Papa Wemba

Avec M’zée Fula-Ngenge, nouvel album feu d’artifice réunissant les forts parfums de la rumba, du soukouss et du n’dombolo, les couleurs de la musique latine, l’énergie du rap, et la fiévreuse tendresse de la balade, Papa Wemba nous comble de sa voix intacte, chaude et soyeuse.

Le sage qui souffle le bonheur

Avec M’zée Fula-Ngenge, nouvel album feu d’artifice réunissant les forts parfums de la rumba, du soukouss et du n’dombolo, les couleurs de la musique latine, l’énergie du rap, et la fiévreuse tendresse de la balade, Papa Wemba nous comble de sa voix intacte, chaude et soyeuse.

Que signifie le titre de l’album, “M’zée Fula-Ngenge”:
Papa Wemba : Cela veut dire “Le sage qui souffle le bonheur”, “m’zée” est un mot swahili et “fula-ngenge” est du lingala.

La réalisation du disque a démarré en mai 1998 et s’est poursuivie sur une dizaine de mois. Comment s’est-il construit ? :
J’ai fait appel à mon jeune compatriote le bassiste Alfred Zimbi, qui vit à Abidjan. J’étais fatigué de travailler avec des réalisateurs installés en Europe. J’avais envie de quelqu’un qui ait un regard extérieur et de nouvelles idées. Je connaissais Alfred comme musiciens depuis une dizaine d’années. Je l’ai fait venir en France et nos points de vue se sont vraiment bien accordés. Je lui ai fait comprendre que cet album était particulièrement important, parce qu’il allait entrer dans le prochain millénaire.

Tout en restant dans la continuité du style Papa Wemba, on sent une nouvelle direction se dessiner, avec des couleurs et des orchestrations qui se démarquent de celles que semble parfois rabâcher la musique congolaise ?
Alfred et moi avons voulu faire une musique d’avant garde. Nous n’avons pas hésité à mener très loin nos idées et nos recherches. Une bonne partie des chansons existait avant l’enregistrement, d’autres sont arrivées pendant. Nous avons pris notre temps pour préparer cet album, ne gardant que les morceaux qui nous plaisaient vraiment après en avoir fait une écoute critique. J’ai réuni trois principaux compositeurs : Al Nzimbi, Sec Bidens l’un de mes guitaristes et Guy Waku.

De prestigieux interprètes vous rejoignent aussi sur plusieurs chansons ?
Oui, j’ai fait une belle rencontre avec Jocelyne Béroard de Kassav sur “Bonjour Daddy”. Tito Puentes joue de la trompette sur “Etaleli”. Et un quatuor à cordes m’accompagne sur deux titres, “Maria” et “Bonjour Daddy”.

Le fabuleux single, “O’Koningana”, un duo rap avec Tony Madinda, est-il une conséquence de l’expérience avec Bisso Na Bisso ?
Absolument. Je voulais faire un single qui intéresse les jeunes, sans qu’ils aient besoin d’acheter tout l’album. À l’origine, j’avais prévu de faire un duo avec Passi, mais comme ça traînait, je me suis dit “autant choisir quelqu’un qu’on ne connaît pas”. J’ai repensé à la maquette que m’avait fait écouter Tony Saad (alias Madinda), dont la voix m’avait impressionnée par la qualité de son timbre. J’aime son rap parce qu’il est un peu chantant… Bisso Na Bisso vient d’ailleurs de m’offrir un exemplaire de leur disque d’or. Pour moi, c’est très touchant. Ces jeunes ont eu une excellente démarche et nous devons les féliciter pour avoir ouvert la porte du rap à la musique africaine.

“M’zée Fula-Ngenge” est un album ambitieux sur le plan artistique, mais aussi du point de vue de sa production. Combien a-t-il coûté ?
Le budget global, que nous avons géré nous-mêmes, se situe entre 330 000FF et 340 000FF.

Il ne sort pas sur le label Real World, comme les précédents albums de Papa Wemba, mais chez Sono, qui éditait les disques de Viva La Musica. Pourquoi ?
P.W. : Parce que le contrat que j’avais avec Real World, distribué par Virgin, a pris fin l’année dernière. J’ai eu de longues discussions avec Henri de Bodinat, le nouveau patron de Sono, qui devrait dorénavant regrouper l’ensemble de ma production. Je pense qu’il est dans mon intérêt d’avoir une maison de disques en France plutôt qu’en Angleterre. Maintenant, nous attendons que Sono mette les moyens pour promouvoir l’album, qui a tout pour se vendre.

Y a-t-il d’autres projets de productions dans l’air ?
Oui, à partir de l’année prochaine, j’ai l’intention de recommencer à éditer de jeunes groupes sur le label Time International Production (TIP) que j’ai monté à Bruxelles, dans l’immeuble de trois étages que j’ai acheté, pour installer ma boîte de nuit et mes bureaux.

Et des projets à Kinshasa ?
J’aimerais bien retourner chez moi et pouvoir passer une grande partie de l’année à Kinshasa. Mais, chaque fois que j’essaye, je suis coincé par la situation politique. De plus, les contrats que j’ai en Europe m’obligent à rester ici. Mais je me plais à Kinshasa, où je vais assez souvent. Le n’dombolo domine à fond la caisse et il y a toujours de l’ambiance au quartier Matonge. On trouve beaucoup de jeunes musiciens intéressants, mais le problème est qu’ils manquent de moyens pour faire connaître leur musique à l’extérieur.

Après le concert du Zénith de Paris marquant le double anniversaire de Papa Wemba, 50 ans d’âge depuis le 14 juin 1999 et bientôt 30 ans de carrière (cf. archives), je crois qu’il se prépare aussi un grand événement à Kinshasa ?...
Oui, du 21 au 25 juillet, ce sera une grande fête, le “Festival Papa Wemba – Fula-Ngenge”. J’y ai invité tous mes copains, des artistes africains et ceux qui m’ont soutenu quand je suis arrivé en Europe.
(à suivre…)

 

Papa Wemba M’zée Fula-Ngenge (Sono/Musisoft)1999