Pierre Barouh à Québec

Présent à Québec en tant que président du jury des Miroirs de la Chanson Francophone, Pierre Barouh est un personnage atypique de la chanson française. L'auteur d'"Un homme et une femme" ou de "La bicyclette", auteur, compositeur, chanteur, réalisateur et fondateur d'un des plus anciens labels européens, Saravah, a lancé Higelin, Brigitte Fontaine, Akendengue ou Nana Vasconcelos. Ce promeneur, comme il se nomme, est un homme de rencontres qui fonctionne à l'affectif.

Entretien avec le président du jury...et palmarès des Miroirs.

Présent à Québec en tant que président du jury des Miroirs de la Chanson Francophone, Pierre Barouh est un personnage atypique de la chanson française. L'auteur d'"Un homme et une femme" ou de "La bicyclette", auteur, compositeur, chanteur, réalisateur et fondateur d'un des plus anciens labels européens, Saravah, a lancé Higelin, Brigitte Fontaine, Akendengue ou Nana Vasconcelos. Ce promeneur, comme il se nomme, est un homme de rencontres qui fonctionne à l'affectif.

RFI- Avec Saravah, vous étiez un producteur des musiques du monde avant l'heure?
PB- Les gens théorisent tout. On parle de world music. En 70, j'ai produit "Comme à la radio" de Brigitte Fontaine avec Higelin, Areski, un Kabyle, et l'Art Ensemble de Chicago qui était à la pointe de la musique progressiste. Ou la même année Akendengue. A l'époque, on disait, " que les Noirs tapent sur leur tam-tam, c'est bien comme ça".
C'était le premier des poètes-musiciens que l'on ait produit. Et en plus je lui ai amené sur un plateau un sorcier de la musique, Nana Vasconcelos, que j'ai produit à ses débuts. A Saravah, on est les premiers à avoir fait des albums de "birimbau".
Avec cet album " Nandipo / Afrika Obota" , j'ai donc fait le premier lien Afrique-Brésil.

RFI- Quinze ans plus tard, en 85, la world music était devenue un vrai business
PB- Maintenant, c'est devenu un vrai business. C'est vrai, quand j'ai produit Akendengue et Nana Vasconcelos, ça n'intéressait pas grand monde. Puis, dix ou quinze ans plus tard, les multinationales se sont rentrées dedans avec leur bazooka pour les récupérer.

RFI- Vous êtes plutôt un adepte du "slow-business" que du "show-business"?
PB- De plus en plus. C'est vraiment incongru que 35 ans après, avec Saravah, nous soyons toujours là, en bonne santé, avec un présent d'une grande richesse par rapport aux choix que j'ai fait.
En fait, ça fait 35 ans que je fais le trottoir pour les multinationales.
L'important pour moi, c'est de ne pas perdre le contact affectif avec les gens avec qui je travaille.


RFI- Le Japon est important pour vous?
PB- Oui, j'y suis allé pour la première fois en 1982 et j'y suis retourné plus de 50 fois depuis. Il y a des pays qui me séduisent, c'est basé surtout sur des rencontres. Le Japon est un pays à découvrir. Je ne connais pas un pays au monde où il soit plus facile de passer à côté.
Et c'est là que j'ai compris que tout le parcours que j'avais pu avoir depuis 65, où on me traitait d'utopiste et de marginal était reconnu au Japon comme un mouvement culturel important.
Depuis, je vis au Japon des aventures d'un romantisme incroyable.

RFI- Que vous inspire le Québec?
PB- J'adore ce pays. La première fois que j'y suis venu, c'était en 70 ou 71 et l'impression que j'en ai, c'est que ces Québécois sont comme des insulaires, cernés par l'océan anglo-saxon de la langue et de l'économie.
J'étais là l'automne dernier et j'ai fait la première tournée de ma vie. J'ai fait plus de 4OOO kilomètres et j'ai retrouvé mon ami Richard Desjardins dans son village et nous y avons joué "Au cabaret de la dernière chance", endroit qui porte le nom d'une des chansons que j'avais écrites pour Montand.

RFI- En tant que président du jury des Miroirs, vous avez un aperçu de la qualité de la chanson francophone?
PB- Je suis confronté à une petite frustration car souvent, avec les sonos, il y a un clonage planétaire qui fait qu'on les pousse à fond et je ne peux pas pénétrer les textes. Aussi, le matin, je me lève pour écouter les artistes que j'ai écouté la veille car pour moi l'écriture est importante.
Si on parle de Francophonie, il y a Vigneault, Leclerc, Charlebois, mon ami Richard Desjardins qui a amené une écriture passionnante. Je suis à l'affût de ça.
Quant à ce festival, il est d'une richesse et d'une générosité incroyables.

RFI- Vous avez découvert des artistes que vous ne connaissiez pas?
PB- Oui, bien des choses, comme la petite Sally Nyolo, qui était vraiment passionnante, et de bonnes surprises comme Amadou et Mariam, car tout ce qui m'était parvenu, c'était cette chanson un peu nunuche "Je pense à toi". Et là j'ai eu une incroyable surprise avec ce guitariste généreux et violent qui n'a rien à voir avec ce que j'imaginais.

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, ce 33ème Festival d'Eté de Québec s'est achevé par le palmarès des 12ème Prix Miroir de la Chanson Francophone


Cette année les lauréats sont:

Miroir Spécial du Jury: Claude Léveillée
Miroir de l'Espace Francophone: Sally Nyolo
Miroir de la Chanson d'expression française: Fred Fortin
Miroir révélation: Marc Déry
Miroir du public: Eric Lapointe

Et pour la troisième année, les radios partenaires de RFI pourront prochainement retrouver tous ces artistes sur la compilation qui sera réalisée par le Festival en partenariat avec RFI Musique.

Pierre RENE-WORMS
Photos: PRW