Johnny de sacre en sacre

Après son concert gigantesque au pied de la Tour Eiffel, Johnny Hallyday s'est installé pour deux mois et demi à l'Olympia. Le défi d'une salle de dimensions "humaines", entrecoupé de quelques expéditions dans les stades et suivi d'une courte tournée au Québec.

L'éternelle idole

Après son concert gigantesque au pied de la Tour Eiffel, Johnny Hallyday s'est installé pour deux mois et demi à l'Olympia. Le défi d'une salle de dimensions "humaines", entrecoupé de quelques expéditions dans les stades et suivi d'une courte tournée au Québec.

Johnny Hallyday paraît avoir inventé quelque chose qui ressemble à un sacre continu. Saison après saison, événement après événement, exploit après exploit, il affirme une stature à mi-chemin de l'Hercule des douze travaux et de la star telle que dessinée une bonne fois pour toutes par James Dean - des accomplissements spectaculaires et des postures qui à la fois affirment et décryptent le même mystère. Car rien n'est plus étrange et évident à la fois que l'aura de Johnny : l'obsession du défi, la simplicité des poses, l'énergie inépuisable.

D'où que l'on fasse démarrer le rappel des faits, il est étourdissant : en septembre 1998, c'est le Stade de France (deux fois 80.000 spectateurs) puis une tournée triomphale, puis la sortie de Sang pour sang. Cet album réalisé avec son fils David, va pour la première fois lui permettre d'obtenir une distinction courante pour Goldman, Cabrel ou Bruel, ses cadets : le Disque de diamant (un million d'exemplaires). Alors, peu importe, après tout, que son idée pharaonique d'une scène descendant les Champs-Elysées devant des millions de spectateurs ait finalement été abandonnée au profit d'un "classique" concert en plein air au pied de la Tour Eiffel : les commentateurs ont quand même sorti les métaphores et les superlatifs de cérémonie ("Paris gagné", "rocker inoxydable sous la dame de fer", écrivent les éditorialistes, tous freins lâchés). Entre quatre cent et cinq cent mille spectateurs, une retransmission en direct sur TF1 et une vraisemblable sortie en DVD d'ici peu : le concert du Champ-de-Mars, le 10 juin, aura été une de ces pages d'histoire telles que Johnny aime en écrire au moins une chaque année depuis qu'il a décidé de ne plus dissimuler ses appétits - c'était en 1993 au Parc des Princes, avec les énormes concerts de son cinquantième anniversaire. Et il a répété le même exploit en grandes largeurs le 15 juin au Parc de Sceaux, pour un autre concert en plein air.

Moins spectaculairement photogéniques, peut-être, mais diablement plus risquées sans doute, ses retrouvailles avec l'Olympia depuis samedi 17 juin et jusqu'au 25 août. Salle de ses couronnements successifs à partir de 1961, et dans laquelle il n'a plus chanté depuis les années 70, c'est aussi le défi des retrouvailles avec la proximité. Depuis 1994 et les concerts parisiens à la Cigale (800 spectateurs) avec le répertoire en anglais de son album Rough Town (il ne chantait qu'une chanson en français, Quelque chose de Tennessee), il n'avait pas pratiqué durablement l'exercice de la salle moyenne.

Avec ses 2000 places assises, l'Olympia le met forcément plus en danger que le gigantisme bien huilé de ces mega-concerts dont son équipe est sans doute la meilleure experte en Europe. Entouré du même groupe anglo-saxon que pour ses méga-concerts, Johnny traverse sa carrière en sacrifiant bien sûr à quelques exercices obligés (Gabrielle, Toute la musique que j'aime, Que je t'aime) et à un minimum de chansons de son nouvel album, mais aussi en rendant visite à quelques chansons moins connues de son répertoire, comme A propos de mon père, et en rendant une respectueuse visite à quelques standards du rock'n'roll des origines. Surtout, malgré un spectaculaire décor de coursives et chaînes qui profite de l'exceptionnelle hauteur sous cintres de la scène de l'Olympia, Johnny parvient à trouver une sage distance, entre le spectacle majuscule que l'on exige désormais de lui et la proximité complice que permet une salle à ces dimensions.

Et occuper l'Olympia pour deux mois et demi restera sans doute dans les mémoires comme un exploit plus grand encore que les six mois qu'y passa Michel Sardou en 1995. Pour que l'enjeu soit plus élevé encore, Johnny alternera ces exercices intimes avec des expéditions éclair dans des stades pendant tout l'été, les jours de relâche de l'Olympia, avant trois concerts au Québec fin août.

Lorsqu'il avait, l'an dernier, annoncé son intention de revenir à l'Olympia, quelques plumes hardies avaient soulevé l'hypothèse d'une sorte d'adieu, Johnny bouclant la boucle par ce retour à une salle de ses débuts. Ce ne devrait pas être le cas : d'abord, le rocker à la Légion d'honneur a démenti ; ensuite, il lui faudrait pour cela revenir à l'Alhambra où, assurant la première partie de Raymond Devos en septembre 1960, il fit hurler les places à bon marché du balcon avec trois chansons survoltées - il avait dix-sept ans. Mais on a détruit l'Alhambra en 1967...