De Slimane à Naâman, dans les mots de Marley

Tribute Bob Marley : La Légende, l'album hommage à Bob Marley. © Getty images

Pour rendre hommage à la star du reggae qui a marqué autant les mentalités que la musique, une douzaine d’artistes pour la plupart français ont participé au projet Tribute Bob Marley – La Légende réalisé par Dominique Blanc-Francard. Objectif : permettre à chaque sensibilité, de Vianney à Faada Freddy en passant par Cats On Trees, de s’exprimer et livrer sa propre vision musicale des chansons de Bob Marley.

L’idée était atypique, à défaut d’être originale : offrir l’opportunité à des artistes issus d’horizons musicaux très divers de rendre hommage à Bob Marley. Ou plutôt à ce qu’il représente en 2016, trente-cinq ans après sa disparition.

Longtemps, les projets autour de l’héritage de la star jamaïcaine ont été menés par ceux qui tentaient de marcher dans ses pas sur le plan musical. Mais après tout, pourquoi seuls les représentants du reggae seraient-ils légitimes alors qu’on ne cesse de souligner l’influence globale de ce personnage, au-delà même de la musique ?

“Bob Marley mérite mieux qu'un marchand de drapeaux à son effigie sur un marché de province un samedi matin, mieux qu'un discours lénifiant sur le rastafarisme, mieux qu'une ode à la weed (…) Il a réussi quelque chose de rare : laisser une trace éternelle dans le cerveau de chaque être humain. Noirs, Blancs, riches, pauvres, jeunes, vieux, branchés, losers, urbains, paysans, bourgeois et prolos, Bob Marley les a tous envahis, domptés, aimés, conquis. Voilà. Bob Marley avait ce pouvoir-là d'étouffer les différences”, lit-on dans le texte de présentation de ce Tribute Bob Marley.

Un exercice périlleux

Si les intentions sont louables, il faut autre chose pour que la valeur ajoutée attendue de ces interprétations soit in fine au rendez-vous. L’exercice s’avère toujours compliqué, sinon périlleux : quelle distance prendre avec ces tubes connus, sans leur faire perdre leur essence ?

Confier la réalisation de l’album à Dominique Blanc-Francard est un choix qui n’est pas tout à fait fortuit, pour plusieurs raisons. D’abord, cet homme de studio expérimenté, qui vient de s’illustrer dans un registre similaire de reprises avec It’s a Teenager Dream, possède le bagage adéquat. Il peut également être le pont entre la génération Y et Marley, qui serait comme lui septuagénaire aujourd’hui. Puis, son frère aîné, Patrice, fait partie des premiers, dans l’Hexagone, a avoir cru en la musique made in Kingston et à l’avoir diffusée dès le milieu des années 70 sur les ondes de France Inter dans son émission Bananas.

Des interprètes venus de tous les horizons

Reste donc la sélection des interprètes. Pour le moins surprenante, même en sachant que le seul critère qui a prévalu pour les intéressés était de pouvoir revendiquer un lien avec Bob Marley, plus ou moins fort, plus ou moins profond, quelque part entre l’œuvre de l’artiste et son image posthume.

Des candidats d’émissions télé telles que The Voice ou Rising star, un acteur de série télé, et une poignée de jeunes espoirs de la scène reggae : difficile d’imaginer que ces noms puissent être réunis sur un CD, mais ils ont tous leurs raisons. Sincères.

Ces derniers laissent toutefois l’impression que le répertoire du Jamaïcain s’apparente un peu un Carambar auquel chacun a goûté, et dont tout le monde peut parler. À l’aune de son vécu, de son identité artistique… Bref, avec une pertinence qui se retrouve, ou non, à l’écoute du résultat.

Reprises hasardeuses de Get Up stand Up et Natural Mystic

La responsabilité de commencer ce Tribute revient à Asa, avec Natural Mystic. Symboliquement bien vu : le morceau ouvrait l’album Exodus paru en 1977, et le mettre entre les mains d’une Africaine souligne tout de suite l’intérêt que le roi du reggae a porté au continent de ses ancêtres.

Mais de l’intensité quasi dramatique de la version originale, il ne reste rien. Les paroles apocalyptiques sont chantées avec un détachement peu concerné par la Nigériane. On frise le hors sujet. Quant à la progression musicale qui donnait toute sa force, sa puissance au morceau, elle a aussi disparu. Inaya, passée par les programmes musicaux de M6 en 2014, s’échoue sur le même écueil avec Get Up Stand Up.

Est-ce à dire que les chansons de Bob Marley ne conviennent pas aux voix féminines ? Le trio des LEJ, remarqué depuis deux ans pour ses interprétations acoustiques et ses arrangements de voix (et révélé par Tryo, acteur de la scène reggae française), contredit le postulat avec un honnête Redemption Song.

Une proximité artistique avec Marley

Des prestations des chanteurs Slimane et Vianney, qui seraient passés pour des extra-terrestres sur un tel disque il y a quelques années, on retiendra surtout qu’ils se sont concentrés sur les qualités de mélodistes de l’auteur de Is This Love et Turn Your Lights Down Low.

Les plus à l’aise demeurent sans nul doute ceux qui possèdent une proximité artistique avec Marley : les reggae men Naâman, Blacko, ou encore Toma. S’ils jouent la carte de la fidélité et prennent peu de risques, ils savent que les vibrations propres aux morceaux qu’ils ont empruntés ne sont pas écrites sur les partitions.

Le constat vaut aussi pour Ben L’Oncle Soul sur Positive Vibration, et l’inattendu Gary Dourdan, acteur afro-américain vu dans pendant huit saisons de la série des Experts, qui reprend avec conviction I Shot The Sheriff.

Dommage, néanmoins, que l’on ait si souvent tout au long de ce Tribute le sentiment d’assister, sur le plan musical, à une séance de répétition en studio (ou d’un live dans un bar). Sûrement pour que ça sonne comme à l’époque. Sauf qu’en termes de production, les chansons qui ont servi de matière première au projet étaient proches de la perfection et font encore figure de référence aujourd’hui.

Compilation Tribute Bob Marley La légende (DefJam/Universal) 2016

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