Oum, la femme du présent

La chanteuse marocaine Oum au festival Rio Loco, le 15 juin 2019. © RFI/Anne-Laure Lemancel

Avec son nouveau disque, Daba, qu’elle présentait au festival Rio Loco le 15 juin dernier en avant-première, la chanteuse marocaine Oum, ancrée dans son temps et connectée à l’univers, a révélé une musique subtile, équilibrée et puissante.  

Elle a quitté le turban coloré qui forgeait sa signature, et laissé ses cheveux, jusqu'alors longs et lisses, retrouver leur nature indomptée. Sur la prairie des Filtres, Oum, tunique blanche flottante et lunettes fumées-rose apparaît sans fard, naturelle, parée d’une aura quasi mystique. Autour de son cou, quatre cubes de bois, quatre lettres – Daba, le nom de son nouveau disque, à paraître en septembre. 

Car l’icône marocaine le joue ici, sur les planches de Rio Loco, pour la première fois. Et s’en déclare émue. Cet album, enregistré à Berlin, sous la direction artistique de Kamilya Jubran, scelle une métamorphose, un pas supplémentaire sur son chemin de femme et d’artiste. Oum raconte : "À l’approche de mes quarante ans, ma perception du monde a changé. À travers ma musique, je veux désormais être la plus fidèle possible à ce que je pense, à ce que je ressens. Je ne veux plus me contenter de 'bien chanter', 'bien écrire', ni répondre à un cahier des charges : je veux 'sonner juste'." 

Sur la Grande Scène, Oum ne ment pas, ne trahit pas. De sa musique, subtilement équilibrée, où s’emmêlent et sonnent en harmonie tout ce qui la compose – des rythmes gnaoua, des grains de sable sahraoui, des effluves de jazz, des touches électro savamment dosées, une soul vocale – émane une sérénité radieuse.

Oum, recentrée, exerce sur son auditoire une douce puissance. Peut-être parce que sa nouvelle création s’ancre intensément dans le présent. "Daba", en darija, cet arabe dialectal marocain, signifie "maintenant".  Oum s’en explique : "J’ai toujours été fascinée par cette phase de transition entre un 'juste avant' et un 'juste après'. Dans ce laps de temps, nos actions possèdent un impact sur l’avenir. Il faut donc ouvrir ses antennes, se connecter avec notre environnement et nous-mêmes. Le temps de prononcer 'Daba' et c’est déjà trop tard."

Des fractales de l’univers

Voici ce qui infuse dans la musique d’Oum, ce jour à Toulouse : ce rythme long, ce temps étiré en un sourire, ce battement de cœur au ralenti, mais si intensément présent qui s’immisce dans le souffle d’une trompette, sur les cordes d’un oud, dans les karkabous et au creux de sa voix. Et d’un coup, sa musique s’ouvre au monde.

Oum dédie ainsi l’une de ses créations aux arbres : "Ils s’imposent comme des êtres dotés d’une grande intelligence, capables de s’entraider, de se parler, de s’aimer. Les pierres, aussi, conservent la mémoire de la terre. Nous sommes tous de la même essence : des fractales de l’univers."

Et, finalement, voici la magie de sa musique : donner ce pouvoir de toucher l’éternité. Car le palindrome de "daba" en darija, n’est autre qu’"abad", l'"éternité", donc. Oum éclaire : "On ne verra jamais ce 'abad' mais on sait qu’il existe. Et de quoi se construit-il justement ? De mon point de vue, d’une somme de petits 'daba', d’'ici et maintenant'." 

Avec ce disque, la chanteuse se dégage singulièrement de ses origines géographiques, pour se positionner désormais, sur l’axe du temps : une femme du présent qui accomplit ce miracle, à Toulouse, de toucher du doigt l’infini, et de dispenser une grâce qui apaise et console.

Oum Daba (Molpé Music) À paraître le 30 août 2019

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