Ray Lema

RFI Musique : Cette année, aux Nuits Atypiques de Langon, vous intervenez avec les Tyour Gnaouas d'Essaouira. Après vos créations successives avec les Voix Bulgares, Johnny Clegg et un orchestre symphonique suédois, que vous apporte cette nouvelle aventure musicale ?
Ray Lema : Au sortir d'une expérience où, pour la première fois, j'ai fait aboutir un projet symphonique, cette expérience avec les Gnaouas m'a fait boucler une boucle, notamment par rapport à cette chose que certains appellent "l'Eternel". Mon travail avec l'orchestre symphonique m'a appris à écouter d'une manière différente. J'ai dû prendre en compte les timbres des instruments à travers mon écriture musicale. L'art de l'arrangement orchestral symphonique contient de nombreux processus qui permettent de créer certains effets en jouant sur le choc des timbres des différents instruments.
Mon travail avec les Gnaouas est un peu un retour à la case départ. Quand j'étais responsable du Ballet national du Zaïre, à mes débuts, j'ai travaillé avec énormément de musiciens traditionnels. Et je retrouve dans les Gnaouas de véritables musiciens traditionnels africains. Ils ont cette philosophie de la musique qui n'a rien à voir avec le "show-biz". La musique fait partie intégrante de leur vie, elle est un besoin vital pour eux. C'est l'essence même de la musique traditionnelle chez nous.

Aborder cette musique traditionnelle modale, n'est-ce pas un peu la facilité ?
Non, pas du tout. C'est au contraire un vrai challenge. Et je ne voudrais pas tomber dans le genre d'erreur de certains jazzmen (que je ne citerai pas) qui font des rencontres musicales avec les Gnaouas. Pour se lancer en improvisation, ils se basent seulement sur la ligne rythmique et mélodique du "guimbri", le grand luth basse spécifique à la musique des Gnaouas. Mais ce qu'ils jouent ne respecte en rien les lignes de chant qui sont essentielles dans cette musique.
En tant qu'Africain, je ne me laisse pas impressionner par le rythme. En revanche, dans le disque que je prépare avec les Tyour Gnaouas d'Essaouira, c'est leur chant que j'essaye de faire ressortir. Leurs mélodies sont typiquement d'Afrique noire et je fais l'effort de travailler comme accompagnateur de chanteurs. Je ne suis pas ce genre d'improvisateurs qui viennent s'éclater sur un tapis musical qui a été tissé durant des siècles de culture et qui, à en croire les attitudes que j'ai pu observer au festival d'Essaouira, n'attendait qu'eux.

Comment avez-vous rencontré les Tyours Gnaouas d'Essaouira ?
Dans le cadre du Temps du Maroc, la mairie de Paris souhaitait initier une rencontre et l'on est venu me voir. Mais pour moi, une rencontre musicale est d'abord une rencontre humaine. Je suis donc allé à Essaouira, la capitale des Gnaouas, rencontrer le malem Abdesselam, le maître des Tyour Gnaouas, que l'on m'avait conseillé. Nous avons tout de suite sympathisé. Son ensemble de cinq musiciens et danseurs figure parmi les plus réputés au Maroc et tourne dans le monde entier.

Quel genre d'album préparez-vous avec les Tyours Gnaouas ?
J'essaie de garder le côté "live" tout en sortant du son "Ocora", ce qui n'est pas facilement conciliable, surtout à cause du différentiel de puissance sonore entre les "karkabou", les grosses castagnettes métalliques, et le luth "guimbri". C'est tout un travail de négociation avec les musiciens et d'astuces de production. Il a fallu faire fabriquer spécialement un "guimbri" avec des clés d'accordage pour conserver la justesse avec le piano. Je me suis concentré surtout sur les voix. Je chante moi-même les mélodies des Gnaouas sur des textes en lingala inspirés des textes marocains.

Les musiques des Gnaouas ont généralement une fonction rituelle et spirituelle. N'est-ce pas un problème d'en faire des musiques de spectacle ?
Il était clair que je ne voulais pas que l'on aille "faire les zouaves" sur les scènes du monde avec des musiques spirituelles. J'ai donc demandé aux Tyour Gnaouas de composer des morceaux. Sur notre prochain disque, en plus des morceaux qui se jouent généralement dans les "lila", cérémonies Gnaouas, l'une de ces compositions figurera avec l'une des miennes. Sur cette dernière, ils sont intervenus de manière extraordinaire, comme jamais je ne l'aurais imaginé. Vous l'écouterez : c'est étonnant !

