Maurane

Si Différente était le nom de son précédent album, c'est avec Toi du Monde sorti fin août, que l'on découvre une autre Maurane, plus libre, plus confiante en elle, affranchie de son rôle de bonne copine rigolote. A bientôt 40 ans, quinze chansons dévoilent avec plus de gravité, voire de spiritualité, le virage que la chanteuse a opéré en douceur. Mais cette maturité, personnelle et musicale, la multiplicité des influences, les rencontres inédites ne débouchent pas forcément sur une surprise totalement enthousiasmante. Impression soulagée par une voix toujours aussi magnifique, douce et puissante, qui sur Pour les âmes, pour les hommes ou L'homme qui m'a le plus manqué nous séduit irréversiblement.

Une certaine pureté

Si Différente était le nom de son précédent album, c'est avec Toi du Monde sorti fin août, que l'on découvre une autre Maurane, plus libre, plus confiante en elle, affranchie de son rôle de bonne copine rigolote. A bientôt 40 ans, quinze chansons dévoilent avec plus de gravité, voire de spiritualité, le virage que la chanteuse a opéré en douceur. Mais cette maturité, personnelle et musicale, la multiplicité des influences, les rencontres inédites ne débouchent pas forcément sur une surprise totalement enthousiasmante. Impression soulagée par une voix toujours aussi magnifique, douce et puissante, qui sur Pour les âmes, pour les hommes ou L'homme qui m'a le plus manqué nous séduit irréversiblement.

Dernier jour d'août. Scène de promo ordinaire dans un grand hôtel des grands boulevards parisiens. Maurane reçoit la presse, tranquillement alanguie dans un grand canapé de cuir, devant un feu de cheminée un tantinet hors-sujet ces jours-ci. Petite causerie franco-belge :

Il me semble que dans cet album, vous vous êtes laissée aller, que vous avez laissé libre cours à vos émotions, sans vous cacher derrière l'humour par exemple. Est-ce que c'est aussi votre impression ?
Oui, c'est tout à fait mon impression. C'est un album qui me ressemble beaucoup, qui va dans le sens de ce qui me ressemble profondément.

C'est pour cela qu'il y a plus de gravité que d'habitude ?
Je pense que toute personne n'est pas toute rose ou toute noire. La mélancolie a toujours fait partie de moi au même titre que l'humour, la joie. Je ne suis pas faite d'une pièce. Je pense que j'ai un caractère assez coloré, assez sanguin, mais quelque fois assez gris. Mais ce n'est même pas original de dire ça. Chaque individu a plusieurs facettes, plusieurs façons de voir les choses. Donc, c'est vrai que l'album est un peu l'histoire de tout ça.

Donc vous présentez plus de facettes dans cet album que dans les précédents ?
Je ne sais pas. Je pense qu'au fil de tous mes albums, il y a eu des petites différences. Vous avez peut-être cette impression avec celui-là parce que c'est plus net, sans vouloir faire de jeu de mots… Mais je m'en suis plus occupée, je me suis beaucoup plus impliquée de A à Z parce qu'il y a eu des imprévus. Je devais travailler avec certaines personnes et ça ne s'est pas fait donc j'étais un peu stressée. Je suis alors partie de zéro, et du coup, quand je me suis retrouvée avec des gens comme Tomàs Gubitsch, Jean Dindinaud et Nicolas Repac (tous les trois auteurs-compositeurs, ndlr) sur le terrain en studio, ça a été un vrai moteur, ça m'a vraiment boostée pour écrire. Ces gens ont une vraie folie, ils ne lésinent pas sur certains côtés extrêmes, excessifs. Cet album NOUS ressemble.

Vous avez aussi pris une plus grande part dans l'écriture, la réalisation, d'où un plus grand plaisir en studio ? J'ai cru que vous alliez dire une plus grande part dans les droits d'auteur ?… Oui, c'est vrai j'étais mieux que d'habitude en studio parce que dans les premiers stades de recherche, ça m'a vraiment excitée, vraiment passionnée. Ça m'a aussi permis de me faire plus confiance sur l'écriture et de me laisser aller à évoquer de choses dont j'avais peut-être envie de parler depuis longtemps sans oser parce que j'avais pendant des années cette image de chanteuse tonique, qui devait absolument donner la pêche aux gens. Bon, je ne renie pas ça, mais avec les années, on désapprend un peu l'image qu'on fait de vous, comme ça, d'une pièce. Je n'ai pas eu envie d'être un poulet rôti ficelé donc j'ai un peu lâché du leste. J'ai eu un peu moins peur de moi.

