Notre-Dame bilingue

Il se pourrait bien que Notre-Dame de Paris fasse des petits. C'est en effet une équipe triomphante (2 millions de spectateurs) qui est venue présenter au dernier Midem de Cannes la version anglo-saxonne de la comédie musicale montée à Londres dès le 23 mai prochain alors qu'une version américaine se joue à Las Vegas depuis janvier. Après avoir écoulé 3,5 millions d'exemplaires de la version initiale, quel sera le score de la version anglaise qui sort bientôt dans les bacs d'ici (Sony/Pomme Music) et d'ailleurs ?

La comédie musicale francophone gagne l'international

Il se pourrait bien que Notre-Dame de Paris fasse des petits. C'est en effet une équipe triomphante (2 millions de spectateurs) qui est venue présenter au dernier Midem de Cannes la version anglo-saxonne de la comédie musicale montée à Londres dès le 23 mai prochain alors qu'une version américaine se joue à Las Vegas depuis janvier. Après avoir écoulé 3,5 millions d'exemplaires de la version initiale, quel sera le score de la version anglaise qui sort bientôt dans les bacs d'ici (Sony/Pomme Music) et d'ailleurs ?

Elle s'appelle Tina Arena, elle est australienne et est la nouvelle Esmeralda. Ça tombe bien car sa maman lui lisait, enfant, des pages du roman de Victor Hugo. La chanteuse se prépare à endosser le rôle de la bohémienne aux pieds nus qui fait chavirer les cœurs de Phœbus, Quasimodo et de Frollo et ce, dans l'adaptation anglaise de Notre-Dame de Paris. "Je n'ai pas pris de cours de comédie, Esmeralda, c'est un peu moi", assure Tina Arena que Luc Plamondon a réussi à convaincre. Toujours plus haut donc pour Tina, qui en fait sa profession de foi dans son single "Aller plus haut", et qui a finalement accepté le rôle en dépit d'une carrière personnelle à gérer. Une prise de risque qu'elle assume d'un "C'est la vie !" pour le moins désarmant. La vie pour l'instant qui le lui rend bien puisque la chanteuse a réussi un beau doublé en recevant le NRJ Music Awards de la Révélation internationale de l'année. Et comme le succès fait bien les choses, c'est Hélène Ségara, notre Esmeralda à nous, qui emportait celui de la Révélation française. C'est bon, vous suivez ? On continue.

Une salle de presse devenue trop exiguë, autant de gens dehors que dedans, des micros et des caméras partout, Richard Cocciante et Luc Plamondon, respectivement compositeur et auteur de la comédie musicale, savourent pleinement leur triomphe : "Une aventure anglo-saxonne commencée à Las Vegas pour préparer les chanteurs un par un, la partie musicale concernant l'opéra est profondément européenne, et la typologie anglo-saxonne de la musique n'est pas la même" explique le compositeur franco-italien, qui jusqu'alors coulait une retraite dorée à Miami. Il ne rate désormais pas une occasion de remercier les bienfaits de son héritage culturel européen. Et Richard Cocciante de se prendre à rêver d'une version allemande ou espagnole, et pourquoi pas japonaise ?

Dix des seize chansons de l'album auront été interprétées par les artistes, sans chorégraphie ni costume. L'attention n'étant ainsi focalisée que sur les voix, magnifiques, il faut le dire, des chanteurs québécois, et surtout sur l'adaptation anglaise. Pas confiée à n'importe qui puisque c'est Will Jennings, parolier à l'origine de la bande originale du film Titanic, qui s'y colle et dont le titre My heart will go on de Céline Dion a déjà fait le tour de la planète. Une nouvelle distribution dans laquelle les artistes canadiens, Garou, Daniel Lavoie, Bruno Pelletier et Luck Mervil, forts de leur bilinguisme, rempilent dans leurs rôles respectifs, flanqués d'un nouveau Phœbus, incarné par l'Anglais Steve Balsamo, qui jouait le rôle de Jésus lui-même dans Jésus Christ Superstar à Londres, la saison dernière.

Evidemment, on se garderait bien de changer une formule qui marche. Ainsi l'album en anglais sortira dès le 21 février, avant les représentations à Londres trois mois plus tard. Tous les artistes présents sur le disque le seront également sur scène. Certains comme Patrick Fiori (le Phœbus français) voulait être présent sur l'album mais ne voulait pas s'engager à long terme sur le spectacle. Selon Richard Cocciante, plus pragmatique, Patrick Fiori ne s'étant jamais réellement mis à l'anglais, il n'aurait pas été crédible.

En revanche, on peut parier sur la crédibilité de Céline Dion en Esmeralda sur la scène de Broadway. Ce ne sont pour l'instant que des rumeurs mais la chanteuse québécoise pourrait, après sa lune de miel retrouvée, accepter le rôle quelques mois. On a donc pas fini d'en parler. Enfin, le succès commercial de Notre-Dame de Paris a provoqué des vocations en chaîne puisque une demi-douzaine de comédies musicales sont en préparation cette saison, de Roméo et Juliette de Gérard Presgurvic (2001) aux Dix Commandements écrit par Pascal Obispo (rentrée de septembre) en passant par les Mille et une vies d'Ali Baba (septembre) pour ne citer que les plus importantes. C'est sûr, comme le souligne Charles Talar, l'heureux producteur de Notre-Dame de Paris : "Il y aura des cadavres".

