Chansons du monde signées Poirier depuis Montréal

Le DJ et producteur montréalais Poirier publie un nouvel album intitulé "Soft Power". © Courtoisie de Poirier

Le producteur électronique québécois Poirier revient avec le disque Soft Power dans lequel il explore de nouvelles possibilités musicales. L’artiste versatile ne vise pas uniquement les clubs. Il s'essaie ainsi à la chanson avec de nombreux invités dans un voyage sonore autour du monde, mais surtout autour de son Québec.

RFI Musique : Votre nouveau disque a beaucoup d’influences caribéennes, africaines et latines, aux antipodes de vos premiers albums très électroniques et hip hop. Comment vous êtes-vous intéressé aux musiques du monde ? Ça a commencé avec No ground under en 2007 et le ragga ?
Poirier :
C’est effectivement sur cet album-là que l’intention était vraiment présente, mais j’avais déjà quelques morceaux qui avaient déjà un son un peu ragga. Mais pour moi le disque qui sort est avant tout un disque québécois. Il s’est fait en collaboration avec des gens qui vivent ou tournent autour du Québec.

Vous n'avez pas cherché un artiste pour coller à un style de musique ?
Exactement. J’ai collaboré avec les gens parce que j’aimais ce qu’ils faisaient. La question principale était de faire de la chanson, d’intégrer de nouvelles influences et de voir où ça nous porte. Le but était principalement de saisir une vibe avec les gens avec qui je travaillais. D’ailleurs, certains invités rappent ou chantent dans plusieurs langues. Ils ont donc la vibe dans cette langue-là. Je me demande parfois si j’avais fait toutes les chansons en anglais et en français avec ces artistes, est-ce qu’on l’aurait quand même considéré comme un album de musique du monde.

Actuellement, c’est un parti pris politique fort de revendiquer que ce disque est québécois, alors que de plus en plus les esprits se ferment et les frontières aussi...
C’est vrai. Je trouve que l’album est une sorte de musique pop actuelle et sans frontière. La circulation des gens est très difficile dans le monde, encore plus en ce moment. Il y a beaucoup de frontières fermées, de murs… tandis que parallèlement, les biens de consommation circulent très facilement. Pour moi, c’est important de faire ce genre de musique qui navigue au-dessus des frontières, qui montre une autre vision du monde qui est moins fracturée et moins divisée.

Sur votre disque, vous dites que chaque chanson est un chapitre. Quelle est la grande histoire de cet album ?
C'est juste ma vision du monde. Chaque chapitre est marqué par une sonorité. Mais ils s’inscrivent dans un tout qui est fait de rencontres, qui est inclusif, qui comme pour mes soirées Qualités de Luxe est très métissé et très diversifié. D’ailleurs le titre Soft Power fait référence à la force tranquille de l’album, mais aussi à un concept politique américain : le soft power est l’inverse du hard power qui est le pouvoir par la guerre. Le soft power, c’est convaincre les gens par les médias ou la culture. Et j’espère qu’en montrant cette vision-là des choses, mon album pourra aussi faire partie de cette conversation mondiale musicale qui fait changer les mentalités.

Pourquoi avez-vous voulu faire un album de chansons ?
Je voulais que ça soit un album qui accompagne les gens chez eux. Un album qui a le côté intime des chansons, mais qui peut aussi faire danser.

Vous avez cherché à sortir de l’univers club ?
Effectivement. Même si je ne suis pas prêt non plus à renier complètement ça. Si les chansons ont le pouvoir de faire danser tant mieux, mais ce n’était pas le but premier de cet album. Le but, c’était d’avoir de beaux titres qui permettent de montrer mon monde.

 

Vous vous êtes souvent lancé des défis en essayant d’explorer de nouveaux sons. Faire un album de chansons, c’en était un pour vous ?
Ça va faire 20 ans que je sors des albums. J’ai constamment repoussé mes propres limites et je sentais que la prochaine étape pour moi, c’était d’aller vers ce format. Je l’avais déjà un peu amorcé avec Migrations (2016), notamment avec Pale Ma qui est en créole. C’était quelque chose que j’avais beaucoup apprécié. En 2017, j’ai fait un EP avec Sowia qui se retrouve aussi sur l’album et ce titre même s’il est assez dansant, a le pouvoir d’une chanson. Ces deux morceaux ont creusé le sillon qui m’a amené vers Soft Power. Ce n’était pas un chemin facile à tracer, mais j’y suis arrivé.

Quelles sont les difficultés que vous avez eues pour créer ce disque ?
C’est juste que ce n’est pas naturellement ma zone de confort dans les 20 dernières années. Il fallait que j’aille vers une nouvelle façon de travailler. Par exemple, sur cet album-là, il n’y a aucun sample. Tous les instruments qu’on entend ont été joués. C’est une belle fierté pour moi d’avoir composé ça, de A à Z.

Poirier Soft Power (Wonderwheel Recordings) 2020

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