Massilyes, nouveau talent kabyle

Massilyes. © RFI/Madjid Miloudi

En route pour la joie et pour un premier album. Après presque dix ans à peaufiner ses chansons, Lyes Renai, alias Massilyes, les sort de son chapeau. Le chanteur kabyle, qui a largement puisé dans le rock anglo-saxon, nous raconte son peuple et cette ville de Paris qu’il a adoptée. Rencontre avec un homme atypique et découverte.

Dans ce bar de Montreuil, Lyes Renai va durant une petite heure remonter le fil de sa vie. De sa Kabylie natale jusqu’à ce coin de la banlieue parisienne où on le rencontre, Massilyes va nous raconter son amour pour la musique et comment il ne l’a finalement jamais quitté. Tout commence au milieu des années 1990, au cœur d’une "décennie noire" durant laquelle l’Algérie se déchire face au terrorisme islamiste. C’est dans ce contexte que Massilyes apprend la musique dans une Maison des jeunes, et touche aussi au théâtre.

Inspiré par le rock anglo-saxon, il débute la guitare par des reprises d’Idir, de Djamel Allam ou d’Abranis. "Le climat faisait froid dans le dos. Il y avait des musulmans radicaux, alors qu’en Kabylie, on n’avait pas ça, se rappelle-t-il. On faisait des petits concerts dans les universités, à Tizi Ouzou, à Bejaïa et même à Alger, pour dire : 'Faut arrêter' J’avais 17-18 ans, et quand tu le vois en réalité, c’est flippant. On te dit : 'Faut pas faire un certain type de poésie, il faut aller dans l’Islam, etc'. Des journalistes, des écrivains, des chanteurs ont été tués, comme Matoub Lounès..."

Théâtre et musique

Le 14 juin 2001, la marche du peuple kabyle qui réunit plus de deux millions de personnes, à Alger, est réprimée dans le sang par les autorités. Massilyes est blessé, et se décide enfin à vivre en Europe "le rêve de musique" qu’il avait ébauché avant ces évènements. Ce sera Marseille, puis le trajet "en stop" jusqu’à Paris, des petits jobs de prof de musique et une formation d’ingénieur du son.

Armé d’une volonté impressionnante, le chanteur remettra plusieurs fois l’ouvrage sur le métier. Ses chansons interprétées pour la plupart en kabyle, mûrissent doucement, et Massilyes prend le temps de bien s’entourer. Déjà ébauchées dès 2009, leur enregistrement débute en 2012 et se termine finalement trois ans plus tard. Le disque verra le jour en début d'année prochaine, si tout va bien.

Pour avoir entendu une bonne partie de ces chansons en concert, elles brassent plusieurs styles. La chanson-titre Le Peuple, est dans un registre jazz manouche. Avec sa trompette, elle ravive les cendres de la scène alternative. Mais s’agit-il uniquement du peuple kabyle ? Ou du peuple algérien tout entier ?  "Elle n’est pas politique, mais elle parle bien du peuple algérien et des décideurs. Parce qu'à chaque décennie, on a truc en Algérie, dans les années 90, dans les années 2000, et maintenant en 2019. A chaque fois, le peuple algérien doit se demander comment il va vivre. Je reviens sans problème en Algérie, mais on ne peut pas vivre dignement", estime-t-il. Ce peuple a aussi une portée universelle pour celui qui chante la vie loin de "(sa) Kabylie".

En français dans le texte avec Ma Parisienne ou sur un mode blues-rock dans Di Paris, Lyes chante aussi l’amour d’une ville qui l’a adopté. "A Paris, on ne dort pas parce que le soir, c’est la fête. Quand je suis arrivé, j’étais excité de voir les musiciens dehors sur les places, à Saint-Michel, dans le XVIIIe ou dans le XXe arrondissement, où j’ai beaucoup joué. Di Paris parle simplement de joie parisienne et de ce qui se passe le soir", dit-il. A 40 ans, Massilyes a longtemps écumé les bars kabyles de la capitale, mais maintenant, c’est avec un groupe qu’il va chanter. Au nom de son peuple, au nom d’une dignité chèrement gagnée.

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En concert le 7 décembre au Royal Est à Paris.