Retour aux sources avec les Gnaouas

RFI Musique : Cette année, aux Nuits Atypiques de Langon, vous intervenez avec les Tyour Gnaouas d'Essaouira. Après vos créations successives avec les Voix Bulgares, Johnny Clegg et un orchestre symphonique suédois, que vous apporte cette nouvelle aventure musicale ?
Ray Lema : Au sortir d'une expérience où, pour la première fois, j'ai fait aboutir un projet symphonique, cette expérience avec les Gnaouas m'a fait boucler une boucle, notamment par rapport à cette chose que certains appellent "l'Eternel". Mon travail avec l'orchestre symphonique m'a appris à écouter d'une manière différente. J'ai dû prendre en compte les timbres des instruments à travers mon écriture musicale. L'art de l'arrangement orchestral symphonique contient de nombreux processus qui permettent de créer certains effets en jouant sur le choc des timbres des différents instruments.
Mon travail avec les Gnaouas est un peu un retour à la case départ. Quand j'étais responsable du Ballet national du Zaïre, à mes débuts, j'ai travaillé avec énormément de musiciens traditionnels. Et je retrouve dans les Gnaouas de véritables musiciens traditionnels africains. Ils ont cette philosophie de la musique qui n'a rien à voir avec le "show-biz". La musique fait partie intégrante de leur vie, elle est un besoin vital pour eux. C'est l'essence même de la musique traditionnelle chez nous.

Aborder cette musique traditionnelle modale, n'est-ce pas un peu la facilité ?
Non, pas du tout. C'est au contraire un vrai challenge. Et je ne voudrais pas tomber dans le genre d'erreur de certains jazzmen (que je ne citerai pas) qui font des rencontres musicales avec les Gnaouas. Pour se lancer en improvisation, ils se basent seulement sur la ligne rythmique et mélodique du "guimbri", le grand luth basse spécifique à la musique des Gnaouas. Mais ce qu'ils jouent ne respecte en rien les lignes de chant qui sont essentielles dans cette musique.
En tant qu'Africain, je ne me laisse pas impressionner par le rythme. En revanche, dans le disque que je prépare avec les Tyour Gnaouas d'Essaouira, c'est leur chant que j'essaye de faire ressortir. Leurs mélodies sont typiquement d'Afrique noire et je fais l'effort de travailler comme accompagnateur de chanteurs. Je ne suis pas ce genre d'improvisateurs qui viennent s'éclater sur un tapis musical qui a été tissé durant des siècles de culture et qui, à en croire les attitudes que j'ai pu observer au festival d'Essaouira, n'attendait qu'eux.

Comment avez-vous rencontré les Tyours Gnaouas d'Essaouira ?
Dans le cadre du Temps du Maroc, la mairie de Paris souhaitait initier une rencontre et l'on est venu me voir. Mais pour moi, une rencontre musicale est d'abord une rencontre humaine. Je suis donc allé à Essaouira, la capitale des Gnaouas, rencontrer le malem Abdesselam, le maître des Tyour Gnaouas, que l'on m'avait conseillé. Nous avons tout de suite sympathisé. Son ensemble de cinq musiciens et danseurs figure parmi les plus réputés au Maroc et tourne dans le monde entier.

Quel genre d'album préparez-vous avec les Tyours Gnaouas ?
J'essaie de garder le côté "live" tout en sortant du son "Ocora", ce qui n'est pas facilement conciliable, surtout à cause du différentiel de puissance sonore entre les "karkabou", les grosses castagnettes métalliques, et le luth "guimbri". C'est tout un travail de négociation avec les musiciens et d'astuces de production. Il a fallu faire fabriquer spécialement un "guimbri" avec des clés d'accordage pour conserver la justesse avec le piano. Je me suis concentré surtout sur les voix. Je chante moi-même les mélodies des Gnaouas sur des textes en lingala inspirés des textes marocains.

Les musiques des Gnaouas ont généralement une fonction rituelle et spirituelle. N'est-ce pas un problème d'en faire des musiques de spectacle ?
Il était clair que je ne voulais pas que l'on aille "faire les zouaves" sur les scènes du monde avec des musiques spirituelles. J'ai donc demandé aux Tyour Gnaouas de composer des morceaux. Sur notre prochain disque, en plus des morceaux qui se jouent généralement dans les "lila", cérémonies Gnaouas, l'une de ces compositions figurera avec l'une des miennes. Sur cette dernière, ils sont intervenus de manière extraordinaire, comme jamais je ne l'aurais imaginé. Vous l'écouterez : c'est étonnant !