Bumcello, toujours le feu !

Vincent Segal et Cyril Atef forment le duo Bumcello. © Gassian

Six ans après Al, les deux moitiés de Bumcello, le violoncelliste Vincent Segal et le batteur Cyril Atef conjuguent à nouveau leur feu sacré pour donner naissance à un nouveau disque, Monster Talk, qui célèbre leurs vingt ans d’existence. Nous étions le 9 novembre dernier à la Maroquinerie, pour leur release party… Et c’était chaud-bouillant !

Ils sont comme le yin et le yang, comme Titi et Gros Minet, comme Laurel et Hardy, comme Tom et Jerry… À priori contradictoires, complémentaires, mais aussi diablement indissociables. Mon premier, punk du futur, chapeaux bigarrés, avec coquillages et grelots, tutoie les deux mètres et tape sur une batterie de bric et de broc, avec clochettes et fûts en bidons d’eau. Mon second, bien peigné, petit foulard autour du cou, glisse en toute virtuosité sur son violoncelle rouge électrique. 

Dans Bumcello, il y a Bum et Cello, Cello et Bum, Cyril Atef et Vincent Segal, Vincent et Cyril, le dieu de l’archet et le fou du rythme. Et vice-versa. Sur la scène de la Maroquinerie, ce soir du 9 novembre, jour de sortie de leur nouveau disque, Monster Talk, le public, gonflé à bloc, ne boude pas son plaisir de retrouver ce duo devant l’éternel, pour célébrer leurs vingt ans, après quelques années d’apparitions sporadiques. 

Comme à leur habitude, les deux garçons, toujours là où on ne les attend pas, enchaînent moments de génie et de grand n’importe quoi, empruntent des chemins technoïdes, libèrent des musiques sauvages et cabossées, et de puissants moments de groove. En un seul concert, il y a mille paysages traversés, toujours sur le fil du rythme et de la déconne. Vincent et Cyril ne s’interdisent rien… Et leur transe éclectique contamine sévèrement le public. 

De Ligeti à Claude Lévi-Strauss

Si les concerts se passent de setlist, s’ils empruntent les boulevards du risque et ceux de la haute improvisation, ils n’en ont pas moins bossé scrupuleusement leur dernier opus. Lorsque leur tourneur, Asterios, leur propose de s’atteler à la confection d’une nouvelle galette, chacun des deux garçons compose ses morceaux, jusque dans les moindres détails. 

Par la suite, ils s’enferment, cinq jours durant, en février 2018, dans un studio à Pigalle. Monster Talk était né. S’ils étaient contents de se retrouver ? Aussi sec, Cyril répond "non" avec un grand sourire qui prouve le contraire. Et Vincent répond "oui", parce qu’il est poli.  Le batteur précise et provoque gentiment son acolyte : "J’ai été surpris parce que la session s’est déroulée de façon relax, créative et efficace. Vincent était dans un bon mood. Tous les matins, je vérifiais : 'ça va, t’as bien dormi ?'. Il a sérieusement fait un gros effort psychologique pour que tout se déroule sans tension…"

En retour, le violoncelliste lâche les vannes : "Après vingt ans, le mec a enfin compris que le meilleur son de batterie en studio, c’est quand tu ne joues pas fort. Avant, quand il se mettait en cabine, on avait l’impression qu’il se produisait à Woodstock…" Les deux se chicanent, mais s’adorent. Un troisième larron a supervisé l’affaire, Vincent Taurelle : il a cadré les chansons, assuré le son, etc. 

Et le voilà, ce nouveau bébé, né d’une fructueuse union. Sur ses pistes, Cyril s’est mis à chanter – fort bien – en allemand. Les mélodies s’avancent, belles et simples. Et, comme à leur habitude, les influences se croisent, se télescopent, se carambolent : des trompes rara d’Haïti, des rythmes gnaoua, du raggamuffin, un chant façon Marlène Dietrich en Amérique du Sud, du rebetiko qui se la joue western et du hip hop revisité sur steel-drums, le tout passé à la moulinette Bumcello. "Pour ce dernier disque, nos principales influences, c’était Ligeti et Claude Lévi-Strauss", assument très sérieusement les deux garçons. 

Un disque monstrueux

Quant au titre, Monster Talk, Vincent et Cyril l’expliquent de façon engagée. "Pour moi, la parole du monstre, c’est la déchéance de l’humanité, due à l’utilisation forcenée de ce que j’appelle les 'dumbphones', aux réseaux sociaux, à ces millions de voix sur Facebook, Twitter, à ces commentaires de haines, de négativité, ces insultes, dans un monde digital de plus en plus tendu", explique le batteur. 

Le violoncelliste, lui, livre une autre interprétation : "Je trouve fou, que le monde d’aujourd’hui se résume à une succession de 0 et de 1 : un mécanisme simplissime qui, comme dans les films d’horreur, peut dérailler ou imploser. S’il y a la moindre panne sur la matrice, on perdra une mémoire numérique pendant plusieurs années…" Sur ce Monster Talk, Vincent projette aussi d’autres lumières : "Tous les deux, on a quand même cinquante balais. On est des dinosaures ! Je déteste l’attitude de ces gars qui comme les Rolling Stones, se prennent pour des jeunes. Je préfère de loin l’aura des vieux bluesmen, tels Muddy Waters ou BB King."
 

Et pourtant, Bumcello n’a pas pris une ride… Après 20 ans d’existence, le duo réussit toujours le tour de force d’allier les plus grandes exigences musicales, les influences de hautes voltiges avec des sons populaires qui feraient guincher le plus hermétique des auditeurs. Parions qu’ils libéreront nos corps et nos cœurs pendant encore les vingt prochaines années ! 

Bumcello Monster Talk (Buda Records) 2018

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