Jean-Louis Murat

A l'heure où se déroulaient les Victoires de la Musique, lui, le grand oublié, se posait à Colombes ce 11 mars dans le cadre du festival Chorus des Hauts-de-Seine, en banlieue parisienne. Le grand oublié, parce que son cinquième album "Mustango" (Labels/Virgin), enregistré aux Etats-Unis, et bien qu'unanimement salué par la critique, a tout simplement été ignoré par les professionnels de la profession. Est-ce parce que Jean-Louis Murat s'est répandu dans toute presse sur la compétence des musiciens américains et inversement sur le peu d'entrain des musicos de studio en France ? Fâcheuse coïncidence. Ce soir encore, égal à lui-même, le chanteur bougonne.

L'ours mal léché

A l'heure où se déroulaient les Victoires de la Musique, lui, le grand oublié, se posait à Colombes ce 11 mars dans le cadre du festival Chorus des Hauts-de-Seine, en banlieue parisienne. Le grand oublié, parce que son cinquième album "Mustango" (Labels/Virgin), enregistré aux Etats-Unis, et bien qu'unanimement salué par la critique, a tout simplement été ignoré par les professionnels de la profession. Est-ce parce que Jean-Louis Murat s'est répandu dans toute presse sur la compétence des musiciens américains et inversement sur le peu d'entrain des musicos de studio en France ? Fâcheuse coïncidence. Ce soir encore, égal à lui-même, le chanteur bougonne.

La bonne surprise de cette soirée, un rien longuette, réside dans sa première partie. Celle que se partageait le groupe Cook the Linaar et Pascal Mathieu. Inquiétant mais intéressant est le climat sombre suggéré à la fois par la musique du trio de Cook the Linaar, entre chanson et jazz et des textes néo-réalistes. Le teint blafard et le cheveu hirsute, le geste théâtral, son chanteur Yan Linard, tortueux, torture et triture les mots, regrettant le temps qui lui est imparti "on va faire vite, y'a le métro..." mais qui, en quelques chansons bien trempées dont la reprise de "les Filles et les chiens" de Jacques Brel, emporte l'adhésion du public.

Faiseur de maux et défaiseur de mots, le chanteur et auteur talentueux surtout, Pascal Mathieu reste encore méconnu du grand public, malgré une carrière entamée depuis dix ans. Musicien d'écriture, il navigue entre poésie et dérision. On tombe sous le charme du bonhomme dès la première fois. "Les vies d'amants sont des vies denses" articule t-il, sur des nappes électroniques arabisantes, assis dans un fauteuil crapaud, une cigarette à la main. Le chanteur se joue des mots, se lève et se tortille sur place, et même si l'emballage est différent comme sur "L'amour" façon trip-hop, les textes forcent l'admiration. Avec lui, une formation légère, deux musiciens, l'un aux machines, l'autre, Diabolo, est l'ancien harmoniciste de Jacques Higelin. Pascal Mathieu sort un papier froissé de sa poche et lit quelques courts poèmes, qui parlent de sexe ou de mort. S'excuse de devoir interpréter, à la guitare, l'une de ses chansons les plus odieuses "Les vieux", véritable numéro de virtuose avant de s'interroger sur "le kidnapping des prépuces dans les fermeture-éclair".

A
près cette mise en bouche, on attendait avec impatience le beau brun aux yeux bleus. Pas de chance, la pénombre est telle sur la scène qu'on ne verra rien. Et en aucun cas ce que Jean-Louis Murat ne veut pas nous montrer. C'est connu, le chanteur auvergnat passe pour un ours mal léché, entre "je-m'en-foutisme" et arrogance non feinte. Une réputation loin d'être usurpée. En chandail tricoté à losanges (j'arrive juste de la campagne), le cow-boy de Murat-le-Quaire prend sa guitare et ouvre avec une ballade folk "Jim", la première des onze chansons de "Mustango" son dernier album, hanté par les fantômes de Neil Young et de Leonard Cohen.

Autour de lui, une formation électronique de trois claviéristes. Puis ce sera "Polly Jean", qui serait un hymne sensuel à la chanteuse anglaise P.J.Harvey. Les morceaux s'enchaînent de façon mécanique, métallique, le musicien calant lui-même sur la platine ses compacts de cœurs féminins ou de bruitages, laissant évidemment peu de place à l'émotion. Ecouter l'album chez soi en procure davantage. On a surtout l'impression d'assister à un huis-clos entre musiciens, laissant de côté le spectateur. Seul moment de grâce (et audible) : les deux titres qu'il interprète seul en piano-voix : "Mustango" et la douce comptine "Au Mont sans-souci". La voix vaporeuse du chanteur, au timbre indéniablement sexy, (même s'il donne souvent l'impression de marmonner) entame "Bang Bang", l'un des plus beaux morceaux de l'album, (sinon le plus envoûtant) dont Jean-Louis Murat dit avoir été fortement influencé par le "Bang, bang (my baby shot me down)" de Franck Sinatra.

Il faudra attendre quasiment la fin du concert pour qu'enfin le chanteur daigne se fendre d'un "Comment allez-vous ?" Juste après s'être irrité du départ de spectateurs pour qui la soirée traînait en longueur. Serait-il encore dans sa période baby-blues post-album ? "Nu dans la crevasse", achèvera de nous achever, avec les dix minutes de ce morceau énigmatique, musicalement taillé pour la scène et qui prend là une toute autre dimension que sur l'album. Pour ce qui est des textes, à chacun de décoder.