Six questions à Luck Mervil, alias Clopin, le chef de bande de la cour des miracles, rencontré sur la plage du Carlton, entre chien et loup. Pour RFI Musique, il revient sur le chemin parcouru :
L.M. : Quand on vit dans un endroit comme le Québec, on a besoin de gens qui nous ressemblent, dans les médias, à la télé. Lorsqu'on vit à Montréal, on s'aperçoit très vite qu'on est pas de la même couleur et au Québec quand j'étais petit, je n'avais personne qui me ressemblait et moi comme d'autres nous étions à la recherche d'une référence, d'un héros noir, pour s'identifier on s'est mis à regarder vers les Américains. Il y avait Magic Johnson, Bill Cosby, Michael Jackson, l'identification s'est faite aussi avec la langue, puis mes parents ont déménagé aux Etats-Unis où j'ai vécu quatre ans. Mais on peut vivre à Montréal et parler les deux langues.

P.H. : Vous aviez pourtant boudé le rôle au début ?
C'est vrai parce que je partais du principe que dans la francophonie, la comédie musicale n'est pas dans la psyché des gens et avec un seul succès en 20 ans, Starmania. C'était peu. J'ai un groupe Rudeluck, j'anime des émissions de télévisions au Québec, je chante, je joue. Au Québec, il faut avoir plusieurs activités, on prône la multi-disciplinarité, il faut être entertainer. Je crois que c'est plus facile ensuite pour nous de travailler sur des comédies musicales au contraire de la France où les gens sont très spécialisés. J'avais dit non à Luc, mais lors de la fête à Plamondon aux Francofolies de Montréal, on m'avait demandé de chanter Besoin d'amour où j'ai utilisé une chorale gospel. Puis Luc est venu me voir en me proposant cette histoire : "Que penses-tu d'un black pour jouer le rôle de Clopin, le chef des sans papiers, cela donnerait un sens actuel à notre histoire ?" A l'époque, les couvertures des journaux français relataient les histoires des sans-papiers, de racisme et d'exclusion. Trois mois plus tard, Luc est revenu avec huit chansons, en me disant que ce rôle il l'avait écrit spécialement pour moi.

Ce n'est pas mettre entre parenthèses votre propre carrière solo ?
Avant même de commencer "Notre-Dame de Paris", on avait déjà entamé les négociations pour sortir mon quatrième album éponyme Rudeluck (Mercury/Universal) en France. Je ne me suis pas servi de Notre-Dame, c'est Notre-Dame qui m'a servit pour ma carrière en France. C'est un véritable phénomène ici mais on a toujours eu soin avec Garou, par exemple, lors de nos passages à la télé, d'interpréter pas seulement les chansons de la comédie mais nos propres compositions. Je n'ai pas peur de devenir Clopin à vie, ma personnalité ressortira, et puis Balavoine est bien sorti de son personnage dans Starmania. Mais je n'ai pas honte de ce personnage, bien au contraire, car il me ressemble et que je n'ai pas pu dire non à ça.

Vous pensez qu'en France, il est plus difficile d'embrasser plusieurs carrières ?
Bien que vous ayez fait la révolution, la culture française souffre de trop de hiérarchie. Une doublure ne devient pas premier rôle, qu'est ce que cela veut dire ? Par contre, on m'avait dit qu'en France, il n'y avait pas de belles voix. C'est faux, j'ai pu m'en rendre compte lorsque j'ai joué à l'Opus Café, pendant quelques mois où j'ai invité des musiciens à venir jouer avec mon groupe, et là j'ai entendu des belles voix à faire rougir ceux que l'on entend à la télé. Il faut ouvrir aux jeunes talents, seulement en France, tout est trop cloisonné, j'espère que par le biais de la comédie musicale, les belles voix se feront entendre.

Vous avez une préférence pour l'une ou l'autre version ?
Bien évidemment, je me sens plus à l'aise dans la version française car je l'ai joué des centaines de fois, que je ne suis jamais tombé malade, et que j'ai été peu remplacé. Mais je fais entièrement confiance à la justesse de la version anglo-saxonne, car Luc Plamondon a été très présent sur le travail de Will Jennings qui lui, connait bien l'œuvre de Victor Hugo. Toutes les métaphores ont bien sûr dues être adaptées.

Qu'est ce que cela a changé dans votre vie ?
Tout va bien financièrement pour moi mais je viens d'un pays du tiers-monde. Je suis né à Port-au-Prince, en Haïti, où l'on prend le premier bateau pour le premier pays dans le but de se casser. Et comme j'ai une grande famille, je ne serai jamais riche parce qu'il faut que je partage. Je ne serai jamais riche sur cette terre et j'en suis fort aise.