Voyage en solitaire

Voilà 30 ans que Gérard Manset occupe (sans l'occuper) une partie de la scène musicale française. Chanteur atypique, encensé ou haï, distant car discret, Manset sort des disques au compte goutte et c'est toujours un événement.

Manset de retour

Voilà 30 ans que Gérard Manset occupe (sans l'occuper) une partie de la scène musicale française. Chanteur atypique, encensé ou haï, distant car discret, Manset sort des disques au compte goutte et c'est toujours un événement.

Il vient de signer un titre pour Jane Birkin ("Si tout est faux"). Il sort un nouvel album.

La matière de "Jadis et naguère", puisque c'est son titre, Manset l'a accumulée pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. D'après lui, il a encore plein de choses en stock. On veut bien le croire tellement "Jadis et naguère" ressemble à naguère. En l'écoutant, on ne risque pas de se tromper. Du vrai Manset, comme on aime (ou comme on déteste). La voix vaguement en retrait. Une direction musicale assurée. Pas de surprise. Juste le sentiment de réentendre une vieille connaissance partie depuis quatre ans en voyage.

Ses pérégrinations à Cuba, Saint-Domingue, le Brésil, le Cambodge, la Birmanie, le Paraguay ou la Bolivie l'ont mené en quête d'un paradis terrestre. "Il faut l'avoir connu soi-même/Loin de tout loin des hommes loin de la société" (Vahiné ma sœur). Mais Manset rêve d'amour. C'est sûr. Et depuis longtemps. "On dit l'amour est aveugle/Et qu'il n'a ni foi ni loi/A cette lumière s'abreuvent/Ceux qui ont faim de froid" (L'amour est aveugle). Les thèmes de prédilection n'ont presque pas changé en fin de compte.

La recherche de clarté et de pureté pousse l'artiste à rester en retrait de son travail. Donc, peu de promo (pas de télé) et surtout pas de scène. L'idée lui paraît presque incongrue. Ses propos en la matière sont suffisamment explicites : "Je trouve impudique, ridicule de chanter face à un public". Pas question de céder aux us et coutumes du métier. Dommage pour nous.

Gérard Manset Jadis et naguère (Emi) 1998