Nuits Atypiques de Langon

Bouclée en une apothéose de "trad-reggae-ragga" au parfum d'Occitanie, la 8éme édition des Nuits Atypiques de Langon (29 juillet - 1er août) confirme sa vocation à rassembler expressions régionales et cultures du monde.

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Bouclée en une apothéose de "trad-reggae-ragga" au parfum d'Occitanie, la 8éme édition des Nuits Atypiques de Langon (29 juillet - 1er août) confirme sa vocation à rassembler expressions régionales et cultures du monde.


Cette année, les Nuits Atypiques de Langon ont hissé le drapeau occitan pour un final enlevé, très réussi. Le collectif Occitania qu'es aquo était bien décidé à faire voler en éclat, les prétentions de ces mal-embouchés qui prétendent récupérer les cultures régionales au service de leurs idéologies d'exclusion. Il fallait voir les Niçois de Nux Vomica et leur rap-ragga occitan, les vocalistes polyphoniques marseillais de Gacha Empega, les fomenteurs de farandoles traditionnelles de La Talvera et le "commando fada" de Massilia Sound System unir leurs forces les plus débridées pour secouer un public ravi de cette ambiance de franche rigolade. La folie "aïoli" des Marseillais de Massilia Sound System, orchestrateurs givrés de ce final et toujours imbattables pour "mettre le Oaï partout", succédait à trois belles soirées.

Pour ouvrir celle du samedi, Jean-Claude Aquaviva invite au ravissement de la méditation, la tête dans les étoiles, avec son magnifique ensemble de polyphonies corses. Puis le bal démarre avec l'excellente formation du flûtiste Orlando "Maraca" Valle. Alors qu'une lune charnue se lève derrière la scène installée tout contre les formes arabesques d'une petite mosquée abandonnée au milieu de la grande prairie, il nous entraîne sur la gamme chatoyante des rythmes de Cuba : son, rumba, salsa, danzon... Cet ancien membre d'Irakere, fameux jazz-band de La Havane, nous régale de la virtuosité d'un jeu inventif. Ses orchestrations, toujours de bon goût, sont servies au mieux par deux percussionnistes impressionnants. Et quand la section de vents fait claquer ses chorus, une mer de corps ondule devant la scène. Pendant que les pieds tricotent, le plaisir se lit sur les visages.

Vendredi 30, la génération des 8-18 ans a envahi l'espace. Les cris stridents des filles réclament déjà Faudel, alors que El Sikameya parvient, à force de conviction, à gagner le public à sa cause. La voix de contre-ténor du jeune Marseillais, originaire d'Oran tient toutes ses promesses. Sa justesse, son amplitude, sa dynamique, la régularité de son intensité en font un phénomène. Parfois, pourtant, on aimerait qu'il soit mieux entouré et qu'il traite son violon différemment d'un punching-ball... Mais on salue la performance : il n'est jamais facile de conquérir un public essentiellement venu pour la vedette du soir.

Faudel se montre à la hauteur de sa réputation. Costume blanc sur débardeur noir, il entrouvre sa veste sur la boucle de sa ceinture Gucci et fait chavirer le cœur des belles. Charmeur, il cligne des yeux, tout sourire, enfilant les perles de son répertoire sur la machine rôdée de son équipe de pros du show. Les voix s'élèvent en harmonie sur "Tellement je t'aime". Et quand, bras nus, Faudel attaque "Comme d'habitude" version arabe, on se dit qu'il a décidément opté pour la variété. Tant pis pour l'auditeur qui lui crie : " Alors Faudel, quand est-ce que tu nous chantes du raï ? "

La malchance a voulu qu'un violent orage s'abatte sur Langon au moment précis du coup d'envoi. Pour la première fois les organisateurs étaient contraints d'annuler une soirée. Frustrés, les Tyours Gnaouas et Ray Lema improvisaient une fête libératoire au restaurant de l'équipe du festival. Une manière de reconnaissance et de remerciement à la centaine de bénévoles qui donnent leur énergie pour faire exister ces Nuits Atypiques. Mais le manque à gagner de cette première soirée ne permettra sans doute pas de boucler le budget 1999, dont 60% reposent sur l'autofinancement. Le directeur, Patrick Lavaud, tente de rester philosophe. Ni lui ni son équipe ne font le "métier" d'organisateur de spectacles. On les qualifierait plutôt de "connecteurs culturels".

Au-delà des grandes soirées populaires, Langon est avant tout un lieu de rencontres et d'échanges, où des carrières et des projets se construisent et où l'on vient découvrir des talents en gestation. Cette année, le guitariste flamenco Pascual Gallo a fait très forte impression avec son jeu de virtuose inspiré. D'Aqui, le label monté par les Nuits Atypiques, vient d'éditer son premier disque. Le groupe nigérien Mamar Kassey, le Malgache Régis Gizavo et la Gabonaise Annie-Flore Batchiellilys, des habitués des Nuits Atypiques, ont offert la fleur de leur art. Le guitariste Camel Zekri a su recréer l'ambiance spirituelle d'une nuit de dîwan avec les musiciens de la famille Temtaouï venus de l'oasis de Biskra dans le sud algérien. On a pu goûter le métissage musical du duo improbable et attachant formé par la Chinoise Qiu Xia He, joueuse de luth pipa, et le guitariste, chanteur brésilien Celso Machado. Quant à l'accordéoniste réunionnais René Lacaille, il a encore fait preuve de son extraordinaire "savoir-fête".

Les Nuits Atypiques de Langon demeurent un moment et un lieu privilégié où se construisent des synergies culturelles Nord-Sud et des passerelles de solidarités artistiques.