Mizik Machines, pédagogie et bon son dans l’Ouest guyanais

Ben (2e gauche) et des membres d'Akufen mettent en musique une démonstration de cirque, lors de leur fête d'anniversaire, le 12 octobre 2019. © Samuel Zralos

Mizik Machines, c’est le fruit d’une collaboration – qui se veut pérenne – entre les associations Péka Projekt, de Kourou, et Akufen, de Saint-Laurent-du-Maroni. Ces deux collectifs de passionnés de musique assistée par ordinateur, au sens le plus large possible, entendent à la fois faire découvrir l’Ouest guyanais à des groupes invités et – surtout – former les jeunes et moins jeunes de la région, professionnels comme amateurs, à toutes les formes de "musiques nouvelles".

A dix ans tout juste – il les a fêtés le 12 octobre 2019 –, le collectif Akufen affiche non seulement toutes ses dents, mais surtout une envie sans cesse renouvelée de communiquer avec la terre qui l’accueille. Comme cadeau d’anniversaire, ils ont décidé de s’associer avec Péka Projekt, connus des locaux pour leur radio « Radio Pékà » et l’organisation de concerts sur Kourou, pour lancer Mizik Machines.

Le projet ? Faire venir tous les deux mois des artistes, de métropole ou d’ailleurs, pour au moins une semaine, avec un concert à Saint-Laurent-du-Maroni, un autre à Kourou et, surtout, des masterclass, formations ou ateliers, ouverts à tous et diffusés en direct sur le site internet de Radio Péka. Très actives dans la promotion des "musiques nouvelles", comprendre assistées technologiquement, les deux associations regrettent en effet que, par manque de moyens comme d’accès aux connaissances, les jeunes guyanais ne parviennent que rarement à sortir, produire et faire connaître leurs créations musicales.

Pour Ben, l’un des fondateurs d’Akufen, il est "vraiment important pour la dynamique culturelle de la région" d’accompagner ces musiciens de demain, de leur donner un maximum de cartes en main. Sans souci de définitions, avec même un certain dédain pour les limites bien définies, il ne fixe qu’une borne : l’utilisation de technologies musicales, n’importe lesquelles. Que ce soit le Djing, le scratch, la musique assistée par ordinateur (MAO) ou encore le beatbox, tous les styles et tous genres musicaux sont bienvenus.

La transmission passe par la découverte

"On veut rendre ça accessible au plus grand nombre", explique Ben, d’où des concerts organisés le plus possible en ville, "voire, dans un second temps, dans des quartiers prioritaires", à bas prix. D’où également la volonté, réaffirmée à plusieurs reprises lors de nos entretiens, de maintenir la gratuité des ateliers offerts par les artistes invités. "L’idée est de transmettre et la transmission passe par la découverte".

Pour la semaine inaugurale de formation, Modul Club, venus de Rennes, a enseigné la MAO, du lundi 14 au jeudi 17 octobre, à "une quinzaine de participants plus ou moins assidus". Jeunes et moins jeunes, qui pour certains avaient déjà une expérience en webradio, ont appris à travailler avec une séquence musicale professionnelle. De nouveaux outils "indispensables pour pratiquer la musique en Guyane", estime Ben. Notamment parce qu’ils sont beaucoup plus faciles d’accès que d’autres instruments au public local. Modul Club sont à leur tour repartis enrichis de leur semaine guyanaise, puisqu’ils ont pu rencontrer Prince Koloni, icône locale du chant. "L’idée est aussi de permettre cette rencontre, cet échange dans les deux sens entre le public, les artistes d’ici et ceux qui viennent", se réjouit Ben. Akufen et Péka Projekt veulent "que les sons soient mixés", avec des artistes locaux amenés à se produire en première partie lors des concerts d’invités.

En décembre, le platinisme sera au programme des ateliers qu’animera DJ Ordoeuvre, deux fois vice-champion du monde de la spécialité. Avant qu’El Maout ne vienne enseigner le beatbox en février. "Là, ça sera plus de la découverte", s’amuse Ben, puisque la spécialité n’est que très peu développée sur le territoire.

Avancer "au fil de l’eau"

Le sourire volontiers rieur, les yeux virevoltant sans cesse au fil de ses idées, Ben est un passionné et l'on a envie de partager son enthousiasme. Même s'il admet que l’accouchement de Mizik Machines n’a pas été si aisé. La soirée anniversaire du 12 octobre, à la fois lancement du projet – avec le premier concert guyanais des Rennais de Modul Club – et source de financements pour la suite leur a tout juste permis de rentrer dans leurs frais et de dégager "un faible bénéfice".

Mizik Machines continue donc d’avancer "au fil de l’eau". "On est organisés, on prévoit à long terme. Mais si besoin on réadapte avec les moyens du bord. On prend des risques, mais c’est parce qu’on ne veut pas lâcher l’affaire", le reprend Clément, membre fondateur de Péka Projekt. La première demande de subventions a été refusée, une autre doit être examinée en février. Et d’ici là, forts de "leur culture de l’autofinancement", les deux complices et leurs comparses l’assurent, le travail continue. "Les artistes de décembre et février sont déjà validés", leur venue assurée. Et ensuite ? La musique continuera…