Djeli Moussa Diawara

Inattendu, insolite et pourtant aussi clair qu'une évidence. Le dialogue que le guinéen Djeli Moussa Diawara développe sur son nouvel album entre sa kora et les guitares dobro et hawaïenne de son ami américain Bob Brozman est fertile, passionnant, ludique. Il réinvente le blues, voyage du désert à Madagascar, suggère des échappées de lumière, des images de ciels limpides.

Duo bien accordé avec Bob Brozman

Inattendu, insolite et pourtant aussi clair qu'une évidence. Le dialogue que le guinéen Djeli Moussa Diawara développe sur son nouvel album entre sa kora et les guitares dobro et hawaïenne de son ami américain Bob Brozman est fertile, passionnant, ludique. Il réinvente le blues, voyage du désert à Madagascar, suggère des échappées de lumière, des images de ciels limpides.

La première fois que Djeli Moussa Diawara a rencontré Bob Brozman, c'était en 1999, lors d'un festival sur l'Ile de la Réunion. Il enveloppait avec la pluie cristalline de sa kora, la voix entre brume et crépuscule de Janice DeRosa, une chanteuse née à Manhattan et vivant à Paris, avec qui il avait enregistré un disque de blues (Afro Blues chez WEA). Bob Brozman était là, les oreilles grandes ouvertes. Il a craqué. Djeli a fondu lui aussi en écoutant le guitariste américain.

Quand celui-ci l'a invité a venir le rejoindre dans un festival à Montréal, il n'a pas hésité une seconde. Là-bas, "le feeling est tout de suite passé, dès qu'on s'est mis à jouer ensemble" se souvient Djeli Moussa. Le duo a si bien fonctionné que l'idée d'enregistrer un album, chez Bob, en Californie, a surgi. Emmener son instrument sur des terrains pour lesquels il n'a pas été conçu, cela ne fait pas peur à Djeli Moussa Diawara. Il n'est pas de ceux à se laisser enfermer dans une tradition fossilisée. Comme d'autres virtuoses de la kora (Toumani Diabaté, Soriba Kouyaté...), il aime faire des chemins de traverse son ordinaire, donner à son instrument des éclats infiniment vagabonds. Ses diverses collaborations, ses albums solos (Cimadan, Sobindo, Flamenkora) le prouvent sans ambiguïté. "J'ai voulu faire entrer d'autres gammes dans la kora. C'est pour cela que sur l'une des trois que j'utilise j'ai mis des clés et rajouté des cordes. J'en ai une de 31 cordes maintenant. Je peux ainsi jouer certaines notes qui jusqu'alors manquaient".

Né dans une famille de griots en 1961 à Kankan, Djeli Moussa Diawara s'est fait l'oreille entre le balafon de son père et la voix de sa mère. Il a commencé sa carrière au Mali, au sein du mythique Rail Band, fondé en 1970 sous la tutelle de la régie des Chemins de Fer malienne pour animer les jardins du Buffet-Hôtel de la gare de Bamako. Quand son demi-frère Mory Kanté, qui se produisait aussi dans le Rail Band part pour Abidjan, il le suit. Dans la capitale ivoirienne, il forme plus tard son propre groupe. En 1983, il enregistre son premier disque pour un label anglais. Il faudra attendre ensuite 1992 pour que paraisse Cimadan, l'album qui le fera véritablement connaître sur la scène world internationale, enregistré dans un studio parisien.

Paris, c'est son port d'attache depuis douze ans. "Rester en Afrique, cela ne m'intéresse pas. On est trop isolé là-bas. Les rencontres avec des musiciens venant d'autres cultures, les métissages y sont très difficiles." En attendant d'autres projets, d'autres rêves réalisés, il joue sans relâche, "tous les jours, car la kora, dit-il, toute ma vie en dépend".

Djeli Moussa Diawara & Bob Brozman

Djeli Moussa Diawara Ocean Blues - From Africa to Hawaï (Mélodie 67022-2)