Moonlight Benjamin : "Wayo", un album connecté

La chanteuse haïtienne Moonlight Benjamin. © Cedric Nöt

À l’heure de la 5G et des réseaux sociaux, la chanteuse d'origine haïtienne Moonlight Benjamin, lâche Wayo, un cri porté par de puissants accords blues/rock pour nous aider à retrouver une connexion avec nous-mêmes et les énergies qui nous entourent. Conçues en collaboration avec le guitariste Matthis Pascaud et le batteur-percussionniste Raphaël Chassin, ces 11 plages ardentes appellent à une libération des cœurs pour y laisser entrer l’Amour.

"Le confinement, je l’ai plutôt bien vécu, même si les concerts m’ont énormément manqué" raconte la chanteuse haïtienne installée à Toulouse depuis une vingtaine d’années. "Ce temps d’arrêt m’a en tout cas permis d’écrire cet album, textes et mélodies, et de libérer des choses qui ne seraient peut-être pas venues sans cette pause inédite du temps."

Moonlight Benjamin compose avec les évènements pour y puiser l’inspiration. Cette posture est ancrée dans sa vie depuis sa naissance sur le sol d’Haïti. Adoptée par le pasteur de l’institution qui l’a accueillie, sa mère étant morte lors de l’accouchement, Moonlight a grandi sur l’île dans la religion protestante et la musique, au cœur d’une famille aimante.

"Que ce soit à la maison où nous chantions tout le temps ou au temple, la musique a toujours été très présente dans mon enfance. À Haïti, qui plus est, la musique est partout et de tous les instants, car elle est la vie" raconte-t-elle. Quand elle quitte le cocon familial et l’orphelinat, elle fait connaissance de personnes qui l’initient à la culture vaudou, l’âme haïtienne, ses traditions et ses musiques.

Sur le chemin du vaudou…

"Le vaudou, c’est une philosophie de vie, une manière de vivre qui, dans mon cas, m’ancre sur cette terre et me connecte à la source, en honorant tout ce que l’univers met à notre disposition : les humains, les animaux, les éléments… J’ai fait cette initiation pour être en cohérence avec moi-même et avec cette philosophie de vie, pour l’intégrer dans mon quotidien" confie d’une voix sereine la chanteuse qui a quitté son île pour rejoindre Toulouse il y a une vingtaine d’années où des études de musique l’appelaient.

"Dans l’Église protestante, je faisais ce qu’on me disait de faire. Je vivais à travers les autres, je n’étais pas moi-même" explique celle qui dit "s’être reconvertie", pour souligner son retour dans le vaudou. "Il m’a donné la liberté d’aller chercher qui je suis." Une recherche acceptée par sa famille adoptive. "Mon père, ma famille ont été merveilleux. Ils m’ont acceptée comme j’étais. C’est une magnifique preuve d’amour" commente-t-elle.

Et de l’amour…

"La musique de manière générale, le chant, les tambours… ont une place primordiale dans le vaudou. Ils nous permettent d’entrer en transe, de lâcher prise pour être enfin connectés, pour enfin ressentir, éprouver l’amour. C’est l’amour que je veux transmettre. C’est grâce à l’amour qu’on est là. Tout existe grâce à lui. Il est important de se connecter à cette énergie pour notre évolution, pour notre bien et le bien de tous" clame-t-elle.

Mais elle précise : "je souhaite que mon âme qu’elle soit vaudoue ou autre, reste lumineuse pour moi et pour les autres.". Wayo, le titre qui ouvre l’album et lui donne son nom, est un cri de douleur, une invocation, un appel à l’aide "pour se débarrasser de tout ce qui nous paralyse, nous empêche d’être nous-mêmes" explique-t-elle.

"Ces chansons qui me sont venues en créole, et leurs mélodies, je les ai envoyées à Matthis Pascaud (proche collaborateur de Marion Rampal par ailleurs — NDLR) avec qui je travaille depuis plus de 6 ans. Lui, Raphaël Chassin et moi les avons malaxés presque sans rien nous dire puisque nous allions tous les trois dans la même direction."

Pour ce titre qui peut évoquer, par sa montée d’accords, le Kashmir de Led Zeppelin, Matthis Pascaud a chamboulé en studio la structure du morceau. "C’est l’un des derniers titres que nous avons travaillés. Matthis qui en avait assez de la forme couplet-refrain m’a demandé de prendre une autre direction, d’essayer autre chose, alors que tout ou presque était calé, arrangé. J’ai commencé à crier, à m’imaginer dans des situations de blocage" raconte-t-elle.

"Les paroles s’y prêtaient, mais je n’avais pas imaginé ce cri de libération de la sorte." Un cri qui peut s’entendre aussi pour ce pays où elle ne s’imagine pas vivre prochainement, même si elle espère le voir un jour libéré de ses souffrances. "Le pays est en manque d’éducation et de considération, de reconnaissance. Il est en état de survie, donc pas libre de penser, car il y a trop de choses à régler" analyse-t-elle au fil de Freedom Fire.

"L’important est de réveiller ses rêves, d’y croire, qu’ils deviennent un but et non un fantasme" conclut-elle en reprenant le propos de Haut là-haut.

Moonlight Benjamin Wayo (Ma Case Prod) 2023
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