Les cordes de Jorane

Le bras frêle s'élève et glisse sur l'archet, ses longs cheveux frôlant le violoncelle. Nouvelle venue dans le paysage musical francophone, la Québécoise Jorane est une artiste singulière. Chaussée de gros godillots, elle fait corps avec son instrument, le violoncelle, et use de sa voix de bien étrange manière. Vent fou a été élu Meilleur album rock 99 par l'ADISQ (l'équivalent des Victoires de la musique en France).

Le bras frêle s'élève et glisse sur l'archet, ses longs cheveux frôlant le violoncelle. Nouvelle venue dans le paysage musical francophone, la Québécoise Jorane est une artiste singulière. Chaussée de gros godillots, elle fait corps avec son instrument, le violoncelle, et use de sa voix de bien étrange manière. Vent fou a été élu Meilleur album rock 99 par l'ADISQ (l'équivalent des Victoires de la musique en France).

C'est presque baroque d'utiliser le violoncelle comme vous le faites pour vous exprimer sur scène ?
Je ne l'ai pas choisi, c'est lui qui m'est apparu et finalement, je suis tombée en amour de cet instrument-là… J'aimais beaucoup son range (ndlr : le registre), qui pouvait aller plus facilement des graves aux aigus, beaucoup plus que la guitare. C'est tellement plus physique en plus, je peux faire des mouvements plus amples. Peut-être que cela me ressemblait plus. J'ai d'abord essayé la guitare classique mais je reste persuadée que toute les choses de la vie ont été réunies pour que j'aille vers le violoncelle.

Votre premier album Vent fou, à l'univers étrange, vient seulement de sortir en France, alors que les Québécois l'ont découvert il y a déjà un an et demi...
Je vous rassure, ce premier album n'évoque pas nécessairement la folie, plutôt celle que l'on côtoie tous les jours. Voilà : célébrons les vertus de la folie ordinaire. On a tous nos définitions. Pour moi, je peux mettre une fois un bas rouge et un bas bleu, ça ne prouve rien. Ça m'arrive d'être un peu impulsive, de pas penser 4000 fois avant de faire un truc. Mais le prochain est déjà en route, il s'appellera 16 mm.

Plus encore que des chansons, ce sont des ambiances, des états d'âmes que vous récréez, la moitié de l'album ne comportant pas de paroles...
Je compose beaucoup de pièces sans paroles mais avec la voix... Ou plutôt, j'utilise la voix comme un instrument. Si vous préférez, des sons qui ne sont pas avec des mots... vous me suivez ? Dans toutes les langues, il y a des sons que l'on ne retrouve pas dans les mots. Je n'essaie pas de raconter des histoires concrètes. La musique est pour moi d'abord un langage au même titre que la peinture. C'est sûr qu'il y en a qui vont dire qu'ils se tannent d'entendre des vocalises sur un violoncelle qui fait zing zing .

On a d'ailleurs du mal à vous classer, artistiquement ?
Au Québec aussi, ce n'est pas nouveau. Je sais seulement que je joue dans des festivals folk, dans des festivals jazz. Moi je m'en fiche, je peux adapter mon spectacle. Il est arrivé que je chante devant des salles de 200 personnes en terminant seule en voix-violoncelle alors que j'ai autour de moi un guitariste (Alexandre Dumas !), un bassiste et un batteur.

Comment pensez-vous que doit réagir le public à vos créations pour le moins originales ?
Le public a une part de responsabilité, s'il veut passer une belle soirée, lui aussi doit se lancer. Il n'y a rien de grave dans la vie ! Des fois les gens viennent pour écouter, puis si ça ne les tente pas de s'énerver, je suis contente aussi mais pour moi, le spectacle est avec eux et pas seulement nous sur la scène.

Vous auriez ramené votre nom de scène d'un voyage en Haïti ?
Oui, en 1996 je suis allée faire un stage de coopération en Haïti pour terminer la construction d'une école. J'ai vécu dans un petit village qui s'appelait Chansolm, tout près de Port de paix et ce sont les enfants là-bas qui m'appelaient Jorane. Au retour, j'ai gardé ce nom. En plus, je devais venir à la même période en France pour la première fois et j'étais bien incapable de faire ce choix. Tout s'est arrangé, j'ai pu heureusement faire les deux.

Une expérience qui vous a inspiré une chanson sur une femme haïtienne...
En effet, j'ai écrit un morceau, Elmita, qui est une femme que j'ai rencontrée là-bas. Ces femmes et ces mères haïtiennes m'ont marquée car elles sont très fortes, très fières, on dirait que le pays en entier repose sur leurs épaules.

Vous évoquez la mort dans l'une de vos chansons (Dit-elle), ce n'est pas un peu morbide tout ça ?
Non, ça finit bien et je le chante : "Oh non je n'ai rien contre la vie". S'il y a des tourments, ça finit bien. Ça peut être un moment de rage passager, mais je sais que je ne suis pas comme ça. Au contraire, je crois en la vie.

Jorane est au Café de la Danse le 24 octobre à Paris, puis en tournée dans toute la France, le 6 novembre à Ris-Orangis, le 7 à Colombes, le 12 à Angers, le 14 à Valence, le 16 à Nancy, le 20 à Lyon et le 21 à Grenoble.