Blundetto, vapeurs essentielles de musiques

Album "Good good things" de Blundetto. © DR

En une décennie, le Français Blundetto est devenu l’une des références de cette scène née d’un big bang musical qui prend son essor et mène un peu plus loin le concept de sono mondiale. Son sixième album Good Good Things cultive cet art de la diversité universelle, avec entre autres, les voix d’Hindi Zahra et de Biga* Ranx.

La situation est atypique, sans être paradoxale, et elle dessine les contours du personnage, de la philosophie qui l’anime et celle de ses œuvres. D’un côté, Blundetto vient de sortir son sixième album en dix ans, ce qui traduit une forme de productivité assez intensive dans le monde de la musique. De l’autre, Max Guiguet, l’homme derrière ce projet musical qui a pris une remarquable dimension internationale, refuse de se produire en live, pour ne pas avoir à se conformer entre autres à des contraintes logistiques.

"Frustrant, mais on ne peut pas tout avoir", assume le quadragénaire, qui n’écarte toutefois pas la possibilité de revenir un jour sur ce qui aujourd’hui fait figure pour lui de principe. Parce qu’"il ne faut jamais fermer les portes". D’ailleurs, il s’autorise quelques incartades dont la Toile garde le souvenir, à l’image de cette soirée de 2012 pour fêter les 30 ans de Radio Dijon Campus.

C’est sur ses ondes qu’il fait sa première émission, dans les années 90. Déjà, il met en avant "les courants qui fusionnent", avant de prolonger logiquement l’expérience pendant près de deux décennies à Paris comme programmateur – élément clé – pour Radio Nova, royaume du "grand mix", théorisé par le fondateur de la station, Jean-François Bizot. "Peu importe l’étiquette, je recherche d’abord l’émotion dans la musique", explique-t-il.

Marques de fabrique

Blundetto suit ce chemin-là, cet état d’esprit artistique qui échappe aux catégories et s’abreuve à de multiples sources. Son répertoire n’appartient pas à un genre établi, mais il est facilement identifiable. Contemplatif, plus que festif. Si le cocktail est unique pour ce qui est des matières premières (reggae, dub, soul, hip-hop, éthio-jazz, sur un fond psyché), il y a aussi l’effet downtempo qui le rattache de loin à la chill out music. Et une texture, spécifique. À la fois aérienne, légère, et chargée de basses profondes. Voilà sa marque de fabrique, qui passe d’album en album.

Qu’importe que Good Good Things, le nouveau disque, dont le titre fait écho à Bad Bad Things qui fut le premier de sa discographie, soit en réalité une commande de La Crème Gracia, un cannabis club de Barcelone où la musique de Blundetto fait depuis longtemps partie de l’ambiance : Max n’est pas de ceux qui se forcent si le moteur qu’est "l’envie de faire" ne fonctionne pas.

"Blundetto, ce n’est pas mon métier. C’est quelque chose que je fais en parallèle de mes activités. Il faut que ça reste de l’amusement", prévient l’ancien percussionniste batteur, passé par la batucada et le punk, auteur d’un album sur le label F Communication de Laurent Garnier avec le duo Vista le Vie au début des années 2000. Malgré l’expérience, le bagage musical, il préfère se voir comme un "artisan" avec "une approche Do It Yourself de la musique". Et parle même "de syndrome de l’imposteur" quand il se compare à d’autres acteurs de cette nouvelle scène de la sono mondiale sur laquelle il s’illustre !

Sa méthode, sur le plan créatif ? "Chaque fois, je pars d’une errance, une promenade sans but" observe-t-il. Se laissant "embarquer par la surprise, ou même l’erreur", il improvise après avoir choisi un instrument, s’approprie la grille harmonique qu’il trouve sur sa route, puis développe à partir du moment où la direction s’impose d’elle-même. "J’ai fait toutes mes démos avec un clavinet", précise-t-il.

Collaborations

Dans ce process, vient un moment à partir duquel la nécessité se profile de faire intervenir d’autres musiciens. Comme le violoncelliste Clément Petit (entendu par exemple avec Roseaux, Blick Bassy, Oumou Sangaré), un habitué, qui l’aide notamment à écrire certains arrangements complexes. Il y a aussi ceux qui apportent leurs voix et leurs textes pour compléter l’édifice instrumental : Hindi Zahra, présente au début de l’aventure, revient pour Good Good Things ; Biga* Ranx, dont l’esthétique musicale convient parfaitement à Blundetto avec lequel il s’est associé à plusieurs reprises, apparaît ici sous son pseudo de Telly.

Pour reprendre un titre du Brésilien Jorge Ben, Max s’est adressé à son compatriote Leonardo Marques. "Quand j’ai écouté son album, j’étais à peu près sûr qu’on allait travailler ensemble. Je sentais une sensibilité commune, comme avec beaucoup de collaborateurs sur le projet Blundetto", indique cet adepte du "grand écart" qui provoque des rencontres peu probables. "Un casting un peu particulier", reconnaît-il.

Avec ce que lui fournissent ses partenaires, il aime "fabriquer des mondes à imaginer, des images à voir". Imprégné de ce pouvoir évocateur, Good Good Things a effectivement des allures de bande originale. Les scènes s’enchaînent, titre après titre, de chanson en instrumental. Blundetto n’est-il pas à l’origine l’un des personnages de la cultissime série télé américaine The Sopranos ?

Blundetto Good Good Things (Heavenly Sweetness) 2020
Facebook / Twitter / Instagram