Entretien avec Rachid Taha

Dernier entretien de notre série new-yorkaise avec Rachid Taha venu se joindre pour deux jours à L’Orchestre National de Barbès et Taÿfa pour la tournée Vive la World (cf. article « New York à l’heure arabe » dans nos archives) qui à New York, Washington, puis Los Angeles, s’est proposée de faire découvrir aux Américains de nouveaux aspects de la production musicale « made in France ». Gros succès pour Taha dont les albums se sont arrachés à la fin de son passage sur la scène du Summerstage Festival de Central dimanche 12 juillet.

New York sous le charme...

Dernier entretien de notre série new-yorkaise avec Rachid Taha venu se joindre pour deux jours à L’Orchestre National de Barbès et Taÿfa pour la tournée Vive la World (cf. article « New York à l’heure arabe » dans nos archives) qui à New York, Washington, puis Los Angeles, s’est proposée de faire découvrir aux Américains de nouveaux aspects de la production musicale « made in France ». Gros succès pour Taha dont les albums se sont arrachés à la fin de son passage sur la scène du Summerstage Festival de Central dimanche 12 juillet.

 RFI Musique : C’est la première fois que vous montez sur scène aux Etats-Unis ?
Rachid Taha : J’étais venu avec mon groupe Carte de Séjour en 87.

Ça a une saveur particulière de chanter ici ?
La différence, c’est que c’est un pays qui m’a beaucoup influencé musicalement. Et en plus, c’est un pays qui m’a l’air familier.

Après un album très dance, et aux couleurs musicales issues de l’Espagne, du Mexique ou de l’Inde, vous faites un retour sur vos racines traditionnelles avec le dernier album « Diwân » ? Pourquoi maintenant ?
Il n’y a pas de raisons particulières à ce que je le fasse maintenant. J’ai toujours eu envie de le faire. Et ces deux albums ne sont pas si différents. Je dis toujours que ce que j’ai fait avant, « Barbès », « Olé Olé », « Voilà Voilà », ce sont un peu comme les premières pages d’un journal, les pages politiques, société, sportives. Alors que « Diwân », ce serait plutôt les pages culturelles. Mais tout dans le même journal dont je serais le rédacteur en chef.

Les jeunes issues de l’immigration sont très attachés aux musiques traditionnelles ?
Maintenant oui. Les jeunes d’origine maghrébine en France sont comme tous les jeunes du monde, ils écoutent les mêmes musiques :du hip hop, du rock, du reggae. Mais à un moment donné, ils s’intéressent plus à la musique de leurs parents pour combler un vide. Pour ceux de ma génération, il y avait encore beaucoup de promiscuité avec les parents. On entendait parler du bled et du mythe du retour. Tandis qu’aujourd’hui, c’est moins fréquent. Donc, ils essaient de trouver un palliatif à tout ça. Et la musique fait partie de leur recherche. Elle les aide à se retrouver. Mais, il faut pas que ça devienne non plus un repli communautaire. Je voudrais que ce soit plus une richesse plutôt qu’une division.

Et le succès du titre « Ya Rayah » en est le symbole ?
Oui. En plus, quel meilleur hommage que d’interpréter un artiste qu’on aime beaucoup (Dahmane El Harrachi, auteur de « Ya Rayah » . Ndlr) et de le faire connaître dans le monde entier ?

Cette chanson fut écrite pour les immigrés de la première génération ?
Oui et non. Elle a été écrite pour tout le monde. Elle est intemporelle.

Mais comment réagissent les plus anciennes générations à cette reprise ?
Beaucoup étaient impressionnés. Mais c’est une reprise que j’ai faite il y a six ans dans un album passé pratiquement inaperçu. Certains croyaient même que c’était la propre voix de Dahmane El Harrachi remixée. J’étais plutôt content. Mais maintenant, tout le monde fait du châabi. Cette chanson a été reprise en grec, en turc. Elle m’a fait connaître dans les pays arabes, ce qui n’est pas évident. Dans un pays comme l’Egypte, la musique égyptienne est dominante. Mais avec l’explosion du raï entre autres, ils sont obligés de reconnaître d’autres styles de musiques arabes, d’autres pays dits « créoles » dans le monde arabe. En Algérie, au Maroc, on parle un arabe qui n’est pas le leur, mais ils y voient peut-être quelque chose de plus « libertin » que chez eux.

Vous avez beaucoup voyagé musicalement .....
Tout ça, c’est lié à mon enfance. Je trouve que l’Afrique du nord ressemble beaucoup au Mexique, même dans l’apparence des gens, le chapeau, le teint, la moustache, la trompette. D’ailleurs, j’ai appris récemment que la musique Mariachi venait de Naples, qui elle-même est en face de l’Afrique du nord.

Comme quoi le métissage musical est vieux comme le monde ?
Bien sûr. On commence à reconnaître maintenant les influences arabes et andalouses dans les musiques médiévales. Pendant longtemps, il y a eu une certaine xénophobie culturelle.

Quelles sont les prochaines destinations musicales à explorer ?
Dans le prochain album, je voudrais une chorale féminine, du Gospel nord-africain. Je voudrais explorer ce mélange de musiques d’Afrique du nord avec le Gospel d’Amérique du nord.

Qu’est-ce que vous écouter en ce moment ?
La dernière compilation de Suicide.

Et le rap ne vous a jamais tenté ?
Plus ou moins. Dans mes albums, il y a des influences. Mais, ça reste des influences. Je ne prend pas un style pour me l’approprier.

Vous qui écrivez tous vos textes, avez-vous envie de renouveler l’expérience de chanter les textes d’un autre comme vous avez fait avec Jean Fauque (auteur pour Bashung entre autres. Ndlr)?
Oui, mais je suis plus proche de l’univers de Jean Fauque et de Bashung, un de mes rares amis dans le métier, que de beaucoup d’autres. Mais c’est possible, j’espère.

Et chanter en français ?
Ah, si je chantais comme Bashung...

Est-ce que vos disques circulent en Algérie ? Vous avez des échos ?
Ah oui, c’est clair. Il y a un tas de cassettes pirates. Et sur le plan musical, il se passe plein de choses, un vrai renouvellement : du hardcore, de la techno, comme en Europe ! Malgré tout, il y a une soif de créer très intéressante.