Dub in France

Zenzile, Le peuple de l’herbe ou encore High Tone, retenez bien ces noms ils risquent d’envahir les ondes, les magasins de disques et vous faire danser dans les mois qui suivent : ces groupes font partie d’une scène qui n’en finit pas de grossir et de rassembler un public de plus en plus large : le dub ou plutôt le "novo" dub, mais à la française, monsieur !!!

Petit portrait de la scène dub hexagonale

Zenzile, Le peuple de l’herbe ou encore High Tone, retenez bien ces noms ils risquent d’envahir les ondes, les magasins de disques et vous faire danser dans les mois qui suivent : ces groupes font partie d’une scène qui n’en finit pas de grossir et de rassembler un public de plus en plus large : le dub ou plutôt le "novo" dub, mais à la française, monsieur !!!

Le Dub ? Kézako ? Pour résumer, c’est du reggae, instrumental toujours, expérimental souvent. On en attribue la paternité à l’ingénieur du son jamaïcain King Tubby qui récupérait les versions instrumentales des disques de reggae et y rajoutait un tas d’effet, d’échos et de réverbes : le studio etait pour la première fois, utilisé comme un instrument à part entière. C'était à la fin des années 60.

A des milliers de kilomètres de Kingston, en France, un certain Pierre Schaeffer, le pape de la musique concrète, expérimentait aussi le travail des sons en studio dans une démarche pas si éloignée de celle de King Tubby. A cette époque, le studio offrait des perspectives insoupçonnées jusque-là : sampling, collages ou remixes. Les ingénieurs du son étaient rois et les sons devenaient comme des caramels mous que l’on tord, distend ou rallonge. Pas si éloigné en fait du travail effectué aujourd’hui par les producteurs techno.

Depuis ce temps-là, le dub a poursuit son bonhomme de chemin, discrètement certes mais en poussant toujours un peu plus loin les expérimentations. Ainsi Bill Laswell, ami de Bob Marley, surnommé "Bassmaster" par ses condisciples, mélange depuis des années musique celtique, japonaise ou marocaine avec des rythmiques dub, prouvant ainsi l’universalité de cette musique née sur une île pas plus grande qu’un département français. Mais si le dub explose ces temps-ci, on le doit en grande partie aux jeunes producteurs de musique électronique, particulièrement dans l’ambiant qui se caractérise par un ralentissement du tempo et des BPM (battements par minutes).

Ces nouveaux sorciers du son retrouvent dans le dub, l’apesanteur, le coté abstrait, expérimental et introspectif que l’on retrouve dans leurs propres productions. Le meilleur exemple reste Massive Attack et leur second album Protection que les Anglais ont entièrement fait remixé par Mad Professor sous le titre No protection, histoire de rappeler aux kids où sont les racines de leur musique.

French Dub Touch

Si la house music à la française est née à Paris, pour le dub français, il en est autrement. Ce serait plutôt en province et surtout du coté de Lyon que la majeure partie des groupes ont vu le jour. C’est le cas du Peuple de l’herbe et de High Tone.

Le Peuple de l’herbe vient de sortir un premier album, Triple Zéro sur leur propre label Supadope. On l’aura compris, on assume le coté stupéfiant (!) du reggae mais d’une manière douce… La spécificité de cette bande d’allumés est d’intégrer le dub comme l’un des aliments de leur cuisine mais pas seulement comme nous l’explique DJ Pee, l’un des compositeurs : "J’ose espérer qu‘aujourd’hui les gens sont prêts à écouter un album qui navigue entre dub, jungle et house. Les chapelles n’existent plus et c’est tant mieux. C’est l’une de nos forces comme l’utilisation du français dans les samples que l’on envoie. Fini le complexe face aux Anglais. Je veux que mes potes comprennent ce qu’on veut dire et puis honnêtement ça nous donne une touche singulière." Je ne sais pas si vous connaissez Lyon, mais musicalement à part Starshooter et son célèbre rouquin Kent, la scène musicale n’a jamais vraiment impressionné. Alors pourquoi aujourd’hui une telle effervescence ? DJ Spee : "Comme il n’y a pas grand chose, on s’est pris en main ! ! Quand la scène punk indépendante s’est cassé la figure, dans les magasins de disques punk-rock il ne restait plus que des disques de ska (ndlr : l’ancêtre du reggae version speed), du reggae et du dub. Petit à petit tout le monde est tombé dedans en gardant l’esprit punk du "do it yourself" (fais-le toi-même). Et comme on n’avait plus envie d’avoir un chanteur qui chantait des textes nuls et faux en plus, on les a remplacés par des extraits de films ou des samples d’autres chansons."

