La sono mondiale de la Caravane Passe

La Caravane Passe publie "Nomadic spirit", son 6e album studio. © Tijana Pakic

Toujours sur les routes, le groupe La Caravane Passe publie Nomadic spirit, à contre courant des modes musicales. Un sixième album sur lequel on retrouve de nombreux artistes et d’étranges instruments issus des quatre coins de la planète. Échange avec Toma Feterman, fondateur du groupe.

RFI Musique : Cet album paraît après quatre années de tournée. La Caravane Passe est toujours en vadrouille ?
Toma Feterman : Cela fait 20 ans que nous tournons ! La Caravane Passe est avant tout un groupe taillé pour la scène. Nous avions voyagé quatre ans avant de sortir notre premier album en 2004. Il y a souvent eu un peu d’avance dans notre répertoire sur les scènes avant l’enregistrement. Aujourd’hui, on conçoit nos albums un peu comme des livres et nos concerts comme leur mise en scène. Avant le confinement et l’arrêt des concerts, nous n’avions jamais passé deux semaines dans le même lit ! (rires)
 
Par où est passée la Caravane ? Que retirez-vous de ces pérégrinations ?
Nous avons d’abord beaucoup tourné dans les pays d’Europe de l’Est, puis régulièrement en Asie, notamment au Japon, au Moyen-Orient… Ce qui nous réunit tous les 5, c’est l’amour de toutes les musiques. Dès qu’un concert est fini, nous allons écouter des musiques traditionnelles, nous allons acheter des instruments, nous apprenons si possible sur place à en jouer et rencontrons des musiciens locaux. Du coup, nos horizons musicaux se sont de plus en plus ouverts.
 
Effectivement, à vos débuts, votre musique était clairement inspirée de celle des Balkans…

Lorsque j’ai découvert cette musique, il n’y avait guère que deux groupes qui en jouait en France, Bratsch et les Yeux Noirs. Pour en écouter, j’avais aussi ma carte de bibliothèque ! Aujourd’hui, avec Internet, on trouve toutes les musiques du monde entier, même celles qui n’existent pas sur disque. Mais c’est aussi ce moyen de communication qui fait que l’industrie musicale est totalement enfermée dans une musique minimaliste avec des sonorités électroniques et des voix transformées par l’auto-tune. Nous discutions avec nos copains du groupe Zoufris Maracas alors que nous préparions nos albums respectifs. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il s’agit d’un acte de résistance de n’utiliser que des instruments de musique et quasi pas d’électronique. 
 
Quels instruments glanés à l’étranger avez-vous utilisés ?
Sur cet album, nous avons puisé dans toute cette matière musicale ramenée de nos voyages. Par exemple, j’ai rapporté un cümbüş (djumbuch) —un instrument à cordes turc— de grandes flûtes de Serbie, une énorme flûte traversière basse… Llugs (Olivier Llugany, ndlr) a ramené d’énormes conques de Nouvelle-Calédonie et du Japon. Et puis il y a l’instrument historique du groupe, le fiscorn, que joue aussi Llug une sorte d’énorme trompette catalane.
 
Qui est Sodi ?

Il a coréalisé avec moi cet album. C’est un acteur important des musiques du monde made in France. Il a produit des disques de Fela et Femi Kuti, des Têtes Raides, IAM, Mano Negra… Je l’ai rencontré par l’intermédiaire de Rachid Taha, dont j’avais co-écrit et produit le dernier album. Rachid me parlait toujours de Sodi, mais je ne le voyais jamais! Pour ce cinquième album, nous avions besoin d’une oreille plus expérimentée que la mienne. Lorsque j’ai lu la bio de Sodi sur Wikipedia, je me suis dit que cela fait 20 ans que nous aurions dû travailler ensemble !
 
Beaucoup d’artistes ont été conviés sur cet album…
Nous invitions souvent les mêmes copains. Rachid Taha était l’un d’entre eux… Nous avons fait appel à de nouveaux musiciens, comme la chanteuse flamenca Paloma Pradal, le quatuor Aälma Dili, un accordéoniste breton, un trompettiste serbe, un koriste malien ou encore le musicien gnawa Mehdi Nassouli. J’ai fait sa découverte sur YouTube, une nuit à 2 heures du matin. Je me suis souvenu que Rachid Taha se servait beaucoup de ce moyen pour rechercher des musiques et des musiciens. C’est un peu ce que j’appelle le "canal rachidien"!
 
Quels ont été les thèmes qui ont inspiré Nomadic spirit ?
Le titre de l’album suggère le nomadisme et le voyage, qui sont traités de façons différentes selon les chansons. C’est par exemple le point de vue d’un migrant dans J’Bivouak, celui d’un Parisien qui veut fuir son quotidien dans Exode Exotique, ou une chanson sur la cause des femmes avec Maria Kalash. Je n’écris pas de textes politiques ou moralistes, je retraduis la réalité à ma façon, parfois avec humour ou ironie. J’aime adopter le "point de vue touristique", pour reprendre le "Tourist point of view" de Duke Ellington: observer un pays de l’extérieur, sans jugement de valeur, avec des yeux neufs.
 
La Caravane Passe Nomadic spirit (At(h)ome/Sony Music) 2020
En concert le 2 au 4 octobre au Cabaret Sauvage à Paris

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