CELTIC PROCESSION

Paris, le 14 mars 2000 - Depuis douze ans, Jacques Pellen et Celtic Procession imaginent les épousailles du jazz et d’une musique bretonne sans complexe. Ce groupe à géométrie variable, qui réunit quelques-uns des meilleurs instrumentistes bretons est à la Maroquinerie jusqu’à la Saint Patrick (17 mars). Entretien avec son fondateur.

Un groupe emmené par Jacques Pellen

Paris, le 14 mars 2000 - Depuis douze ans, Jacques Pellen et Celtic Procession imaginent les épousailles du jazz et d’une musique bretonne sans complexe. Ce groupe à géométrie variable, qui réunit quelques-uns des meilleurs instrumentistes bretons est à la Maroquinerie jusqu’à la Saint Patrick (17 mars). Entretien avec son fondateur.

Quel est le projet musical à l’origine de Celtic Procession?
Dans les années 80, c’était un peu le creux de la vague pour la musique bretonne et celtique. Le folk était plus ou moins mort et pour ceux qui voulaient écouter autre chose que la musique bretonne “pure et dure”, il manquait ces formes musicales plus ouvertes qui existent actuellement. Donc j’ai commencé à faire de la fusion avec des musiciens de jazz, car ils ont un côté respectueux des gens avec qui ils jouent. Mon idée était de faire une musique instrumentale bretonne avec de l’improvisation, par exemple.

Aujourd’hui le groupe a fait son chemin. Ça vous donne un petit côté Héritage des Celtes, non ?
C’est vrai qu’on touche aussi à la musique irlandaise dans Celtic Procession, mais moins que dans l’Héritage des Celtes. On peut danser sur de la musique bretonne quasiment d’un bout à l’autre du concert de Rennes enregistré et publié l'an dernier. On a joué quatre gavottes ! Bref, c’est un groupe plus breton. Maintenant il y a Dan Ar Braz et si ça pouvait réussir comme l’Héritage des Celtes, je serais content, mais ce n’est pas non plus complètement mon but. Celtic Procession, c’est comme un groupe de jazz, il y a des improvisateurs, ce qui était complètement exclu dans l’Héritage. Dans l’Héritage, il y avait deux solos qui duraient vingt secondes et déjà les gens criaient au free jazz…

C’est aussi une formation assez lourde…
La demande des festivals bretons et des organisateurs de concerts fait que je suis poussé dans le sens de la grandeur. Mais ça m’intéresse aussi de le faire, pour avoir des effets de masse et arriver à jouer de la gavotte à dix-neuf par exemple. Ça permet de faire des choses iconoclastes au possible et complètement irréalistes en Bretagne. Mais je continue aussi dans les formules en duo où je joue la même musique et parfois les mêmes morceaux. J’entends quinze musiciens voire plus, mais le public n’en a que deux devant lui…

Vous avez joué avec des pointures comme Didier Lockwood. Qu’est-ce que ça donne ?
Les avis sont partagés. Didier Lockwood est un virtuose mondialement, monstrueusement connu, et il a l’habitude d’être un peu parachuté comme ça dans des formations qui ne sont pour lui peut-être que des dates supplémentaires. Moi, j’aime bien jouer avec lui, parce que j’ai été assez malin pour l’intégrer. Je sais qu’il y a des gens qui disent qu’il fait bande à part, mais tous les musiciens qui viennent du jazz et jouent dans Celtic Procession sont finalement sur un pied d’égalité. Après, il y a la compréhension ou la retenue de chacun par rapport à la musique traditionnelle que je lui fais jouer et qui fait la différence.

Qu'en retirez-vous ?
Vous savez, je suis musicien moi aussi ! Quand je suis libéré du travail de chef d’orchestre, que ça se libère et que la formule devient une sorte de machine à tuer, ça m’intéresse, parce qu’alors je peux envoyer la pression dans un sens. Je fais partie d’une sorte de truc rythmique, qui parfois marche. Et à ce moment-là je ne suis plus que musicien, je ne sais plus que je dirige un groupe. Ça se passe comme ça avec Didier Lockwood aussi, parce que quand il envoie le message, ça peut être très fort. Mais parfois ça peut aussi être complètement hors sujet.

Est-ce que vous ressentez les effets de la vague celte ?
J’ai l’impression qu’il y a un axe Bretagne-Paris. La Bretagne, c’est normal. Au fond, la Bretagne ce n'est pas la France, il y a une frontière. A partir du mois de juin, quand vous avez les gens qui viennent en vacances d’Italie, de Hollande ou d’Allemagne, quand vous voyez le Festival de Cornouailles à Quimper, on est dans une sorte d’autarcie. Paris, c’est à cause des sorties de disques, de la promotion. Mais je ne joue jamais à Marseille, par exemple. J’ai des collègues qui le font sans doute, comme Thierry Robin ou Erik Marchand. C’est vrai aussi que bientôt nous jouerons à Toulouse… Mais je pense que dans le reste de la France il y a pas mal d’endroits où les gens se fichent complètement de la vague celtique.

Propos recueillis par Jérôme Samuel

En concert, à la Maroquinerie (23, rue Boyer, 75020 Paris) jusqu’au 17 mars : tous les jours, concert gratuit (solo ou duo) à 18h30 et Celtic Procession à 21 h. Vendredi 17 fest noz de 21 heures à l’aube. Seront présents le temps d’un soir ou pendant toute la série : Jacques Pellen (guitare), Jacky Mollard (violon), Ronan Le Bars (uillean pipe), Erik marchand (chant), Fred Guichen (accordéon), le groupe BF15, etc.

Discographie : "Jacques Pellen. Celtic Procession" (Silex, 1993) et le concert de Rennes : "Jacques Pellen. Les Tombées de la Nuit. A Celtic Procession Live" (Naïve, 1999).