Koffi Olomidé

A l'approche du grand défi de son concert au Palais Omnisports de Paris Bercy, le 19 février 2000, Koffi Olomidé nous reçoit dans l’intimité de son appartement de Neuilly-sur-Seine pour nous parler de son nouvel album "Attentat".

'Attentat' à Bercy

A l'approche du grand défi de son concert au Palais Omnisports de Paris Bercy, le 19 février 2000, Koffi Olomidé nous reçoit dans l’intimité de son appartement de Neuilly-sur-Seine pour nous parler de son nouvel album "Attentat".

Pourquoi avoir intitulé ce nouvel album "Attentat" ? Est-ce parce que le public refuse d’observer votre "Loi" (titre du précédent album studio de Koffi) et de se soumettre à votre "Ultimatum" (titre du précédent album studio du groupe Quartier Latin avec son leader Koffi Olomidé) ?
Koffi Olomidé : J’apprécie la formulation de votre question, mais au risque de vous décevoir, je dois reconnaître que ça n’a rien à voir. Il se trouve que j’étais à Nairobi pour un concert au moment de l’attentat meurtrier contre l’ambassade américaine. Cet événement m’a beaucoup choqué. Il y avait une vraie psychose dans la ville et tous les jours dans les journaux, à la télévision, revenait le mot attentat. Au-delà des commentaires qui suivaient, ce mot est resté gravé dans mon esprit, et je me suis dit avant même d’avoir commencé à en composer les chansons que mon prochain album s’intitulerait "Attentat", par solidarité avec mes sœurs et mes frères du Kenya.

De quel genre de “violence” cet 'Attentat' est-il le porteur, le signe ou l’annonciateur ?
Koffi Olomidé : Désolé encore de décevoir, mais il s’agit avant tout de tendresse, de berceuses, de bons moments, de rêveries, d’évasion, de libération pour les gens qui en ont besoin. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir oublier les soucis quotidiens. L’album contient de belles balades, un titre rap avec Passi (“African Kings”), un titre latino avec Coumba Gawlo (“Si si si”). Il n’y a pas de violence, mais plutôt une mission de faire oublier leurs soucis aux gens, de leur apporter de la joie et du rêve.

Dans votre chanson “Victoire”, vous dites : “Arrêtez d’essayer en vain de nous mettre des bâtons dans les roues”. Qui sont ces empêcheurs de bâtir et de construire que vous visez ?
Des gens comme moi ne laissent personne indifférent, surtout dans mon coin en Afrique. Il y a toujours des gens qui se soulèvent contre ce que je suis, ce que je fais. Il y a toujours des “koffiphiles” et des “koffiphobes”, qu’on me permette cette petite invention. Je m’adresse aux “koffiphobes”, les supporters de l’équipe adverse, pour leur dire que nous avons aussi le droit de vivre, de respirer le même oxygène que tout le monde.

Plus loin que vos supporters ou adversaires, je me suis laissé dire que vos paroles portent jusqu’aux hommes politiques. Pensez-vous qu’ils sont susceptibles de tenir compte de cette idée qui conclue la chanson “Tchernobyl” : “Sachons pratiquer ce que nous prêchons, parce que le paradis n’admet pas l’hypocrisie” ?
Je crois que j’ai plus de mérite que je ne pensais. Honnêtement, et à nouveau au risque de décevoir, je ne pensais pas du tout au monde politique en écrivant cette chanson, mais à la nana qui est partie sans dire au revoir. C’est une pure coïncidence. Tant mieux si ça résonne de manière différente, mais à l’origine je n’avais aucune intention politique.

