Marka

Attention, un rire peut en cacher un autre ! Guitare acoustique jouée en arpèges, ballade lente, voix chaude et grave : ainsi commence "L'homme qui aimait la scène", premier album en public de Marka.

L'homme qui aimait la scène

Attention, un rire peut en cacher un autre ! Guitare acoustique jouée en arpèges, ballade lente, voix chaude et grave : ainsi commence "L'homme qui aimait la scène", premier album en public de Marka.

Les mots ? "Je suis sur la planète de l'amour/ De la fraternité/ Malgré tout je suis un peu honteux/ Je dois vous avouer…" Brutal tombe le refrain : "Qu'en amour je ne sais/ Quelle position adopter"… La première fois que l'on entend cet "En amour" (ou, plus loin, "La poupée Barbu", "Pour un flirt avec moi"...), on pense à Ramon Pipin, ex-Au Bonheur des Dames, ex-Odeurs, esthète de la distance maximale entre images musicales et texte prosaïque.

Serge Van Laeken, dit Marka, né dans le quartier bruxellois populaire de Moelenbeek le 27 mai 1961, s'affirme comme son digne héritier - avec quelques petits talents supplémentaires du côté de l'émotion.

Enregistré début juin 98 au Club de l'AB, à Bruxelles, "L'homme qui aimait la scène" est un fidèle reflet des concerts donnés par Marka en décembre 1997 à Paris, au Sentier des Halles. Des concerts qui l'ont imposé comme un grand bonhomme de la scène. Prise de son impeccable, belle voix tout-terrain et large palette de rythmes - des mélopées d'Orient au slow en passant par les accélérations punkimorphes : ce généreux album (1 h 10 de musique) pioche largement dans l'excellent "Merci d'avance" (1995). Les deux "tubes" de Marka depuis ses débuts français sont particulièrement soignés : "Accouplés" a été allongé d'un couplet réactualisé ("Kofi Annan/ Zineddine Zidane") et "L'Idiomatic" est lancé par deux minutes d'un beau duo voix-accordéon avant de retrouver son entrain orientalisant.

Mais Marka n'est pas qu'un intelligent rigolo. A côté de ses textes bouffons, son parolier Thierry Robberecht produit aussi des émotions incontrôlables : "L'hospice" (Brel en fantôme) ou "Les mondains" (Vian et Brassens en bandoulière). Originalité et force aussi dans deux reprises : "I fought the law" des Clash (vrai talent rock et accordéon mariachi) et "Caroline" de MC Solaar, tentative parfaitement réussie de poser un rap sur une mélodie. Ce sans-faute de Marka est celui d'une équipe : à la basse Nicolas Fiszman (instrumentiste prodige du studio ICP-Bruxelles, qui a joué avec Bashung, Maurane...), Michel Choffray aux guitares et Aldo Granato à l'accordéon. Un accordéon omniprésent, moderne, traité à la François-Régis Gizavo, qui donne à ce "live" une bonne partie de son originalité.

Marka L'homme qui aimait la scène (Columbia) 1999