Lynda Lemay

C'est l'histoire d'un succès populaire. Celui de Lynda Lemay rencontré auprès de ces maudits Français. Revenons sur cet engouement pour la chanteuse québécoise après son passage triomphal à l'Olympia au printemps dernier, et avant la sortie, en octobre, de son cinquième album.

Une grande fille toute simple

C'est l'histoire d'un succès populaire. Celui de Lynda Lemay rencontré auprès de ces maudits Français. Revenons sur cet engouement pour la chanteuse québécoise après son passage triomphal à l'Olympia au printemps dernier, et avant la sortie, en octobre, de son cinquième album.

Pas de voix beuglante à la Lara Fabian et bien loin du show-off international façon Céline Dion, Lynda Lemay, chanteuse au sourire angélique, a le profil de la chanteuse lisse et sans aspérité. Pourtant, à 33 ans, cette jolie blonde aux yeux bleus a la plume suffisamment déliée et le verbe enlevé pour que Charles Aznavour la remarque et la recommande à l’éditeur Gérard Davoust. C'était au festival de Montreux, en 1996. Inconnue chez nous, cette "auteure-compositeure-interprète" (avec l'orthographe québécoise) était arrivée sur la pointe des pieds, dès l'automne suivant, avec sa guitare, dans la petite salle voûtée du Sentier des Halles à Paris. Quatre ans plus tard, la chanteuse quitte le territoire français après avoir remporté un triomphe sans précédent en avril 2000 à l'Olympia où la Canadienne s'est produit à guichets fermés pendant trois jours boulevard des Capucines. Un public tout entier acquis à sa cause, l'applaudit à tout rompre avant même qu'elle ne pousse la moindre note.

Pas de doute, la grande bringue un brin niaiseuse, comme aiment à dire nos cousins de la belle Province, a su conquérir le public hexagonal avec ses chansons mi-tragiques mi-comiques sur les saynètes de la vie quotidienne. Le mari qui ronfle, les femmes frustrées (chanson vengeresse à l'intention des maudites femelles), la marmaille ("J'veux d’la marmaille, j'veux qu'ça attrape la varicelle..."), l’accouchement dans la douleur, la maternité (une thématique récurrente dans son répertoire), s’appeler Alphonse... ou bien des thèmes plus graves comme l'euthanasie ("laissez-la donc tranquille, laissez-la donc dormir, retirez vos aiguilles…") ou l’impuissance masculine, sont autant de tranches de vie, tristes et comiques à la fois. Mais c'est lorsque Lynda Lemay entame La visite où elle fustige ceux qui débarquent à l'improviste que la salle est pliée en deux : “Ça pense qu’on est content d’les voir/Ça coupe les films en plein milieu/Ça prend l’divan le plus moelleux/Ça vous condamne à la chaise droite/J’veux pas d’visite...”. Enfin un désormais classique, Les souliers verts, chanson sur l’adultère, que réclame systématiquement le public à chacune de ses apparitions.

Les p’tits bobos de la vie

Prolixe autant que précoce, Lynda Lemay écrit sa première chanson, dédiée à son père, à l'âge de neuf ans. Depuis, cinq cents autres sont venues grossir le fil de son imagination débordante. Pas de doute, les bobos de la vie l’inspirent. Car si Lynda parle de tout, elle oscille aisément du registre mélancolique, comme sur cet hymne à l'amour pour son crayon dans Drôle de mine, l’un de ses plus beaux textes, à celui plus léger des Filles seules, quoique assez convenu. Depuis qu’elle a sillonné les salles des Fêtes des patelins de la France du terroir, le courant est passé entre Lynda Lemay et ces maudits Français à qui elle n’hésite pas à donner quelques rudiments de québécois pour la bonne compréhension de ses textes. Depuis, la chanteuse s’est fendue d’une chanson où elle brocarde, dans le désordre, la mauvais humeur des Français, leur sens aigu de la manif', les embouteillages qui s’en suivent et leurs fromages qui puent…

Jusqu'à sa nomination pour les Victoires de la musique 2000, la chanteuse passait peu à la radio. Il aura suffi d'un formidable bouche à oreille relayé par sa décontraction naturelle lors de ses passages dans les émissions de radio. C'est notamment grâce à sa prestation dans l'émission de Laurent Ruquier sur France Inter, où elle a brillé par ses réparties, que Lynda Lemay a su accrocher un auditoire encore néophyte… qui s'est précipité vers les bacs le lendemain de la diffusion. Du côté de sa maison de disques WEA, personne ne dément. Le succès est là et avec lui, les chiffres qui le prouvent : plus de 200.000 albums vendus du CD Lynda Lemay Live, enregistré au Capitole de Québec. Très populaire dans sa province, on dit même que cette Cendrillon au pays du sirop d'érable aurait supplanté Céline Dion dans le cœur de ses compatriotes. A propos de cœur, les manchettes de la presse québécoise ont largement commenté sa séparation avec son mari, l'humoriste Patrick Huard. Pourtant, à l’aube de son cinquième album, prévu pour la mi-octobre, Lynda Lemay est encore cette midinette qui avoue en rougissant que son idole de toujours est Johnny Hallyday. Parions que la chanteuse sera aux premières loges des concerts que l'idole hexagonale donnera à Montréal fin août.