Vous avez quand même la notion de la portée de vos paroles. À Kinshasa, vous êtes très considéré, on vient vous consulter pour des conseils, etc. Comme Papa Wemba, vous êtes une sorte de guide dans la vie de beaucoup de gens…
Oui, il n’est pas possible avec la notoriété relative qui est la nôtre aujourd’hui, de laisser les gens indifférents. Mais de là à dire que nous sommes devenus des hommes politiques en tant que tels, non. La politique est un métier que je respecte et je préfère la laisser aux professionnels. Je dis très modestement et très honnêtement que je n’ai pas de raison de penser que j’ai le monopole des solutions à nos problèmes. Tout le monde peut se tromper, y compris moi. C’est vrai que les gens se tournent vers nous, nous demandent ce que l’on pense de la situation. On pense un peu la même chose que tout le monde. Je fais partie de la société congolaise et quand mes compatriotes veulent avoir mon avis, je me contente en général d’apaiser les esprits, de rassurer les gens, leur dire que ça ira si on laisse le temps au temps.

Qu’est-ce que votre public kinois attend de vous aujourd’hui ?
Mon public est relativement inquiet. Il se demande combien de temps ça va durer encore, Koffi. Je ne suis plus très jeune. Il y a 23 ans que j’ai chanté pour la première fois en public. Le style de la nouvelle génération l’étonne, le désempare. Il aimerait qu’on tienne le coup encore un peu. Et je profite de cet entretien pour les rassurer : je me sens encore suffisamment fort pour tenir encore pas mal de temps, quinze ans, pourquoi pas !Les gens attendent aussi un message par rapport à ce qui se passe au Congo, une action de ma part. Comme un certain nombre d’autres, j’ai la chance d’être écouté. Et ils se disent que si nous émettons nos points de vue publiquement, cela peut être suivi, déclencher des choses. Mais je préfère consacrer 99% de mon énergie, de mon intelligence, de ma force à mon élément : la musique. J’ai un grand défi à relever le 19 février au Palais Omnisports de Bercy à Paris, c’est ce qui me préoccupe avant tout.

L’équipe complète de Koffi Olomidé, à Kinshasa et à Paris, représente combien de personnes ?

Entre les danseuses, les musiciens, les gardes du corps, environ cinquante à soixante-dix sont avec moi en permanence. Tous les jours, quelqu’un arrive et un autre s’absente, définitivement ou pas. C’est une lourde responsabilité… Par exemple, j’ai décidé que les huit danseuses que j’ai emmenées avec moi pour Bercy doivent parler le français correctement. Elles ne parlaient que le lingala et ce sera la première fois dans mon pays que des danseuses parleront français. C’est aussi un défi que je m’assigne d’apporter une orientation à celles et ceux qui m’accompagnent, en leur fournissant une relative éducation.

Édictez-vous des règles essentielles de vie chez vous ?
Oui, par exemple, je n’aime pas que les gens fument chez moi. Certains fument quand j’ai le dos tourné, mais quand je suis là, on se tient bien. Ou encore, je ne tolère pas que mes musiciens qui sont tous polygames même s’ils ne sont pas mariés, s’affichent devant moi avec leur copine. En face de moi, aucun n’avouera que la fille qui est là est son amie. Ça me fait rire et j’aime bien ces égards qu’on voue au grand frère ou au chef de famille. Maintenant, je ne veux pas que tout le monde devienne moine… surtout avec ce que je chante (il rit).

Quel est le sens de votre nouveau nom : Grand Mopao ?
Ce sont les enfants de la rue, les “shégués” qui m’ont baptisé comme ça. Un jour au Beach N’gobila, le port de Kinshasa où ils traînent dans l’espoir de ramasser quelque chose, je suis arrivé dans ma belle voiture et j’ai été assailli gentiment par une meute d’enfants. Ils me disaient : “Donnez-nous ceci et cela. Vous êtes le Grand Mopao !” Ça veut dire le “patron des patrons”, tout le monde sait ça à Kinshasa, mais je ne le savais pas. C’est un énorme compliment et le surnom m’est resté.

Une nouvelle petite princesse vous est née durant l’enregistrement de votre disque. Comment cet événement heureux a-t-il influé sur votre travail ?
Je lui ai dédié le titre “Si si si”. Elle est née quelques jours après l’éclipse de soleil, le 17 août 1999, en face, à l’Hôpital américain de Neuilly. J’étais vraiment comblé.

