La musique afro, outil de pacification des quartiers sensibles de Medellín

John Fredy Asprilla, membre et cofondateur du collectif Son Batá. © RFI/Najet Benrabaa

Ils sont connus et reconnus par tous à Medellín comme un collectif musical d'artistes hors du commun mais surtout comme des ambassadeurs de la culture afro-colombienne. Le groupe Son Batá est né dans un quartier sensible, celui de "la comuna 13 San Javier". L'objectif : utiliser la musique et l'art afro comme outil de sociabilisation et de pacification des quartiers. Ateliers de musique, création de groupe musicaux, spectacles, ils proposent un large éventail de talents pour défendre la paix avec succès. Aujourd’hui, les enfants des quartiers où ils travaillent ne se laissent plus tenter par l'univers de la délinquance.

"La comuna 13 San Javier" s'étend sur les hauteurs des collines de Medellín. Une fois arrivé à la fin de la ligne de métro, il faut encore prendre un minibus qui vous emmène vers la pointe. C'est dans ce recoin que se trouve le collectif d'artistes Son Batá composé de 4 groupes. La plupart d'entre eux sont nés et ont grandi dans ce quartier. Ils ont décidé de le transformer de l'intérieur grâce à leurs racines : l'art afro-colombien.

En ce samedi ensoleillé, John Fredy Asprilla, membre et cofondateur du collectif nous reçoit sur un terrain vague utilisé pour les ateliers de musique. Une dizaine d'enfants afro-colombiens, âgés de 10 à 15 ans, sont alignés, dehors, assis sur des chaises de jardin avec de grands seaux en plastique entre leurs jambes. Ces derniers vont servir de tambours. En effet, c'est l'heure du cours de percussions afro ou plutôt du "batá".

Il s'agit d'un tambour spécifique à la culture afro. Il est composé de deux caisses sculptées dans du bois en forme de sablier avec un cône plus long d'un côté. Cet instrument de percussion est utilisé dans les cérémonies religieuses de la culture yoruba au Nigeria. John Fredy Asprilla, explique que le collectif utilise donc l'héritage africain pour transmettre des valeurs aux enfants.

© RFI/Najet Benrabaa
Des enfants afro-colombiens suivent le cours de percussions à Medellín en Colombie.

 

"La comuna 13 a une histoire de violence très forte. Deux des plus grosses opérations militaires du pays ont eu lieu ici. Il y a eu des centaines de victimes. Le collectif est né dans ce contexte pour apporter une transformation du quartier grâce à l'art et principalement l'art afro. Nous faisons des ateliers de musique, de danse, de chant, de graffiti, et aussi de création audiovisuelle. Tout est fait pour développer les talents humains, les projets, les droits et les valeurs avec les enfants. On fait aussi de la prévention contre la délinquance et la violence."

Leur musique respire également ce combat dans les paroles et les images. L'un des gros succès, le titre Boom a été produit par Printz Board et Sleep Di qui ont travaillé avec des artistes comme Black Eyed Peas, Rihanna et 50 cent.

L'Afrique dans les gênes

Pour retrouver les origines afro, le collectif travaille avec des artistes du département du Chocó, sur la côte pacifique de la Colombie car cette zone concentre la majeure partie de la communauté afro-colombienne du pays. Les Afro-Colombiens sont tous des descendants des esclaves de l'époque de la colonisation espagnole et britannique durant le XVIe siècle. Les esclaves étaient originaires du Congo, Côte d'Ivoire, Ghana, Guinée, Sierra Leone, Sénégal, Mali et Angola.

Pour Son Batá, tout vient de l'Afrique. "Nous sommes faits de culture afro et nous sommes la culture afro. Nous sommes des Afros nés à Medellín, des Afro-antioqueños (les habitants du département d'Antioquia, ndlr). C'est-à-dire que d'une certaine manière on se sent déracinés. Alors qu'on a des liens forts avec l'Afrique. On a donc développé comme un syncrétisme de cultures entre l'Afro et la culture paisa, celle de Medellín. On peut dire qu'on a quasi créé une nouvelle culture : la culture afro-antioqueña."

Vers la politique

De fait, le collectif initie les enfants aux percussions traditionnelles comme le currulao (un genre musical né durant l'époque de l'esclavage et de descendance africaine). Transmettre cette héritage culturel reste une priorité pour le collectif car en Colombie, elle n'est pas valorisée. La communauté afro-colombienne est victime de nombreuses discriminations dans tous les domaines.

San Javier compte près de 12% d'afro-colombiens sur plus de 140 000 habitants. Son Batá a vu le jour il y a environ 15 ans dans ce quartier. Aujourd'hui, le collectif est présent dans plusieurs villes et départements à travers le pays comme Caucasia, El Bagre, Zaragoza, Turbo, Apartado et San Juan. Le groupe est reconnu désormais comme ambassadeur de la culture afro-colombienne.

John Fredy Asprilla veut désormais se présenter aux prochaines élections législatives. De l'art afro à la politique, il n'y a qu'un pas à faire quand il s'agit de défendre la communauté afro-colombienne. "Nous voulons être les protagonistes du changement, autant social que politique. De nouvelles opportunités se présenteront."

Site / Facebook / Youtube