musique. Enfant, son passage au Conservatoire a été bref.

Musique sur console de jeu vidéo

Ses parents viennent du monde de l'image, un père réalisateur en télévision et une mère monteuse. "J'ai longtemps cru que j'allais faire des films pour raconter des histoires. Je me suis rendu compte que je pourrai les raconter par la musique" explique celui qui ne veut pas citer de grands musiciens tutélaires mais avoue avoir beaucoup écouté les musiques noires, le jazz, la soul, le rap américain ou la house.

Sur scène, il est seul, comme il l'a toujours été en studio. "Comme je n'ai pas évolué au milieu de musiciens, je ne me suis jamais dit que j'allais faire partie d'un groupe. La musique a été une pratique solitaire. Aujourd'hui, je fais ce que je sais faire : bidouiller puis incarner ma musique sur scène, dans une économie de tournée au début très réduite." Flavien Berger s'est mis à la musique à l'aide d'une console de jeux vidéo PlayStation 2 et d'un enregistreur à cassettes lorsqu'il avait 13 ans, puis à l'aide du logiciel GarageBand fourni sur son ordinateur, lorsqu'il etait étudiant. Un logiciel qu'il utilise toujours aujourd'hui.

Dans son école de design, Flavien a néanmoins constitué une bande, un collectif, Sin, comme "sinusoïdal". Ses neuf membres effectuent des recherches sur le son et se produisent parfois, comme en septembre 2016 à l'église Saint-Merry à Paris, sous la forme d'un sound-system.

Improvisations

Flavien Berger a un peu chanté en anglais avant de vite passer à la langue de Molière, plus précise pour traduire ses visions: "Adieu vide tellurique/ La mer avale mon cœur/ Les limbes aquatiques/ Effacent les plongeurs/ Les fantômes de baleine/ En haut du précipice/ Et puis notre lointaine idylle des abysses". (Abyssinie).

Son premier album est intitulé Leviathan, allusion au monstre qu'est la musique. Le musicien confie : "Cet album est la rencontre avec ce monstre, ce territoire informe et invisible que chaque humain ressent presque au quotidien sur cette planète. Le disque est une sélection d'improvisations, de jets. Les paroles ne sont pas improvisées, elles sont écrites et réécrites, les mots sont mis en jachère… L'improvisation en concert est très importante pour que le spectateur ait l'impression que c'est l'unique fois qu'il verra et entendra ce concert. Il m'est de toutes façons, impossible de reproduire seul mon disque sur scène."

Psychédélisme

Une musique électronique contemplative, introspective et psychédélique. Psychédélique ? "C'est le rêve, la perte de structure, la psyché se laisse embarquer… C'est ce qui me plaît aussi chez le label Pan European Recording qui publie mes disques : son psychédélisme au travers d'autres musiques que le rock."

Comme le flux et le reflux, l'album se réinvente à chaque écoute, à chaque concert et avec chacun des clips, hypnotiques et décalés. Ces vidéos très "arty" créent des univers singuliers à des kilomètres des stéréotypes propres aux clips actuels. Mais on ne l'y voit pas ―ou presque― Flavien Berger. "Quelqu'un qui chante en playback face à la caméra, c'est assez absurde. Ce n'est pas comme ça que je veux me présenter. Les clips étaient un moyen de travailler avec des artistes dont j'aime le travail, un moyen de proposer un objet visuel profond. Je redécouvre ma musique à travers ces images, un peu comme une traduction."

En attendant peut-être que le musicien ne traduise, à l'inverse, un film en musique…

Flavien Berger Leviathan (Pan European Recording) 2015

Page Facebook de Flavien Berger