Cinquante nuances de bossa-nova en français

Pochette de la compilation "Tchic Tchic - French Bossa Nova". © Born Bad Records

Le label parisien Born Bad fait paraître la compilation Tchic Tchic - French Bossa Nova – 1963/1974, qui ressuscite une époque où la musique brésilienne a investi la chanson française. Où l’on retrouve dans cette somme au charme délicieusement suranné, un exercice de style volontiers comique, mais pas que… 

C’était le temps où la bossa-nova déferlait sur la France. Une époque la nouvelle vague de la musique brésilienne, s’acoquinait avec la chanson et la variété française, pour donner lieu à une mode. Si la plupart des chanteurs français des années 1960 et 1970 ont au moins une bossa-nova a leur répertoire, c’est un versant moins connu que le label parisien Born Bad donne à entendre sur la compilation Tchic Tchic - French Bossa Nova – 1963/1974.

En 1959, le film Orfeu Negro de Marcel Carné obtient la palme d’or au festival de Cannes. La bossa-nova arrive en France grâce à Henri Salvador, Georges Moustaki, Pierre Barouh, et toute une pléiade de musiciens qui se font les passeurs éclairés de cette musique héritière de la samba, qu’on caractérise souvent par sa guitare bègue. Dans le même temps, cette musique au tempo alangui, sensuelle, romantique, a fait des émules aux États-Unis. 

Exotisme kitsch

Avec son exotisme kitsch, la "bossa-nova" en français relève bien souvent du pastiche (Pas tant de tchi tchi pon pon, Comme une samba...) Mais au détour de ces paroles rieuses apparaît aussi le décor d’une France, qui entre dans la dernière décennie des Trente Glorieuses et dit ses envies de société de consommation. "Ah la la, la vie est au rabais dans un HLM / J’en ai marre et j’envie ceux qui sont sans problèmes", chante la sœur de Michel Legrand, Christiane Legrand, dans HLM et ciné roman

Les clichés font partie du jeu, les orchestrations luxuriantes évoquent volontiers un paradis rêvé. Mais la surprise de cette compilation de chercheur de sons, vient de titres majoritairement instrumentaux. On découvre alors une Isabelle Aubret inattendue, chantant des onomatopées (Casa Forte) ou Jean-Pierre Sabar, compositeur et arrangeur pour Hugues Aufray, Françoise Hardy, ou Serge Gainsbourg, au détour du titre Vai Vai, qui est assurément l’une des pépites de ce mélange franco-brésilien. 

C’est un parti pris, il n’y a pas de grandes figures de la chanson française ici. On pourra donc regretter de ne pas retrouver Georges Moustaki, Claude Nougaro ou Nino Ferrer, dont La rua Madureira est devenue un classique. Mais cette compilation très tenue vaut sans aucun doute le voyage, avant d’aller voir la baie de Rio et le Corcovado.

Bandcamp

Tchic Tchic - French Bossa Nova  (Born Bad Records) 2020