Du côté des High Tone on ne dit pas le contraire : "Nous sommes arrivés au dub par le biais de l’énergie punk et du reggae, mais pas forcément par l’électro. L’électro, c’est maintenant que nous l’utilisons." Pour tous ceux qui seraient étonnés par le raccourci punk-reggae, rappelons que The Clash a largement manié le dub sur l’album Sandinista et qu’un certain Bob Marley chantait Punky-reggae party. Le reggae et le punk étant deux musiques qui puisent leurs sources dans les ghettos et prônent la révolution et le renversement de l’establishment, l’anarchie pour les uns et le fameux "Shoota Babylon" pour les autres.

Aujourd’hui chez les Frenchies, pas de revendications sociales si ce n’est une certaine idée de tolérance, de respect et de solidarité entre les groupes de la tribu dub. "Pour l’instant", poursuivent les High Tone, "la scène dub française est unie, j’espère qu’il en sera de même quand les ventes s’envoleront."

Babylon by bus

Si on peut espérer une explosion de cette scène, c’est parce qu’elle possède une réelle originalité, un son propre même si comme s’en défendent les High Tone : "Chaque groupe a sa spécificité, mais le point commun entre nous tous, c’est de jouer live. Là où le dub anglais est trafiqué par un ingénieur du son derrière ses machines, à la jamaïcaine, nous nous jouons du dub en live, c’est une autre mise en place qui est pour nous plus excitante et pour le public, plus attrayante qu’un bidouilleur sur scène, seul avec ses boîtes à rythmes et ses effets." Et c’est certainement sur ce terrain que la différence se fera. Si les voyages forment la jeunesse, les concerts engendrent de vrais artistes, un vrai public, et des ventes qui suivent. "Nous sommes allés à Prague il y a quelques semaines et l’accueil a été extraordinaire," poursuivent les High Tone, "et quand tu vas dans un pays de l’Est, c’est comme une pelote de laine, tous les autres pays, Hongrie, Pologne, Roumanie ont des connexions entre eux. Pour nous l’objectif en 2001 c’est de sortir Opus Incertum, notre petit dernier dans toute l’Europe avec le concours de PIAS, distributeur indépendant." On est punk où on ne l’est pas ! L’indépendance encore et toujours ! Le Peuple de l’herbe va lui, sortir en septembre un nouveau maxi extrait de Triple Zéro, remixé par Rich du groupe anglais des Freestylers, agrémenté d’autres remixes signés par les Grenoblois de Phunky Data, nettement plus orienté house.

A l’heure où la French touch n’en finit pas de recycler de vieux hits discos avec les sempiternels filtres qui lassent tout le monde, le futur des musiques électroniques françaises trouve un second souffle dans une musique créée il y a près de 30 ans mais qui a fait ses preuves par sa capacité de métissage. Qui a dit que l’histoire n’était qu’un éternel recommencement ?

Willy Richert

Liste non exhaustive de galettes dub à avaler :
Le peuple de l’herbe/Triple zéro (Supadope/PIAS)
High tone/Opus incertum (PIAS)
French Dub Connection Vol. 1 et 2 (Echo Beach, label allemand)
Zenzile (Crash records)
Richard H.Kirk/Dance music pour le 21ème siècle (Touch) : L’ex-Cabaret Voltaire invente le dub minimal aux basses profondes.