Dans cet album, vous faites une chanson pour les enfants, “Chocolat”. Ça vous rend très humain et c’est assez nouveau dans votre répertoire.
J’adore les enfants et ils me le rendent bien. Quand je vois un enfant, je me sens être son papa. C’est la première fois dans mon pays qu’un chanteur fait une chanson pour les enfants et ça me fait plaisir qu’on l’apprécie. À l’origine, elle devait figurer sur l’album "Loi", mais elle n’était pas entièrement terminée. Les chœurs ont été arrangés par Lokua Kanza et chantés notamment par Julia Sarr.

D’autres invités prestigieux vous rejoignent sur cet album : Passi sur “African Kings”, Coumba Gawlo sur “Si si si”. Racontez-nous ces rencontres ?
J’avais envie du souffle de la jeunesse rap, un vent fort, prenant. Passi est du Congo Brazzaville dont je me sens proche et c’est un des meilleurs dans ce style de musique. J’avais été surpris d’entendre mon nom dans un de ses clips. Je ne le connaissais pas, mais j’ai appris que j’étais quelqu’un qu’il aimait bien artistiquement. Ça m’a touché, j’ai fait plus attention à ce qu’il faisait et j’ai souhaité cette rencontre. On a créé la chanson “African Kings” en studio. Il est venu avec son cœur et son talent. Il m’a dit : “Tiens, grand frère, on va faire African Kings !” Il s’est mis à rapper et j’étais fasciné de voir pour la première fois le travail d’un rappeur. Ça restera un grand moment pour moi.
J’avais été épaté du culot qu’avait eu Coumba Gawlo de reprendre “Pata Pata” de Miriam Makeba. Pour une fille de vingt et quelques années, elle avait vraiment assuré. J’ai voulu la rencontrer. Je l’ai trouvée mignonne, avec beaucoup de classe. J’ai été très heureux de cette rencontre. Cette fille m’a beaucoup apporté. Elle a une technique de chant fabuleuse. Quand je lui ai donné le texte de la chanson, elle m’a dit qu’elle avait le sien en wolof, sa langue du Sénégal, et qu’elle voulait chanter pour ma fille avec ses propres mots. J’ai trouvé sa prestation géniale. C’est une grande star, quelqu’un qui honore l’Afrique et avec qui je referais volontiers quelque chose. Jane Fostin, la belle grande fille de Zouk Machine est venue aussi faire les chœurs, une envolée vocale fantastique…

Tous ces artistes seront-ils avec vous sur la scène de Bercy, le 19 février prochain ?
Ils sont mes invités. Je les attends amicalement avec mon cœur. D’autres invités sont prévus : la Congolaise Abi Souria, le jeune Stomy, Zap Mama, le grand Youssou N’Dour — je me demande si j’arriverai à tenir le coup face à lui…

Comme à l’Olympia, vous démarrerez votre concert de Bercy à 23 heures. Vous avez décidé encore une fois de nous faire “passer la nuit” avec vous ?
C’est mieux la nuit ! Vous avez remarqué que la majorité des gens font l’amour la nuit. S’ils font ce qu’il y a de mieux la nuit, ce n’est pas par hasard !

"Attentat" est paru en deux versions. Un disque simple “Version radio” avec des morceaux écourtés et un disque double “L’intégrale” avec les chansons en entier. Pourquoi ?
Honnêtement, c’est une décision malheureuse du patron de la maison de disques Sono Musisoft. La version radio a perturbé tout le monde. On n’avait jamais connu ça en Afrique. On m’aurait demandé de faire cette version au début de l’enregistrement, je l’aurais bien conçue. Mais là, j’étais surpris de voir que c’était fait n’importe comment à la fin du travail. J’ai essayé de dissuader Henri de Bodinat de sortir cette version, mais il n’a pas voulu m’écouter. C’est un choix regrettable qui a gâché la fête de la sortie de l’album. Mon œuvre est “L’intégrale” et je déconseille vivement aux mélomanes d’acheter la “Version radio”.

Concert à Paris Bercy 19 février 2000 en partenariat avec RFI