Eternelle Makeba

«Ma vie, ma carrière, toutes mes chansons, tous mes concerts et la lutte de mon peuple ne font qu'un» déclarait Miriam Makeba, la plus célèbre chanteuse africaine du monde, née en 1932 à Johannesburg, quand elle était encore bannie en son pays, du temps où chacun de ses concerts s'apparentait à une déclaration politique, ressemblait à un manifeste pour la vie.

Mama Diva

«Ma vie, ma carrière, toutes mes chansons, tous mes concerts et la lutte de mon peuple ne font qu'un» déclarait Miriam Makeba, la plus célèbre chanteuse africaine du monde, née en 1932 à Johannesburg, quand elle était encore bannie en son pays, du temps où chacun de ses concerts s'apparentait à une déclaration politique, ressemblait à un manifeste pour la vie.

C'était avant la chute de l'apartheid, avant qu'elle ne retourne chez elle, accueillie comme une légende vivante, comme une reine, après trente années d'exil. Trente années au cours desquelles elle sillonne le monde, militante passionnée et chanteuse passionnante. On la verra prononcer un discours contre l'apartheid devant les Nations Unies, être l'hôte de plusieurs gouvernements africains.

En 1967, elle réenregistre en anglais le titre qui sera son plus grand succès et fera d'elle une star mondiale, Pata Pata, créé au départ à la fin des années 50. Sa carrière fulgurante, amorcée bien en amont à Johannesburg où on l'avait surnommée «le rossignol» est stoppée net quand à la suite de son mariage avec Stokeley Carmichael, leader des Black Panthers, sa maison de disque RCA résilie son contrat. Rejetée par le show-business et les médias américains, elle doit se réfugier en Guinée-Conakry, traquée avec son mari, par le FBI. Sa participation en 1986 à la tournée Graceland de Paul Simon la remet en pleine lumière sur la scène internationale. Rencontre avec une chanteuse symbole de la lutte anti-apartheid et du combat pour les droits de l'homme, à l'occasion de la sortie de son nouveau disque Homeland.

RFI Musique : Cet album porte-t-il encore un message d'espoir, comme le précédent, sorti en 1993?
Miriam Makeba : Je l'espère bien. Il contient notamment le titre «Masakhane» qui est un appel, un encouragement à travailler et construire le pays ensemble. Nous avons été trop longtemps divisés. L'avenir du pays est entre les mains de ses dirigeants et de ceux qui ont le pouvoir économique. Ils doivent apprendre à partager. Le fossé entre les nantis et les autres qui ne possèdant rien, doit se combler. Je me souviens du temps où nous avions faim, de cette époque où en ville, nous regardions avec envie dans les vitrines une nourriture à laquelle nous n'avions pas droit. Ce genre de frustration ne doit plus exister.

Le chanteur congolais (RDC) Lokua Kanza s'est largement impliqué dans Homeland, comment l'avez-vous rencontré?
A Paris, chez mon bassiste, le camerounais Raymond Doumbé. Il m'a fait écouter son disque. J'ai complètement craqué sur sa voix. Lorsque j'ai demandé à Lokua de composer pour moi, celui-ci, trop humble, a d'abord été un peu réticent : "Moi? Ecrire pour vous ? Mais je ne peux pas. Vous êtes la femme qui m'a influencé, m'a donné l'envie de chanter...". Finalement, il a accepté, et m'a proposé six chansons. J'en ai gardé quatre.

Vous reprenez Pata Pata, votre succès planétaire. N'êtes-vous pas un peu prisonnière de ce titre?
C'est vrai, alors que c'est une chanson très légère, presque idiote, c'est elle qui a fait le tour du monde, contrairement à d'autres, plus porteuses de sens mais n'ayant malheureusement pas eu le même parcours.

En quoi est-il juste de parler d'une "Nouvelle Afrique du Sud"?
Pour des tas de raisons. Nous sommes une toute jeune démocratie. Désormais chacun peut voter, les enfants, qu'ils soient noirs ou blancs ont droit à la même éducation. Autrefois, quelques-uns décidaient de tout sans consulter la population, tout était caché, décidé à huis clos. Maintenant, il y a de la transparence, des débats, tout le monde peut savoir ce qui se dit et les dirigeants doivent faire attention à ce qu'ils font.

Certains artistes sud-africains n'ont pas une vision aussi positive que la votre. Lucky Dube, par exemple, pointe du doigt la corruption, qui, dit-il gangrène le pays.
Il a raison. Mais quel pays ne connaît pas la corruption ? Qu'on m'en désigne un seul... Le fait que Lucky Dube puisse tenir ces propos aujourd'hui prouve aussi que les choses ont beaucoup changé en Afrique du Sud. Avant, vous ne pouviez rien dire. Ceux qui osaient parler se retrouvaient soit en prison, soit en exil. C'est cette liberté de parole qui fait aussi "la Nouvelle Afrique du Sud".

Miriam Makeba Homeland (Putamayo - Harmonia Mundi)
Concerts :
Paris, Olympia, les 26 et 27 mai. le 3 juin à Johannesburg, le 12 à Amsterdam puis courant juin en Allemagne et en Italie.