Chanson plus bifluorée

Les fous chantants de Chanson Plus Bifluorée, nouvelle formule, reviennent avec un cinquième album. Même veine humoristique, même goût de la parodie, pour le désormais trio composé de Sylvain Richardot, Xavier Cherrier et Michel Puyau. Leur titre en hommage au capitaine des Bleus, inspiré du succès de "Belle" de "Notre-Dame de Paris" est une petite réussite. Que Chanson Plus Bifluorée dévoile sur scène au Casino de Paris depuis le 27 mai.

Trio à voix et à voir

Les fous chantants de Chanson Plus Bifluorée, nouvelle formule, reviennent avec un cinquième album. Même veine humoristique, même goût de la parodie, pour le désormais trio composé de Sylvain Richardot, Xavier Cherrier et Michel Puyau. Leur titre en hommage au capitaine des Bleus, inspiré du succès de "Belle" de "Notre-Dame de Paris" est une petite réussite. Que Chanson Plus Bifluorée dévoile sur scène au Casino de Paris depuis le 27 mai.

Le quatuor devient trio après le départ de Robert Fourcade (le Brassens du groupe), une séparation prévue de longue date ?
Il y a quatorze ans déjà, lorsque le Gong du Balayeur et le Mécanophone, les duos que nous formions se sont rencontrés. On s'était donné comme date butoir celle du 31 décembre 97. Pour faire le point : continuer ou faire du macramé. Boubou, lui, a choisi de voguer (passionné de voile) sous d'autres cieux. Nous, nous n'avions pas tout dit. Cela nous aurait embêté d'arrêter tout de suite, les idées ne manquant pas. L'année 98 a été une année préparatoire sur la façon dont le groupe allait évoluer.

Rassurez-nous, la parodie reste toujours votre fond de commerce...
Elle a toujours été une ligne de conduite dans notre répertoire, sans en être le seul aspect. A la base, ce sont quand même les voix. Même si l'humour est ce qui nous a toujours réunis, nous sommes à la base un trio vocal qui aimons marier les styles, les humeurs et les sentiments. "Les Femmes des copains" est une chanson, par exemple basée sur le texte, et même si elle contient des expressions heurtantes, c'est quand même une belle chanson d'amour... certes à notre façon.

Bel exemple avec cette parodie bien enlevée d'Aimé Jacquet, sur l'air de "Belle" de "Notre-Dame de Paris"...
Les deux évènements majeurs de cette année en France ayant été la victoire de la France lors de la Coupe du monde de football et l'énorme succès de la comédie musicale de Luc Plamondon et de Richard Cocciante, on a eu envie de rajouter notre grain de sel. Nous préparions notre spectacle en résidence à St Etienne, berceau du renouveau du football français et on a eu envie d'écrire un texte sur l'entraîneur français, Aimé Jacquet, qui est aussi de la région. Tant critiqué sur ses choix par la presse avant et pendant la coupe du monde pour finalement terminer en beauté. C'est une belle revanche et on a eu un sentiment de justice partagé. Cette parodie lui rend hommage, elle égratigne surtout "Belle".

Vous avez été nourris par la chanson française, le music-hall...
On est issus du mouvement des années 70. On a vécu au bord de la mer, au Capbreton, dans les Landes, baignés par l'ambiance des surfeurs, en écoutant de la musique californienne, celle des Dobbie Brothers ou de Frank Zappa. Même si nous avons été aussi influencés par Brassens, Dick Annegarn, Albert Mercoeur, ou la bonne variété française comme les premiers Jonasz. Dans nos albums, il y a un condensé de tout ça.

En douze ans de carrière et des centaines de concerts, seulement cinq albums...
On a beau faire beaucoup de scène, il faut aussi faire un disque. On a tout de même mis cinq ans avant de faire celui-ci. "Le Meilleur en public", sorti en 1997, étant plus pour annoncer le final à quatre. On cherchait surtout une maison de disques qui puisse comprendre notre démarche, c'est vrai qu'il y a des labels où l'on ne rentrait pas dans le créneau... ne faisant ni rap, ni reggae. Tout est malgré tout très sectorisé et l'on aime bien les étiquettes en France. Nous préférons ne pas rester sur un seul thème et surprendre les gens. Mon premier se devait d'être un double-album de trente chansons, pour mon deuxième, il en reste treize. Mon tout est un disque très éclectique...
On ne veut pas se cantonner dans un seul style musical. On se retrouve dans la diversité qui fait notre marque de fabrique. On passe ainsi du classique à la biguine, à une adaptation d'Henry Purcell en passant par de la fanfare, de la world québécoise ou de la techno. On a fait aussi une reprise de Trenet avec "Un rien me fait chanter", dont on connaît bien le répertoire. Ça swingue, ce n'est jamais démodé, et c'est une excellente école pour apprendre à chanter. Juste pour rappeler qu'on a toujours cet héritage et que c'est un trésor sur lequel on ne doit pas dormir.

Devenir un trio ne vous a t-il pas obligé à modifier votre manière de chanter ?
Bien sûr, on a resserré en effet beaucoup de choses. Robert était la voix de basse, nous avons donc réorganisé les voix vers le haut : maintenant il y a deux ténors et un baryton. Il faut le voir comme une évolution.
Par exemple, on se sert de nos voix, en l'occurrence celle de Michel Puyau, dans "Les Légumes" comme d'instruments, avec des bruits de petites percussions qui ne sont en fait que des samples vocaux . C'est ce petit plus qui donne un côté très personnel à l'arrangement.

Ce cinquième album fait la part belle à la création. Vous vous êtes entourés de nouveaux auteurs...
Nous sommes un groupe assez mûr maintenant, nous pensons avoir fait nos gammes. Au début comme on faisait des parodies de grands standards, on ne voulait pas bricoler à côté. Si c'est Sylvian Richardot qui compose la musique, le reste est passé à la moulinette du groupe. Notre style est plutôt sur les textes, moins sur la musique. Ce n'est pas sur une chanson que l'on peut nous qualifier. Pour ce nouvel album, nous avons travaillé avec cinq auteurs dont Brice Homs qui a bossé pour Fugain, Marie-Florence Gros qui bosse pour Bruel et Pierre Louki qui travaillait pour Brassens.

On vous a, par le passé, associés aux Frères Jacques... vous reconnaissez cette filiation ?
Maintenant qu'on est plus que trois, c'est beaucoup moins vrai... Désormais, ce sera plutôt les trois ménestrels. C'est vrai qu'on nous a un peu assimilé à cette famille de spectacle : quatre voix, avec des gestes, chaque chanson étant une saynète, avec une petite mise en scène. La façon dont on pensait le métier était effectivement la même, en ce sens on se retrouvait, même si on ne vit pas la même époque et qu'on n'ait pas les mêmes moyens techniques.

Dans vos récitals, il y a une véritable interactivité avec le public...
On a encore pu le vérifier avec "Gymnastique" où spontanément, le public suit notre jeu de scène en faisant des mouvements de bras, de gauche à droite, en l'air... Il y a toujours eu ça dans nos concerts, on a un vrai public de fidèles. Pour le dernier spectacle à quatre, on a joué à guichets fermés, mais après un an d'arrêt on se demandait si les gens allaient continuer à nous suivre. Visiblement c'est bien parti.

Chanson Plus Bifluorée (Globe Music/Sony) 1999