Trust remet le couvert

En vingt et un ans d’existence, Trust aura connu toutes les aventures du rock : galères, succès fou en 1980 avec Antisocial, éclatements, reformations. Mené par Bernie Bonvoisin et Norbert Krief, ce groupe reste, pour la France, le symbole d’un hard rock contestataire. Son nouvel album, Ni dieu ni maître (XIIIbis), ouvre quelques voies nouvelles.

Le hard vit et ne se rend pas

En vingt et un ans d’existence, Trust aura connu toutes les aventures du rock : galères, succès fou en 1980 avec Antisocial, éclatements, reformations. Mené par Bernie Bonvoisin et Norbert Krief, ce groupe reste, pour la France, le symbole d’un hard rock contestataire. Son nouvel album, Ni dieu ni maître (XIIIbis), ouvre quelques voies nouvelles.

En octobre 1996, les ricaneurs ricanaient : Trust se reformait ! Ouah, la crise ! Les hardos caricaturaux français, les antisociaux de service, sortaient du bois ! Johnny Hallyday allait se retrouver bien seul, sans Norbert Krief pour assurer aux guitares... Et Bernie Bonvoisin, ce vieux Bernie... Qu’allait-il encore inventer comme grief contre notre société finalement si équilibrée ? Passe encore à quarante ans de chanter le blues... Mais contester ? Laissons ça aux enfants du rap ! Puis les ricaneurs écoutèrent Europe et Haines (WEA, 1996), reconnurent que c’était du bon boogie-rock. Et passèrent à autre chose.

Aujourd’hui, Trust re-revient, avec son huitième album studio en vingt et un ans... Les ricaneurs diront que, malgré le titre, Ni dieu ni maître, c’est pas du Ferré... Certes. Un exercice salutaire (parce que contre nature) consiste à lire les textes avant d’écouter le disque : et là, surprise, on découvre un Bernie qui, tout en gardant un regard torve sur le monde, s’essaie à la légèreté, voire à l’allusif. Sans doute histoire de n’être pas confondu avec NTM. Peut-être aussi parce que, depuis qu’on a entendu le romancier Maurice Dantec chanter avec No One Is Innocent, on est devenu plus exigeant avec le rock extrême...

Seconde surprise à l’écoute : les textes les plus intéressants donnent les titres les plus accrocheurs. D’abord Môrice, pitrerie punk sur procès Papon : Putain, Môrice, quelle existence/ Putain Môrice, t’as pas eu de chance ! Dans le même ordre d’idées, Maréchal offre une fusion tout aussi goûteuse : Il était vieux et beau/ Parlait couramment le collabo. Dernier fleuron de l’album, Chaque homme additionne en un texte tout simple (On a laissé.../ Nous aurions pu... ) tous les abandons de l’Europe pendant ces huit dernières années.

Pour toute une génération (les 35-50 ans d’aujourd’hui), Trust représente une des premières libérations du son français : des rythmiques saignantes (à l’époque on disait hard, sans sous-catégorie), des mots de révolte... Dans la France lourde des restaurations giscardiennes (1974-1981...), Trust apportait, indéniablement, un air frais, un ton nouveau. Avant Trust, qu’y avait-il eu ? Téléphone. Mais Téléphone restait léger, harmonieux, consensuel, quoi...

Alors, quand un groupe né dans la banlieue ouest de Paris commence, à partir de 1977 (année du Never mind the bollocks des Sex Pistols), à marcher sur les traces d’AC/DC, la France frémit. Et quand, en 1979, un rock de plomb épingle les diverses opérations militaires soviétiques (L’Elite), c’est le début du délire. Pour le tube grand public, il faudra attendre 1980 et Antisocial. A partir de là, tout réussit à Trust, tournées, disques... pendant au moins trois ans. Au tournant de l’année 84, la new wave terrasse le hard, le punk hexagonal renaît et Trust entre en turbulences. Année-charnière : 1988. Bernie sort son premier album solo, l’excellent En avoir ou pas (Mélodie/ Celluloïd), très blues, et Trust se reforme une première fois, le temps d’une tournée qui a pour but d’enregistrer, live à Bercy, Paris by night (Mélodie/ Celluloïd). Puis Bernie et Nono repartent vers leurs vies d’artistes respectives après un petit sixième album, En attendant, en 1989. Johnny accueille Nono. Pour Bernie, c'est le cinéma.

Mais le hard ne se rend pas : histoire de prouver que ce genre n’est pas né, en France, autour de 1994, le phénix Trust se reforme en 96 pour donner Europe et Haines et remet le couvert en l'an 2000, en revoyant légèrement ses musiques. Nono Krief n'a pas abandonné le blues-rock speedé qui a fait Trust. Il ouvre néanmoins la porte à de nouvelles rythmiques, puissamment tenues par David Jacob à la basse et Hervé Koster à la batterie. Grâce à ces deux petits nouveaux, depuis 1997, Trust est de nouveau un groupe. Plus un duo accompagné.

Le grunge, la fusion et le jazz sont venus enrichir les cartes de Trust 2000. Exemples avec les fort bienvenus Edouard, Maréchal et Drôles de gens. A côté, bien sûr, il y a les éternels Question d’éthique ou Chair et honneur... Mais bon, on ne va pas commencer à ricaner...

Trust Ni dieu ni maître (XIII bis records) 2000