Le Festival du Vent 2000

Du Libecciu à la Tramontane, le Festiventu, à Calvi, vient de célébrer les vents de son île, du 21 au 29 octobre dernier. Des arts plastiques aux acrobaties aériennes, la musique a également trouvé sa place dans une programmation insolite sur fond d'humanisme, dont FFF et Massilia Sound System auront été les temps forts de cette neuvième édition.

Escale ludique en Corse.

Du Libecciu à la Tramontane, le Festiventu, à Calvi, vient de célébrer les vents de son île, du 21 au 29 octobre dernier. Des arts plastiques aux acrobaties aériennes, la musique a également trouvé sa place dans une programmation insolite sur fond d'humanisme, dont FFF et Massilia Sound System auront été les temps forts de cette neuvième édition.

Devant la citadelle, de gigantesques manches à air multicolores claquent au vent. Par-dessus la pinède, avance majestueusement le plus gros ballon à air chaud du monde, le Canopée. Sur la plage, plumes et bouteilles en plastique savamment ajourées attendent que le vent leur donne vie. Au loin, une fanfarre fait résonner ses cors.

Quelque part entre la colonie de vacances et le centre aéré pour ex-soixante-huitards, ce festival se distingue largement des autres. Sur la durée d'abord :” une semaine ensemble pour triper avec des pros du parapente ou de la mongolfière, et rencontrer des artistes venus d'autres milieux", raconte Krichou, le batteur de FFF, ravi pourtant de retrouver Néry, Arthur H ou Les fils de Teuhpu. Sur le contenu ensuite, imaginé par son créateur, Serge Orru, qui bien qu'il réfute l’idée d'un bric-à-brac artistico-humaniste admet que,”le Festiventu repose sur un principe de troc où artistes et intervenants se produisent en échange de leur travail". "Des loisirs, du bien-être, des rencontres, du soleil et, en échange, nous jouerons ce soir gratuitement", résume, plus pragmatique, Krichou venu avec sa fillette. Dans le même état d'esprit, les voix polyphoniques d’A Filetta se sont mêlées, le temps d’une création, et à l’initiative du compositeur Bruno Coulais, aux voix féminines de Soledonna. Des polyphonies aux fanfarres, la frontière est mince à Calvi. Car elles auront résonné dans toute la ville, sur le port ou après l'effort, aux sons des A6T ou des fils de Teuhpu, laissant dans leur sillage le flot des adeptes grossir.

Pendant que les tout-petits, sanglés dans leurs harnais, s'initiaient au trapèze volant, la Fédération française de funk, au bout de la jetée, prenait ses marques. FFF, qui avait quelque peu déserté le paysage musical francophone pour cause de tournées à l'étranger (Indonésie, Chili, etc...), est revenu en force avec son quatrième album "Vierge", sorti en avril dernier. Quatre années auront été nécessaires depuis leur dernier album live pour recharger les batteries, changer de maison de disques, et surtout investir dans une nouvelle structure “Salam Alaikoum Amusements”. Et saluer la nouvelle recrue, Igor Nikitinsky, musicien russe, en France depuis une dizaine d'années, et qui officie depuis septembre aux claviers. "C'est après le concert des Rita Mitsouko à Moscou que j'ai eu envie de venir faire de la musique en France, je pensais que tous les groupes étaient comme eux", confie Igor, juste après la balance. Marco Prince, le chanteur de la Fédération française de funk, un grog à la main, vient seulement d’arriver à Calvi et se met tout doucement dans le bain : “Plutôt que de m’ébaubir devant chaque éolienne, je préfère ces “Tchatche-Cafés” où malgré ce “diktat du cool”, les débatteurs ont encore l’énergie de revendiquer et de réagir aux injustices, c’est ce qui manque aujourd’hui, je trouve”, explique Marco. Un rendez-vous animé tous les jours sur la terrasse de la Balagne, point névralgique où débattent la navigatrice Isabelle Autissier et la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme), toutes deux marraines de la manifestation. Si l'on y débat, on s'y amuse surtout. Il suffit d'assister au moins une fois dans sa vie à la "Bar bar cup", cette course qui consiste à partir d'un point A, en l'occurrence un bar de la plage, d'y boire, au top chrono, une première mousse, de cavaler vers le catamaran, de s'y hisser, de voguer vers la bouée, la contourner et revenir vers le point B, un autre bar, pour y avaler la bière de l'arrivée…

Exit la bulle de verre de l'an dernier du plasticien Hans Walter Müller pour faire place aux planches du Magic Mirrors, nettement plus chaleureux. C'est qu'ils promettent souvent de nous mettre le feu, Massilia Sound System. Calvi ne fera donc pas exception. Les quatre tchatcheurs, coiffés de bobs et de bérets, exortent le public : "Il paraît que vous avez la meilleure ganja ? Allez, on va faire monter l'aïoli". De fait, la sauce prend. Le raggamuffin marseillais syncopé en français ou en provençal par Papet, Tatou, Gari, et Lux trouvent leur écho de ce côté-ci de la Méditerranée. "Chez nous, à l'inverse de la Corse, ce sont les jeunes qui apprennent le provençal à leur parents, et nous tenons beaucoup à cette identité", expliquent Massilia Sound System. Et de distribuer à la foule en délire, comme de coutume, des verres de pastis. En terre conquise.

Pantalon rouge, le torse luisant, Marco Prince ne s'économise pas. Oublié le petit problème de voix de cet après-midi :"On a tous un négro en nous, alors c'est pas le tout de l'avoir sur le drapeau...", crie le chanteur avant de s'emparer une dernière fois du trombone à coulisses. "Merci de nous faire kiffer dans les airs", salue Marco, au terme de deux heures de groove parfaitement réglées avant leur date parisienne au Zénith, le 2 novembre.