La nouveauté, c'est aussi une plus grande multiplicité des influences musicales ?
Ça, ça vient de plein de choses. C'est vrai que Jean Dindinaud que j'appelle le décorateur sonore de l'album, se balade avec des centaines de Cds et à partir de choses existantes, il fait son truc. Ça devient son identité même s'il puise à gauche et à droite. Il est passionné par les sons. Moi, j'aime bien les voyages, intérieurs ou extérieurs. Quand je voyage, même pour des raisons professionnelles, la condition sine qua non, c'est de me poser pendant huit jours pour visiter, donc que ce soit au Japon, à l'Ile Maurice, je rencontre des gens qui ont une autre culture que la mienne, une autre culture musicale, et pour moi, c'est un tout. Donc au hasard, au fil des voyages, mon oreille s'est pas mal formée. Ça a commencé par la musique brésilienne, dont je reste une fanatique, mais aussi beaucoup par la musique africaine, malgache, espagnole, irlandaise. Je pense aussi à des choses de Hector Zazou jusqu'à Bartok, Joni Mitchell, Craig Armstrong, des gens qui mènent le classique vers le trip-hop. J'aime le mélange, les salades de fruits musicales, les feux d'artifice.

Et les machines ? Elles font une entrée discrète dans votre univers ?
Oui. Finalement, on les sent humaines. J'étais très réticente il y a quelques années. Mais je pense que la technologie moderne a beaucoup évolué. Ça ne remplacera jamais les vrais instruments mais pour moi, elles ont été une base tout à fait enrichissante. Quelques fois, ça fait peur parce qu'on n'entend pas la différence. On a vraiment l'impression que ce sont des gens qui jouent. Et je ne veux pas non plus me laisser aller à ça parce que j'ai une passion pour les musiciens, j'aime la musique vivante. Et rien ne remplacera jamais la chaleur d'un être humain qui fait de la musique.

De Cabrel à Brigitte Fontaine, il y a un fossé. Auriez-vous chanté n'importe quoi de votre ami Cabrel ?
Oh non ! Si ça ne m'avait pas plu, je ne l'aurais sûrement pas chanté. J'ai déjà refusé des textes à des gens connus. Et en ce qui concerne Brigitte Fontaine, c'est Nicolas Repac qui m'a un jour mis un texte sous le nez en me demandant ce que j'en pensais. J'ai trouvé ça magnifique et il m'a alors dit de qui c'était et qu'elle venait de l'écrire pour moi. J'ignorais totalement qu'elle pouvait s'intéresser à ce que je faisais et j'ai été agréablement surprise. Elle m'a même donné un second texte, une ode à l'hiver et au froid. Mais je ne pouvais pas mettre 25 chansons sur l'album. La prochaine fois, je n'hésiterai pas à lui en demander d'autres.

Vous chantez l'internet ?
Oui, pour moi c'est récent cette passion. Je ne pensais pas m'y intéresser. On se serait rencontrées il y a un an, je ne vous en aurais même pas parlé. En novembre, il y aura un an que j'ai un ordinateur. Quand il est arrivé chez moi, je ne savais ni comment l'allumer ni comment l'éteindre. Et ce qui pouvait m'intéresser au départ, c'est seulement le traitement de texte parce que j'écris beaucoup. Puis on a commencé à m'envoyer des e-mails, le site est né. J'ai trouvé ça rigolo. J'ai donc répondu et bizarrement, des gens ne croyaient pas que c'était moi qui écrivais, ils me reprochaient de signer Maurane. Bien naïve, je n'aurais jamais pensé à ça !
C'est fascinant Internet parce que vous êtes chez vous, tranquille, dans la tenue qui vous sied, et en appuyant sur un petit bouton, vous êtes partout dans le monde. Moi je suis comme une enfant avec ça. C'est un jeu, c'est ludique. Et j'ai retrouvé des amis grâce à ça. Il s'est d'ailleurs passé un truc très bizarre. Un jour où j'allais chercher ma fille à l'école, je pensais à une amie qui m'avait donné des cours de danse. Comme un flash. Et je me demandais ce qu'elle devenait. Et le soir même, je vois son nom dans la boîte aux lettres du site. J'ai aussi retrouvé un pote de Vancouver que je ne vois jamais mais avec qui je communique. C'est vrai que certains utilisent Internet de façon dégueulasse, mais c'est aussi un moyen de communication génial et j'ai envie de m'en servir de façon assez pure.

En tournée du 29 septembre au 5 novembre.

Maurane Toi du monde 2000