Rio Loco, voyages en terres féminines

Jeanne Added au festival Rio Loco 2019. © RFI/Anne-Laure Lemancel

Du 13 au 16 juin, le festival toulousain Rio Loco consacrait l’intégralité de sa programmation aux femmes. Sur la prairie des Filtres, au cœur de la ville rose, se sont ainsi élevés mille chants, mille luttes et autant de questions. Récit.

Et si l’on accordait toute la place aux femmes, dans leur diversité et leur unité, leur amour et leurs poings levés, leurs luttes et leur douceur ? Du 13 au 16 juin, le festival toulousain Rio Loco a osé ce pari : consacrer l’intégralité de sa programmation aux artistes féminines. Le long de la Garonne, dame majestueuse alanguie sur la prairie des Filtres, ont ainsi résonné, pour cette édition "La Voix des Femmes", mille façons de se positionner dans le monde des musiques – et dans les musiques du monde – en tant que femmes. Ce qui, en 2019, demeure difficile.

Rappelons ainsi ces chiffres issus du rapport 2018 du Haut Conseil à l’Égalité, sur Les Inégalités entre les femmes et les hommes dans la culture : "97% des groupes programmés par les grands festivals de musique sont composés exclusivement ou majoritairement d’hommes".

Les porte-voix de leurs sœurs

La plupart des artistes ici présentes avouent ne pas avoir rencontré d’obstacles majeurs qui auraient pu compromettre leur carrière. Mais toutes aussi, qu’elles viennent de France, d’Israël, du Maroc, du Kenya, de Jamaïque ou d’Angleterre, racontent, si l’on creuse un peu, combien elles doivent batailler et s’armer de vigilance, pour : être prise au sérieux ; se faire respecter ; lutter contre ces inégalités et ces injustices insidieuses.

Peut-être, d’ailleurs, est-ce pour cela que nombre de ces femmes ont fondé leur propre structure de production. Au cœur de Toulouse, une palette de chants féminins se sont élevés, ont tissé de riches dialogues et fait germer des histoires. Ces femmes, sous les projecteurs, s’imposent comme les porte-voix de leurs sœurs réduites au silence. Écoutons les murmures qui sourdent sous leurs notes…

Il y avait ainsi la flûtiste militante franco-syrienne Naïssam Jalal, dont les mélodies de jazz virtuoses s’enroulent au rap musclé du Palestinien Osloob. Du Kenya, la rappeuse, percussionniste et chanteuse Muthoni Drummer Queen, au show millimétré, maîtrise la scène telle une guerrière futuriste, avec son armée de danseuses/choristes. Poing levé, elle dédie son concert aux luttes actuelles des Suissesses contre les inégalités. Dans son pays, cette cheffe d’entreprise, créatrice de festivals, au caractère tempétueux, bouscule les lignes.

Autre femme puissante ? La reggae woman Jah9. La Jamaïcaine, tout en élégance, possède cette aura indéniable, un flow souple et nerveux, qui se pose, félin, sur les sons roots de son groupe, Dub Treatment. Telle une prêtresse invoquant Jah, elle lance ses prêches pour libérer les humains de leurs carcans spirituels.

Autre vibe : avec sa bouille ronde d’enfant et ses rires jubilatoires, la poétesse britannique Kate Tempest à la présence solaire, nous régale de ses mots magiques, de ce verbe qui chatouille son corps et danse dans sa bouche, pour rejaillir sur un public ébahi. Un moment de féérie, d’intelligence et de malice.

Citons aussi les punchlines acérées de la rappeuse argentine Sara Hebe, les orientalismes fluo des trois sœurs israéliennes d’A-WA, la jungle luxuriante de la DJ Toulousaine Clozee, la pop tellurique de Jeanne Added, le funk carnavalesque, afro-disco, du collectif londonien à huit têtes Ibibio Sound Machine, le blues vaudou de la Toulousaine, Haïtienne d’origine, Moonlight Benjamin, l’infinie douceur, aux parfums d’innocence, de la violoncelliste brésilienne Dom La Nena, etc.

Le final, signé Kidjo

Ce voyage en terres féminines devant 60 000 personnes s’est achevé dimanche, sur le concert de la Reine, figure de proue du féminisme en Afrique, la patronne Angélique Kidjo, qui a balancé les rythmes chaloupés cubains de son dernier disque en hommage à Celia Cruz. Sous la lune, son show, avec la présence, en invitée, de la Brésilienne Flavia Coelho, a pris des allures de carnaval sous les étoiles, annonçant le thème de l’édition 2020 : Mama Afrika. En rappel, la diva béninoise a interprété a capella le Toulouse de Nougaro. En bordure de Garonne, un frisson d’émotion a traversé la foule…

Les ingrédients indéniables de cette édition furent assurément le "love" et le "power". Mais aussi la sérénité et l’apaisement. Comme si, dans la célébration de la femme, chacun(e) avait gagné un supplément d’âme, une part d’humanité.

Site officiel du festival Rio Loco / Facebook / Twitter / Instagram